Alors que le royaume de Maar est au bord de la guerre avec le gigantesque peuple des Hallums, la reine Olwyn est victime d’une malédiction. Transformée en tigre noir, elle ne peut plus gouverner. Sa jeune capitaine de la garde décide de l’escorter en secret vers l’île mythique d’Isola, qui, si son existence est avérée, est le seul endroit où il y a un espoir de la sauver. En chemin, ils croiseront le peuple des Crasseux, des chasseurs sans foi ni loi, et feront un détour par l’antre des Moros, des shamans mi-hommes, mi-animaux.

Amis d’enfance, le scénariste Brendan Fletcher et le dessinateur Karl Kerschl portent le projet d’Isola depuis longtemps. Il s’appelait d’abord Miki, puis a évolué au fil du temps, notamment grâce au travail de Kerschl sur son webcomic, The Abominable Charles Christopher, où il s’est pris de passion pour le dessin animalier. De là, Fletcher a posé les bases d’Isola pour son ami. Entre-temps, ils se sont trouvés embarqués dans l’aventure Gotham Academy chez DC Comics. Ils y ont fait la connaissance de la coloriste Mssasyk (alias Michele Assarasakorn). La collaboration graphique entre Kerschl et Mssasyk fut telle que les deux compères ont embarqué l’artiste dans l’aventure. Malgré ces contre-temps, ils sont parvenus à le mener bon port avec le lancement de cette série.

Ce qui frappe en premier, bien sûr, c’est la beauté des planches du duo Kerschl/Mssasyk. C’est une véritable plongée dans un monde nouveau auquel nous convient les auteurs. Un monde nouveau et étrange que l’on découvre autant par les dessins que par les atmosphères que la coloriste installe. Chaque scène a son code couleur qui participe à son ambiance. Véritable hommage au travail d’Hayao Miyazaki, Isola renvoit autant à Nausicaa pour ses personnages féminins forts qu’à Princesse Mononoke, pour la malédiction qui pousse les personnages à se tourner vers la nature.

Une inspiration asiatique qui se retrouve aussi dans le rythme particulier de la narration de Kerschl. Il laisse en effet la part belle à la nature et aux réactions des personnages, notamment la frustration provoquée par l’impossibilité de communiquer entre les deux personnages principaux.  Le travail du lettreur américain, Aditya Bidikar, est d’ailleurs à l’avenant avec l’introduction d’onomatopées qui renvoient aux kanjis japonais. Ce rythme particulier s’applique également au déroulement de l’intrigue. Les auteurs se plaisent à prendre leur temps pour dévoiler, par petites touches, le contexte et le passé des deux personnages principaux, tout en révélant suffisamment pour satisfaire la curiosité du lecteur. Un art subtil, parfaitement dosé par les auteurs et qui terminera de vous  persuader qu’Isola est assurément une série à suivre.

Isola, tome1 (Isola #1-5, extraits de Motor Crush #1-5), Urban Indies, 168 pages, 10€. Sortie le 22 février 2019. Traduction de Maxime Le Dain, lettrage de Moscow Eye.

L’ouverture d’Isola pose en une image la relation entre les deux personnages principaux.

Plusieurs étapes du processus créatif du duo Kerschl/Mssasyk