C’était l’un des derniers témoins de l’Âge d’Or des comic-books. Allen Bellman, qui a illustré Captain America dans les années 40, nous a quitté récemment.

Né  le 5 juin 1924, à New York, Isadore Allen Bellman est le dernier des quatre enfants d’un couple d’immigrés russes fuyant les pogroms. Son père tenant une boulangerie, c’est sur les emballages papier du pain que le jeune Allen gribouille ses premiers dessins, influencé par Milton Caniff et le Superman de Siegel et Shuster. Il entre à la High School of Industrial Arts et suit partiellement les cours du Pratt Institute. Il parvient à placer quelques dessins dans le quotidien Brooklyn Eagle, mais c’est surtout une petite annonce dans le New York Times du 9 octobre 1942 qui va décider de la suite des événements.

Allen Bellman dans la boulangerie de son père en 1939.

La jeune compagnie Timely (future Marvel Comics) est en effet à la recherche d’encreur et d’assistants pour son best-seller Captain America Comics. Poussé par son père,  le jeune Bellman se présente dans les bureaux avec ses dessins. C’est Don Rico qui examinera les échantillons du jeune homme et qui l’engage dans la foulée.

Extrait de Marvel Mystery Comics #62 (mars 1945), mettant en scène le Patriot (Marvel Comics) et dessiné par Bellman.

Il commence alors à assister Syd Shores sur les décors de Captain America. Très vite,  il se voit confié une série secondaire, The Patriot, et, au fil des mois, il touche à tous les héros de l’éditeur : Captain America, Human Torch, Sub-Mariner, Destroyer ou encore Jap-Buster Johnson avec Mickey Spillane. Dans l’atelier, il travaille aux côtés de Stan Lee, Vince Fago, Mike Sekowsky, Frank Giacoia, Carl Burgos. Il fait même travailler son cousin Leon pour l’éditeur. En free-lance, il crée une petite rubrique, Le’ts Play Detective, où le lecteur est amené à résoudre une énigme et que Bellman vend régulièrement à Timely.

Allen Bellman à sa table à dessin en 1945.

En 1949, Martin Goodman fait dissoudre la rédaction de Timely, trop coûteuse. Bellman se tourne alors vers d’autres éditeurs comme Lev Gleason ou Charlton. Après quelque temps, Stan Lee redonne régulièrement du travail à Bellman en free-lance.  Après les super-héros des années 40, il illustrera les magazines de SF (Captain Jet Dixon of the Space Squadron) ou policiers (Crime Can’t Win, Crime Cases Comics) de Timely. Fidèle à son employeur, il décline une offre de DC Comics et perd l’occasion de travailler pour EC Comics. La fronde de Fredric Wertham contre les comic-books et la mise en place du Comics Code Authority fragilise cependant le marché et, alors qu’il divorce de sa première femme, Bellman préfère chercher d’autre débouchés.

Extrait de Space Squadron #5 (février 1952), dessiné par Bellman (Marvel Comics).

Il se met à travailler pour Pyramid, un éditeur généraliste qui publie romans et magazines. Il rencontre finalement sa seconde épouse,  Roz, et adopte ses deux enfants. La famille part s’installer en Floride où Bellman décroche un emploi au département graphique du journal Sun Sentinel avant de se lancer dans la photographie.

Le docteur Michael Vassallo et Allen Bellman à la San Diego Comic Con de 2019). Le travail d’historien de Vassallo a permis de redécouvrir Bellman et de faire naître une belle amitié entre les deux hommes.

Oublié du fandom, Bellman sera redécouvert aux débuts des années 2000 grâce au travail de l’historien des comic-books, Michael Vassallo. Vassallo a collecté les souvenirs de Bellman, qui ont conduit à une autobiographie, Timely Confidential, revenant sur la vie de la rédaction de Timely dans les années 40-50. L’historien a pu réunir des exemples du travail du dessinateur dont il n’avait aucune archive et qu’il n’avait pas revu depuis une cinquantaine d’années. Bellman a pu ainsi faire découvrir à sa seconde famille cette partie de sa vie qu’ils ne connaissaient pas du tout !

Couverture de Timely Timely Confidential.

Bellman et sa femme Roz sont devenus ainsi des habitués des conventions, qui honoraient un artisan doué ainsi que ses souvenirs inestimables. Le dessinateur agrémenté régulièrement ses dédicaces du message « I was there » (J’y étais).

Allen Bellman est décédé le 9 mars dernier d’une courte maladie.

 

Source : Timely-Atlas-Comics

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