Solo: A Star Wars Story

Jeune vagabond des bas-fonds de Correlia, l’intrépide Han quitte une vie de quasi-servitude au service d’un impitoyable cartel. Désormais hors-la-loi, il va s’engager sur les chemins de la filouterie et, au fur et à mesure de rencontres inoubliables, devenir un pilote et pirate aguerri.

Conspué, renié, bordélique avant même sa sortie, le film consacré à la jeunesse du contrebandier le plus célèbre de toute la galaxie fort, fort lointaine, tient probablement la première place au rang des projets les plus craints de la saga Star Wars. Victime d’une production complexe, d’impératifs de studios nouveaux et d’enjeux pourtant pas si incontournables que ça, ce Solo: A Star Wars Story serait-il en réalité tout ce qu’on aurait pu être en droit d’en attendre et même plus ?

Solo: A Star Wars Story

« Sayonara, les haters ! »

Emboîtant le pas d’un impressionnant Rogue One, Solo prend à nouveau le parti d’un récit qui s’éloigne assez franchement des canons de l’univers flamboyant de La Guerre des Etoiles. De son esthétique, jusqu’à sa photo, au jeu d’acteurs et dans ses thématiques, ce film brillamment plié par l’excellent Ron Howard (qui a pris la relève au pied levé du duo Chris Miller / Phil Lord, remercié en cours de production)  est bel et bien à l’image de son héros : impétueux, amusant, parfois rude mais toujours bienveillant.

Fort, fort lointaine sont les intrigues politiques de la prélogie, l’altruisme engagé de Rogue One ou le mysticisme des Jedi. Nous entrons de plain- pied dans le monde sombre et sans pitié des contrebandiers, de la ruse, des intrigues d’astro-ports et des dangers mortels que recèlent les cartels intergalactiques qui eux-mêmes permettent à l’Empire de Palpatine de perdurer. Nous sommes davantage dans les eaux du polar et du western que du space-opera au sens strict, bien que voyages interplanétaires, échauffourées au pisto-laser et références obligatoires à la saga au sens large soient de mise.

Alors que le projet a tout du fan-service et pourrait s’enfoncer dans le trop-plein d’easter egg et ainsi prendre des allures de mauvaise fan-fic, il est très agréable de constater que Ron Howard et les Kasdan (mémorables scénaristes de la saga) savent se focaliser sur l’essentiel, offrant des réponses claires et précises aux origines et rencontres emblématiques qui forgeront les amitiés de Han, Chewbacca et Lando Calrissian, tout en explorant avec élégance et un brin de malice les nouvelles possibilités et facettes que pourrait nous offrir Star Wars, sur écran – son berceau, sa raison d’être – et non dans une myriades de romans et de comics au mieux passables.

Solo: A Star Wars Story

« Pardon : vous êtes Harrison Ford ? »

Si le scénario tient la route et que les événements s’enchaînent avec fluidité – à un rare temps d’exposition près au milieu du film – on se doit de signaler la justesse du casting, entre vétérans sûrs et nouveaux couteaux de premier plan. Qu’on se le tienne pour dit, Alden Ehrenreich tire son épingle du jeu après avoir essuyé une tempête de rumeurs fallacieuses quant à sa mauvaise prestation. Nul doute qu’il est difficile de prendre la suite de Harrison Ford, visage éternel du personnage et que s’il semble que l’acteur ait eu besoin d’un coach sur le tournage, ce dernier a fait un excellent travail avec lui, probablement mieux dirigé par le directeur d’acteurs exemplaire qu’est Ron Howard.

