Le Shredder, l’ennemi implacable des Tortues Ninja, revient en ce début d’année dans un récit complet lui étant consacré, alors que les Tortues s’engagent dans la bataille finale de l’arc New York Ville en Guerre.

Dernière incursion en date de l'artiste brésilien Mateus Santolouco dans l'univers des Tortues Ninja – si l'on excepte ses travaux sur les couvertures alternatives de la série régulière –, Shredder In Hell est une lecture obligatoire pour les fans des quatre (désormais cinq) tortues mutantes et de leur pire ennemi : Oroku Saki, alias Shredder.

Attention : dû a sa place dans la chronologie, cette critique de Shredder In Hell contiendra un certain nombre de spoilers.

Genèse

Comme l'a révélé Mateus Santolouco, la première phase de ce projet remonte à l'année 2016. Après avoir conclu avec brio l'arc Leatherhead, Bobby Curnow (rédacteur en chef pour IDW) lui proposa alors deux options : continuer à travailler sur la série principale ou se charger de développer un récit consacré au Shredder. Nous connaissons aujourd'hui sa décision.

Annoncé en juillet 2018 lors du San Diego Comic Con, le nouveau comic de Mateus Santolouco vient compléter l'arc City At War (New York Ville en Guerre chez HiComics pour la France) et permet de mieux saisir les enjeux de ce grand final de la série de Tom Waltz et Kevin Eastman, tout en développant le personnage de Shredder et en jetant de nombreuses pistes pour la suite de l'histoire.

Histoire et thèmes

Conçu par Mateus Santolouco comme un roman graphique, cette nouvelle mini-série permet à l'artiste d'explorer plus en détails la personnalité de Shredder et de comprendre comment ce personnage, destiné à accomplir de grande choses dès son enfance, a pu à ce point sombrer dans la violence et le déshonneur. En cela, Shredder In Hell poursuit les trames scénaristiques et thématiques abordées dans L'Histoire Secrète du Clan Foot, tout en levant certains mystères entraperçus au cours de sa Micro-série.
Après son décès, suite à son duel à mort avec Splinter lors de la conclusion de l'arc Vengeance, Shredder se retrouve une nouvelle fois envoyé au royaume des morts, mais cette fois sans possibilité de retour.
Très ancré dans la littérature mythologique et fantastique, Shredder In Hell ressemblerait à s'y méprendre à une réinterprétation du mythe d'Orphée. Shredder, cherchant au départ à s'échapper des enfers pour honorer sa promesse et retrouver sa bien-aimée Kitsune, finit par s'enfoncer dans l'antre de la bête pour accomplir une mission qui le dépasse et ainsi trouver sa rédemption et se libérer de l'influence malfaisante du Dieu Dragon, qui pesait sur lui dès sa naissance.

Mateus Santolouco n’hésite donc pas à aborder des thématiques comme la mort, la renaissance ou ce qui définit un individu. Avec Shredder In Hell, l’artiste propose à son lecteur d’aborder des thèmes métaphysiques en les présentant de manière visuelle (voir l’image ci-dessous), la mise en page et le travail sur les couleurs jouant un rôle très important dans la communication de ces informations aux lecteurs

Avec Shredder In Hell, Mateus Santolouco n'hésite pas à s'attaquer à des thèmes métaphysique (®IDW).

Cette direction permet à Santolouco de traiter de la rédemption d'Oroku Saki, qui passera par la perte progressive de ses attributs (notamment son casque, ses griffes et son pied symbolisant le clan Foot), dans des planches rappelant différentes étapes de sa vie.
Plusieurs pages faisant miroir à celles de L’Histoire Secrète du Clan Foot sont donc présentent dans Shredder In Hell. L'enchainement des cases sur plusieurs d'entre elles faisant référence à un élément passé de la vie du personnage l'ayant déshumanisé et transformé en monstre. Ci-dessous, le personnage est symboliquement dépouillé de son arme fétiche, soit le premier pas sur le chemin de sa rédemption et de sa renaissance.

Shredder est au fur et à mesure privé des ses attributs dans un ensemble de planches faisant miroir à l'Histoire Secrète du Clan Foot (®IDW).

