Paru dans la collection Urban Indies, Grafity’s Wall est un nouveau comic book signé Ram V et Anand RK, l’équipe qui avait déjà réalisé le très jazzy Blue in Green. Cette fois-ci, nous quittons les jazz clubs des États-Unis pour le chaos de Mumbai. Une œuvre quasi-autobiographique assez forte qui mérite largement la lecture.

image : © Ram V & Anand RK

Ram V est le scénariste qu’Urban a mis en valeur ce mois de juillet, en publiant plusieurs de ces récits DC Comics. Il a livré de très bons récits, mainstream comme indés et s’est rarement raté. Et puis, il a réalisé avec Toutes les morts de Laila Starr le meilleur comics de 2022. De fait, retrouver cet auteur sur un récit se situant en Inde qui nous propose de découvrir l’itinéraire de quatre jeunes perdus au sein de cette cité ne pouvait qu’attirer notre attention. Allait-il rééditer l’exploit de nous livrer encore une fois un récit stratosphérique ?

Nous allons être lucides et dire que non : Grafity’s Wall n’est pas au niveau de Laila Starr et finalement il y a, en dehors de la localisation de son action, très peu de points communs. Mais Grafity’s Wall se situe tout de même très au-dessus de la production indépendante actuelle et ce, sans aucune difficulté. Après une introduction classique et une présentation des personnages convaincante mais attendue, Grafity’s Wall se paye même le luxe de nous proposer dans sa deuxième partie un récit d’une réelle profondeur. Encore une réussite donc.

image : © Ram V & Anand RK

Suresh, alias Grafity, est un jeune garçon issu des chawl, ces quartiers pauvres de Mumbai. Sa passion : tagger les murs et leur donner une vie, un sens. Les parents de Suresh et notamment son père sont absents et totalement désabusés. Grafity passe donc la plupart de son temps avec Jayesh et Chasma, ses amis d’enfance. Chacun essaye de s’en sortir comme il peut, entre ses aspirations d’une vie meilleure et la triste réalité des enfants issus des quartiers pauvres de la ville. Jayesh deale, quitte à s’attirer énormément d’ennuis avec son « patron » ainsi que la police tandis que Chasma, le rêveur, travaille dans un restaurant tout en écrivant des lettres à des passants inconnus dans la rue. Le groupe d’amis va rapidement voir sa stabilité écornée par l’arrivé de Saira, un élément féminin qui va tout chambouler.

Violence, amour, poésie, les évènements vont s’enchaîner sans répit pour atteindre un moment suspendu, cet élément déterminant dans le passage d’une vie à une autre, celle d’un adolescent pétri d’espoirs vers celle d’un adulte accompli. C’est avec ce moment que se termine Grafity’s Wall, celui qui va transformer à jamais le futur de nos quatre héros.

image : © Ram V & Anand RK

Le récit est bien évidemment très autobiographique, que ce soit pour Ram V ou bien Anand RK, qui racontent bien leur enfance dans les chawl en postface du livre. Pas étonnant donc de voir que trois des héros ont des aspirations artistiques. Grafity peint, Chasma écrit et Saira veut être comédienne. Le titre est particulièrement bienvenu puisque Grafity’s Wall c’est aussi l’histoire de ce mur, tagué et peint par Grafity, qui doit être, tout comme le quartier, rasé dans les semaines qui arrivent. Le mur prend une véritable signification, c’est autour de lui que tout se déroule et son avancement graphique se déroule en même temps que le cheminement de pensée des héros.

Après deux chapitres introductifs, c’est lors de sa deuxième moitié et l’introduction des personnages de Chasma et de Saira que Grafity’s Wall prend une tournure beaucoup plus intérieure et poétique. Le fait que Ram V ait une écriture particulière n’est plus à démontrer. Et même lorsqu’il produit un récit un peu moins original que d’habitude, la qualité de ses textes est très élevée. C’est encore le cas ici. Et ce qui paraissait au départ comme un récit autobiographique prend toute sa mesure à la moitié de l’ouvrage, qui nous laisse encore une fois pantois.

image : © Ram V & Anand RK

Difficile de terminer cette critique sans parler des dessins de Anand RK, qui sont pour le coup très différents de ce que ce dernier avait pu proposer sur Blue in Green. Dans le précédent ouvrage il utilisait des graphismes sombres, pouvant faire penser à du Bill Sienkiewicz ou du Ashley Wood. Et dans Grafity’s Wall, c’est tout à fait l’opposé ! Ses dessins explosent et fourmillent de détails pour rendre cette impression de ville plus grande que ses habitants. C’est beaucoup plus dessiné, beaucoup plus artistique, voire très caricatural par moments. C’est difficile de décrire son style mais c’est en tout cas la preuve de l’excellence de ce dessinateur, capable de varier son style pour mieux rendre l’histoire.

Le reste du livre est accompagné d’un petit lexique (on signalera au passage la très bonne traduction de Maxime Le Dain) ainsi que d’un bonus nous expliquant comment le lettreur original Aditya Bidikar a totalement crée la police de caractère unique du récit. En résumé, si Grafity’s Wall m’a peut-être moins enthousiasmé que Laila Starr, le récit reste certainement ce qu’on vous proposera de meilleur en comics en ce mois de juillet. Foncez donc l’acheter.

Grafity's Wall, par Ram V et Anand RK, 144 pages, édité dans la collection Urban Indies, disponible depuis le 7 juillet 2023 pour 17 €.

Grafity's WallUrban indies
De Ram V. et Anand RK
07/07/2023 – Cartonné – 17,00€
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Mumbai. La ville indienne est comme une gigantesque fourmilière, en constante croissance, en perpétuelle évolution. Dans ses rues, creusant leur chemin à travers la vie, par le biais des murs et de la peinture, quatre adolescents y cherchent leur place, et les clefs de l'âge vers l'âge adulte, dans un monde où il est de plus en plus dur de s'intégrer, de se connaître soi-même et de s'accepter.

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