Personne ne cabotine, les sourires en coin restent sincères et chacun y met physiquement et émotionnellement du sien. Ainsi, Donald Glover incarne un Lando au charisme décuplé,  à la confiance suave et affichée, et s’il n’est pas la figure la plus fouillée de ce gang de filous, il va rendre au personnage ses lettres de noblesse, tout comme Chewbacca, qui est au centre des conflits et au coeur des batailles, jouant du muscle et du grognement pour faire valoir son avis et ses profonds sentiments, afin de nous offrir les prémices d’une des plus touchantes amitiés du septième art. Quant à Paul Bettany et Woody Harrelson, on aura depuis longtemps compris qu’ils savent tout jouer et leurs personnages, tout en dangereuse retenue, sauront convaincre au fur et à mesure que le récit s’amplifie. Signalons aussi l’un des meilleurs droïdes de la saga, L3 (doublée par Phoebe Waller-Bridge), un robot féminin au caractère bien trempé et aux moeurs libérés. Reste Q’ira, jouée par Emilia Clarke, plus discrète que ses camarades mais assez convaincante pour nous pousser à s’y intéresser.

Solo: A Star Wars Story

Le seul homme de la galaxie qui peut porter du jaune.

La trame du film reste simple mais les rebondissements sont assez inattendus et les personnages attachants, surtout lors d’un dernier tiers dont les décors de plein air font respirer la pellicule, après presque deux heures d’une photo magnifique mais étouffante, grise et souterraine qui rend parfois l’image désagréable à lire, à l’exception des séquences d’action qui, pour le coup, sont agréablement montées et chorégraphiées. On pense surtout à la scène d’anthologie qu’est le braquage du train et qui restera probablement dans les annales de la série. Précisons aussi que la bande-originale de John Powell est très bien composée et use avec parcimonie des thèmes cultes de John Williams.

Pour résumer:  un divertissement haut-en couleur, un film d’aventure spatiale hyper rythmé, des personnages attachants au cœur d’un univers culte dont on présente un aspect encore inédit au cinéma… Qu’est ce qu’il vous faut de plus ?

Certes, le projet n’avait rien d’obligatoire, il est la conséquence d’un système de production et de marketing huilé au dollar,  et on ne peut pas s’inquiéter du destin de personnages dont on sait pertinemment qu’ils survivront aux événements. Mais la commande est honorée avec, à défaut d’audace, une sincère efficacité que seule une abusive mauvaise foi ne saurait reconnaître. Mieux encore : Solo peut-même se targuer d’être un idéal point d’entrée à quiconque désirerait se lancer dans la saga sans avoir vu le moindre film. En quarante ans de continuité, c’est assez rare pour être signalé.

Solo: A Star Wars Story

« Mon film est trop divertissant ? Je n’apprécie pas vos insinuations. »

Bien sûr, nombreuses et nombreux seront les déçus, et les fans jusqu’au boutistes qui refuseront encore et toujours de reconnaître un bon film même si en ont leur en colle un sous le nez au seul prétexte qu’on a touché à un morceau sacré de leur enfance – rappelons que chez Superpouvoir, nous avons défendu becs et ongles le huitième épisode dont le consensus fait encore rage aujourd’hui. L’histoire d’un personnage aussi emblématique que Han Solo ne peut qu’avoir laissé des bribes d’imagination débridée parmi celles et ceux qui les auront fantasmé au détour d’un roman apportant un début de réponse ou d’un jeu d’enfant, armé de figures Kenner. Il est on ne peut plus logique que ce film, parmi tous les autres, éveille les soupçons, mais il est impardonnable que la sphère Internet et le bad-buzz 2.0 ait essayé de le condamner par avance sur des on-dit auxquels les spectateurs devraient avoir encore plus honte de prêter attention.

Jouant la carte de l’aventure, de l’action, de l’humour mesuré et liant sans abus plusieurs éléments de la saga qui l’a vu naître, cette première aventure très équilibrée de Han en solo nous convainc en 12 parsec.

Premier ? Vous avez bien lu : les acteurs ont signé pour plusieurs films et nous n’avons pas honte d’admettre que si le box-office permet leur mise en chantier, nous serons au premier rang le jour où nous les verrons se concrétiser.

Solo: A Star Wars Story

« Le Critique Masqué n’a qu’à bien se tenir »

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