Le récit est donc extrêmement symbolique et la mise en page hallucinatoire de plusieurs pleines pages sert à refléter l'état mental du Shredder à des moments clé du récit. Mateus Santolouco n'a donc pas peur de plonger son lecteur dans le point de vue de son personnage, quitte à le désorienter (un peu à la manière de ce qu'un Thomas Pynhcon pouvait proposer dans ses polars ou Tony Scott au cinéma). De ce point de vue, Shredder In Hell accomplit ce que toute BD, comics ou manga se devrait d'accomplir : proposer une œuvre purement visuelle et prenant aux tripes.

Le style inspiré des mangas de Santolouco fait également des merveilles dans les scènes d'action, proposant un dynamisme au niveau de l'enchaînement des cases, qui ravira les amateurs d'action.
Les influences sont donc légion, avec un vibrant hommage aux illustrations de Frank Frazetta sur Conan. Shredder y est engagé dans un duel contre des incarnations démoniaques des Tortues Ninja (les Tortues Zombies) et de ses pires ennemis, ainsi que des monstres lovecraftiens, aboutissant à une mêlée gigantesque digne des plus grandes batailles du Cimmerien de Robert E. Howard.

L'action dans Shredder In Hell est donc extrêmement dynamique et mêle à la fois le style comic book et manga, proposant une mise en page faisant ressortir la fureur des combats.
Et c'est bien là que le récit fait apparaître toutes ses qualités. Les nombreuses influences de Mateus Santolouco, loin de faire de Shredder In Hell un simple comic book d'hommages, transcendent ces dernières pour créer une œuvre originale, capable de se détacher de ses références pour proposer un récit frais et novateur sur les plans narratif et visuel. Cela est particulièrement visible dans cet enfer traversé par Shredder qui semble à la fois nouveau et familier.

L'un des vibrant hommages de Mateus Santolouco à Frazetta (®IDW)

L'édition HiComics

Comme nous l'avions vu dans notre entrevue sur les Tortues Ninja avec Sullivan Rouaud, HiComics à décidé d'offrir un beau format au dernier bébé de Mateus Santolouco.
L'effet pelliculage argenté ressort très bien et contribue à mettre en avant la couverture tout en lui ajoutant une profondeur de champ. Mais cela ne s'arrête pas ici, au-delà de la galerie de variant covers habituelle, HiComics propose en bonus dans cette édition : un commentaire de Mateus Santolouco, plusieurs pages de travaux préparatoires et le Director's cut en noir et blanc, du premier numéro de Shredder In Hell (une parution dorénavant pour certains titres Tortues chez IDW, avec The Last Ronin : The Lost Years #1 plus récemment).
Seul bémol : un problème de décalage avec la première de couverture débordant sur le dos du tome, présent sur un certain nombre d'édition (ce défaut étant présent sur notre édition).

L'histoire de Shredder chez IDW

Pour les curieux, ce titre peut parfaitement se lire comme un récit complet (en particulier grâce à ses qualités visuelles et narratives), même s'il est préférable d'avoir lu avant cela certains titres ou arcs :

  • Petite particularité de la série d'IDW, la première apparition du Shredder ne se fait pas dans la série régulière, mais dans la Micro-Série Leonardo (bientôt disponible chez HiComics dans le titre Heroes ou dans l'Intégrale T1, aussi à paraître chez HiComics) avec au dessin Sophie Campbell.
  • L'Histoire Secrète du Clan Foot (déjà signé Mateus Santolouco) constitue la suite logique de cette liste. Ce récit étant sans doute le seul récit indispensable à lire avant de s'atteler a Shredder In Hell.
  • Vous pourrez poursuivre l'aventure avec : La Chute de New York, la Micro-Série - Villains consacrée au Shredder (contenu dans le titre : Les Tortues Ninja - TMNT Micro-Série - Villains), l'arc Vengeance, ainsi que la première partie de l'arc New York Ville en Guerre (dont la seconde partie est publiée en même temps que Shredder In Hell).
    Tous ces titres sont pour l'heure disponibles chez HiComics à l'exception de la Micro-Série Leonardo (encore un peu de patience).

Le mot de la fin

Shredder In Hell s'impose donc comme une œuvre singulière dans le paysage des comics. Mêlant réflexions métaphysiques et action. Le récit de Mateus Santolouco n'oublie jamais le point le plus important de toute œuvre de fiction : ses personnages. Profondément humains et touchants, les protagonistes de Shredder In Hell restent le moteur de l'histoire et permettent à Mateus Santolouco de nous offrir la meilleure œuvre de sa carrière – en espérant que beaucoup d'autres suivront –, excellemment mise en valeur par le travail éditorial de HiComics.

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