Lancé en 1977, le comic strip Spider-Man continuait son petit bonhomme de chemin, vaille que vaille. Une bande en noir et blanc chaque jour et une planche complète en couleurs chaque dimanche, le tout sous la houlette de Stan Lee, pendant plus de quarante ans. Bien sûr, avec le décès du mythique scénariste-éditeur l’année dernière, les choses ne pouvaient que changer.

À de nombreuses reprises, Stan Lee avait voulu lancer son propre strip. Quelques projets ont pu voir le jour, mais sans grande postérité. En revanche, celui de Spider-Man, lancé le 3 janvier 1977, sera bien plus conséquent. Un peu méconnu, cette part de son travail permettra à Lee de continuer à écrire de façon régulière pendant des années, livrant même, à l’encontre de ses habitudes, des scripts détaillés à ses dessinateurs. Débuté avec John Romita, dessinateur emblématique du personnage, le strip verra se succéder, entre autres, Fred Kida, Dan Barry, Larry Lieber (le propre frère de Lee), Paul Ryan ou Alex Saviuk. Au fil des années, le strip acquerra sa continuité propre, continuant à présenter un Peter Parker marié à Mary-Jane, par exemple. Le monde du strip sera même intégré au multivers Marvel sous le nom de Terre 77013.

Ces dernières années, il était de notoriété publique que Stan Lee ne collaborait plus que de très loin à la bande. Au mieux, il ne faisait plus qu’approuver le matériel produit auquel il apposait son nom. En coulisse, c’est son assistant Mike Kelly et le scénariste Roy Thomas qui écrivaient et dialoguaient. Avec la disparition de Lee, il semble que King Features Syndicate, le diffuseur du strip, souhaite changer l’équipe artistique. Ce dimanche 18 mars est donc paru le dernier Sunday strip signé Stan Lee tandis que le dernier strip quotidien sortira ce samedi 23. Après, ce seront des rééditions d’anciens strips, avant une relance par de nouveaux auteurs.

En tout cas, avec le dernier strip du dimanche, l’encreur Joe Sinnott en profite pour prendre officiellement sa retraite. À 92 ans, Sinnott range définitivement plume et encrier après 69 années passées à travailler sur des personnages Marvel. Débutant comme assistant de Joe Gill, Sinnott entra chez Atlas (l’ancêtre de Marvel) dans les années 50 comme dessinateur, avant de se spécialiser dans l’encrage. Il se distingua en devenant l’encreur de Jack Kirby sur une large partie de son run sur Fantastic Four, ainsi que sur ses successeurs : John Romita, John Buscema, Rick Buckler, George Pérez, Keith Pollard ou encore John Byrne. Il deviendra un des premiers encreurs que l’on remarque, popularisant la fonction auprès des lecteurs. Il encrera également Al Milgrom sur Avengers et West Coast Avengers, Don Perlin sur Defenders ou encore Ron Frenz sur Thor, qui sera son dernier travail d’importance. Il prendra une semi-retraite en 1992, se réservant pour quelques travaux ponctuels et donc l’encrage du strip de Spider-Man. Sur Facebook, son fils Mark a annoncé que ce dernier strip dominical marque la fin de la carrière prolifique de son père, qui prend une retraite bien méritée.

C’est donc bien une page d’histoire de Marvel qui se tourne avec ces dernières bandes. Les dernières bandes inédites où apparaît le nom de Stan Lee et le travail d’un encreur d’exception, les dernières traces du Marvel des années 60 qui avaient survécues jusqu’ici.

Le dernier strip du dimanche pour Roy Thomas, alex Saviuk et Joe Sinnott, sous la signature de Stan Lee (Marvel Comics/ King Features Syndicate)

Joe Sinnott, derrière quelques-uns des trophées récoltées au cours de sa longue carrière

Source : Daily Cartoonist