Captain Marvel (Brie Larson)

1995 : l’ex-pilote de l’U.S Air Force Carol Danvers s’éveille dans un vaisseau de l’Empire Kree, une race alien menant une guerre sans merci à leur ennemi séculaire, la race métamorphe des Skrulls. Depuis six ans, la jeune femme est formée à devenir une habile guerrière, dotée du pouvoir d’envoyer des rafales de plasma sur ses adversaires. Mais il y a un hic : Carol est amnésique et ne se rappelle de son passé que par bribes imprécises. Rebaptisée Vers, la combattante se retrouve propulsée sur Terre après une mission avortée de son escadron. Son passé commence alors à resurgir et les origines de ses grands pouvoirs à se préciser.

Dans le monde des comics Marvel, le vécu tant fictionnel qu’éditorial de Carol Danvers est des plus complexes. Apparue pour la première fois en 1968, celle qui allait d’abord se faire connaître des fans sous le pseudonyme de Miss Marvel a connu bien des itérations et des identités avant d’accéder en 2012 au grade de Captain, position autrefois tenue par le soldat Kree Mar-Vell (les chiens ne font pas de chevaux). De fait, adapter les aventures solo de la super-héroïne avait tout de la gageure pure et simple, d’autant que le film signé Ryan Fleck et Anna Boden (Under Pressure, avec Ryan Reynolds) cumulent en moins de deux heures et demie de nombreuses intrigues issues d’arc de comics aussi épiques que Secret Invasion ou encore La Guerre Skrull vs Kree, en sus des origines de celle qui est d’ores et déjà annoncée comme la championne qui sauvera le monde – ou ce qu’il en reste – des griffes gantées de Thanos.

Sous la forme d’un prequel aux dix-neuf autres films du Marvel Cinematic Universe (excepté le premier Captain America qui avait lieu dans les années 40), ce Captain Marvel décide pourtant de réduire son intrigue à l’essentiel : l’histoire d’une guerrière en quête de son passé. Et quelle guerrière !

Carol Danvers : une icône nouvelle est née.

Carol Danvers : une icône nouvelle est née.

Car s’il est bien un prétexte à présenter une nouvelle héroïne avant la quasi conclusion d’une ère avec l’attendu Avengers: Endgame en avril prochain, c’est Carol Danvers, nouveau role-model quasi auto-proclamé du divertissement à large échelle.

Portée par une Brie Larson magistrale dont la langue bien pendue pendant la promotion du film lui aura valu les foudres abusives des trolls les plus réfractaires, l’héroïne créée par Roy Thomas et Gene Colan brille – littéralement – sur la pellicule de cette dix-neuvième bobine des studios Marvel (qui s’ouvre sur un magnifique hommage au regretté Stan Lee), au point d’éclipser très largement la Wonder Woman campée par Gal Gadot pour Patty Jenkins. Puissante, têtue et suintant d’une aura bad-ass derrière sa combinaison, le personnage a tout pour conquérir une grande audience, surtout parmi les spectatrices féminines qui auront sans nul doute envie de quitter leur projection poing levé vers le ciel avec l’envie de casser des mâchoires.

Un charisme qui ira même jusqu’à réduire Samuel L. Jackson au rang de gros sidekick, tout juste bon à tempérer la moue colérique et le regard de braise du Captain. On laissera à l’entière appréciation du spectateur d’aimer ou pas ce parti pris mais force est de constater que les seconds rôles de cette histoire sont très anecdotiques (en dehors du personnage de Maria Rambeau, jouée par Lashana Lynch) et relèvent parfois du pur clin d’œil, bien que l’incorporation de certains protagonistes tels que Ronan l’Accusateur (Lee Pace) ou le chasseur Korath (Djimon Hounsou), transfuges du premier épisode des Gardiens de la Galaxie, soit la preuve d’une louable intention de continuité.

Yonn-Rogg (Jude Law) dans Captain Marvel

Yonn-Rogg (Jude Law) fasciné par les pouvoirs (un peu cheatés) de sa protégée.

Mais en dehors d’une excellente représentativité et d’un pathos plutôt bien géré sur le troisième acte du film, que retenir de Carol en dehors de sa puissance et du rôle d’importance qu’exerce déjà positivement le personnage en dehors de l’écran ? Peu de choses, en réalité. Les enjeux de cette histoire de guerre de l’ombre entre deux factions aliens sont tellement précipités (l’action se déroule sur pas plus de deux jours) qu’en sus de raccourcis pas bien heureux dans le script, le personnage éponyme frôle de peu le statut décrié de Mary-Sue. Ainsi, le côté ouvertement tête brûlée de Carol et que son supérieur et ami joué par Jude Law ne cesse de lui reprocher, n’est jamais vraiment un problème et à aucun moment on ne ressent le moindre doute quant au fait que l’héroïne triomphera, sans souffrance ou remise en question. D’autant que ses pouvoirs ne sont pas bien définis et semblent parfaitement illimités.

Qu’on soit clair, le divertissement fonctionne mais la mise en scène bien trop sommaire du duo Fleck / Boden n’aide en rien à rattraper un scénario au classicisme confondant, sans parler des scènes d’action aussi rares que mal filmées – de quoi revoir à la hausse les capacités des frères Russo souvent décriées dans le domaine pour leur travail sur Civil War et Infinity War. S’y ajoutent un humour un peu indigent et un réel manque de prises de risques dans la direction artistique, même si les maquillages des Skrulls sont magnifiques – du moins si l’on exempt le dentier de Ben Mendelsohn dont le défaut de langue semble clairement indiquer qu’il l’empêche de déclamer son texte – et que le rajeunissement numérique de Samuel L. Jackson soit bluffant d’authenticité.

Au rang des surprises, notons une bande-son hautement inspirée, majoritairement composée de groupes de rock alternatifs menés par des front-women. Garbage, No Doubt, Hole… autant de standards survitaminés qui rappelleront aux plus nostalgiques de la décennie des nineties leur passé grunge et qui constituent ici de parfaites illustrations au propos féministe du film. De même, on note un timide message par le biais du personnage campé par Annette Bening, à la fois le Docteur Wendy Lawson et avatar de l’Intelligence Suprême des Kree, dont la mèche rebelle et certaines répliques renvoient à des débats progressistes et ennuis sociétaux qu’ils seraient trop risqué de décrire dans ces lignes que nous avons promises sans spoilers.

Nick Fury (Samuel L. Jackson) dans Captain Marvel"

« Young again, motherfucker! »

Bien que très honnête divertissement, cette adaptation de Captain Marvel donne l’impression d’être la pièce non essentielle au grand puzzle qu’est le MCU, le genre de  bout de ciel bleu qu’on colle en haut à droite du tableau qui, même incomplet, se laissera regarder sans trop bouder. Non pas que le film soit inutile, d’autant qu’il sera essentiel pour comprendre l’implication de Carol dans les événements de Endgame. Mais au vu de l’univers déjà bien en place qu’il complète, il aurait pu se permettre d’être infiniment plus ambitieux et faire montre d’autant de bravoure que son héroïne titre.

Le ramage n’est donc pas à la hauteur du plumage. Dommage.

Par contre, il y a un chat mignon… C’est vous qui voyez.

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