Depuis quelques trimestres, Urban Comics décide de mettre chaque mois un ou deux auteurs maison en avant, publiant de nombreux ouvrages réalisés par celui-ci. En juillet, il s’agissait du très talentueux Ram V, scénariste très intéressant et ayant déjà livré des récits au-dessus de la moyenne (Toutes les morts de Laila Starr, Grafity’s Wall, Swamp Thing). C’est dans le cadre de cette mise en avant que se voit publié Justice League Dark Infinite, un récit sans grand intérêt qui, de fait, ne rend pas vraiment justice à l’auteur. Une histoire aussi alambiquée que la publication du titre mais qui a l’avantage d’être bien dessinée.

Image : © DC Comics

Une équipe sans âme et peu accueillante pour les nouveaux lecteurs

L’abandon des titres Vertigo et la volonté d’intégrer les éléments les plus subversifs et adultes de son catalogue dans l’univers DC classique, a entraîné l’apparition d’un titre Justice League Dark, réunissant les magiciens de l’univers au sein de la Justice League. En toute honnêteté, le mélange entre un John Constantine totalement dénaturé et stérilisé et, par exemple, Zatanna, n’a jamais réellement fonctionné. Les auteurs se sont multipliés sur la série, incapables de donner une direction claire et précise à un groupe dont le fonctionnement n’a aucun sens.

Et puis, à l’issue d’un énième remaniement de l’univers DC, le titre se retrouve en back-up (c’est-à-dire en histoire à suivre d’une dizaine de pages) du titre principal Justice League. Ce qui implique un tout autre rythme. Le scénariste Ram V continue donc à développer les personnages dont il avait pris les rênes une dizaine d’épisodes plus tôt mais au sein d’un format totalement différent. Et clairement, il ne fait pas de concession, continuant sa série comme si de rien n’était, ce qui peut être assez ennuyeux pour les nouveaux lecteurs qui n’auraient pas suivi le titre.

De fait, ce Justice League Dark est assez difficile à appréhender si vous n’avez pas lu ce qui s’est produit avant, puisque Ram V y fait constamment référence. Certes, les éditoriaux assez irréprochables d’Urban Comics nous expliquent, via un long placard de texte, ce qui s’est produit avant, mais cela ne permet pas bien de rentrer dans le récit, surtout que la quasi-totalité des personnages n’a que rarement été publiée en France. Avoir lu les précédents volumes de Justice League Dark (publiés par Urban) n’est pas conseillé, c’est presque indispensable. Nous avons donc le retour de Merlin, le magicien de légende, qui a un plan maléfique en tête et que nos justiciers vont s’employer à contrecarrer.

Image : © DC Comics

Des formats peu propices à une histoire et une fin expédiée

L’intrigue est assez simple, mais le format de publication original n’est vraiment pas propice à son développement. Même si Urban Comics fait l’effort de réunir tous les épisodes au sein d’un même recueil, cette histoire se déroule en fait sur trois formats de comics très différents. Vous avez donc une vingtaine de back-ups de dix pages qui ralentissent l’intrigue et multiplient les rebondissements. En effet, ce type d'histoire au long cours dilué sur une pagination réduite impose au scénariste de provoquer des retournements de situation et des évènements chocs toutes les dix pages. Et donc on multiplie les aller-retours, les quêtes pour aller chercher tel ou tel objet, l’apparition de tel ou tel personnage pour coller au rythme et cela rend la lecture fastidieuse.

Rien à reprocher sur le style de Ram V, qui est toujours un auteur qui écrit très bien, mais disons que si la forme est réussie, le fond de l’histoire et sa structure donne une impression assez superficielle. Et loooooongue… Le pire ? Un annual (c’est-à-dire une histoire de quarante pages) qui vient s’insérer entre les épisodes. Ce qui donne encore un changement de rythme. Et encore, vous n’avez rien vu puisque l’histoire du retour de Merlin prend fin dans deux épisodes normaux de Future State, cet event où l’on a obligé les scénaristes à nous raconter des histoires situées dans un futur. Trois formats qui n’ont rien à voir pour une seule intrigue. Cela complique inutilement les choses et franchement, la lecture devient assez pénible. Ram V essaye quelques originalités dans son récit (un petit passage méta, quelques inventions qui se traduisent surtout visuellement), mais c’est très dilué dans le récit. Malheureusement, le style verbeux du scénariste ne s’adapte pas bien à ce genre de format de dix pages.

On a donc de très longs passages explicatifs exposant les enjeux et le récit, le tout accompagné par des personnages totalement inconnus des lecteurs classiques (Ragman, Bobo, le nouveau Docteur Fate) ou alors encore impliqués dans une intrigue antérieure (Zatanna). Mais le titre est surtout gâché par une fin totalement forcée et expédiée en deux ou trois pages ! Et c’est une frustration absolue. On a passé près de 250 pages à s'imposer de suivre un chemin fait uniquement de circonvolutions, de non-dits et de retournements de situation artificiels dus à ce format de dix pages pour se retrouver dans le futur et une fin qui ne fait pas sens. La volonté de conclure l’intrigue au sein de l'event Future State nuit au récit encore une fois et on peut comprendre que Ram V, obligé de changer une nouvelle fois de format et de type d’histoire, décide de conclure de manière insatisfaisante. À la va-vite.

Image : © DC Comics

Un point positif ? Les dessins !

Heureusement, le titre est porté par des dessinateurs en grande forme, même s’ils ont des styles assez différents. Les premiers épisodes sont dessinés par Xermanico qui réalise un travail vraiment très propre et très lisible. Il est remplacé par Sumit Kumar, qui apporte un peu plus d’originalité et de sens du design mais qui fonctionne toujours très bien. L’annual est dessiné par Christopher Mitten, beaucoup plus sombre et plus posé. C’est un style intéressant. Quant à la conclusion, à savoir les deux numéros de future state, ils sont dessinés par Marcio Takara, qui lui aussi est très intéressant dans son approche mais peut-être un peu trop sombre. Cela reste toutefois un point fort de ce recueil.

Justice League Dark Infinite déçoit donc, incapable de développer son intrigue classique comme le titre le devrait. C’est dû à une multitude de formats inadaptés et à des ingérences éditoriales qui ne permettent pas de rendre le récit clair et accessible, en dépit d’une partie graphique véritablement intéressante.

Justice League Dark Infinite est un titre publié en juillet 2023 par Urban Comics, traduit par Mathieu Auverdin (studio MAKMA), disponible sur Amazon, FNAC, Cultura, Bubble et vos libraires locaux.

Justice League Dark Infinite, Urban Comics

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