Verónica

Il a été le premier film d’horreur sorti cette année. Dernier film du surdoué Paco Plaza (Rec), Verónica suit la hantise d’une jeune adolescente espagnole des années 90, poursuivie par un démon qu’elle a involontairement invoqué. Sous ce pitch simpliste en apparence se cache potentiellement l’une des grosses surprises d’épouvante de l’année.

Tout débute par un événement vu et revu dans le cinéma Fantastique. Trois adolescentes jouent à se faire peur avec une planche de Ouija qu’on sait fatalement prête à libérer une présence maléfique sur la plus sensible des jeunes filles. Celle-ci porte le nom de Verónica, une adolescente type des années 90, qui jongle entre une mère toujours occupée au restaurant où elle travaille et trois frères et sœurs turbulents dont elle a la charge.  Débordée donc, mais sans les troubles habituels qu’on aime à coller à ce type d’archétype en vogue dans les films d’horreur.

Pour cause de cette authenticité, une histoire vraie que les archivistes de l’ésotérisme et de la police espagnole ont appris à connaître sous le nom de l’affaire Vallecas, seule et unique cas de manifestations paranormales reconnues par les autorités locales. Un souci du « vrai » qui n’est pas sans rappeler le projet Rec, qui lui aussi prônait la vérité via son aspect found-footage.

Verónica

Avec Verónica, Plaza revient à la quintessence de l’épouvante, où les non-dits et les affres du quotidien deviennent autant sujets à hantise que le démon involontairement libéré. Grâce à une caméra épousant à la fois les canons d’un certain type de plans dignes des 90’s et un très efficace usage de la musique – intra et extra diégétique –, le réalisateur espagnol invite l’effroi dans son cadre sans avoir recours aux jumpscares abusifs, les apparitions et autres manifestations paranormales n’étant que partiellement positionnées dans le plan quand elles ne se présentent pas uniquement dans le flou du background.

Loin de tout sensationnalisme, le film demeure sincère, parfois au détriment de grandes séquences d’horreur pure. S’il convie le mystère dans son récit – notamment via une inquiétante nonne aveugle qui tâchera de guider Verónica vers le salut – , Plaza se lâche carrément en de rares occasions, en particulier lors d’intenses séquences oniriques où la jeune Verónica ira jusqu’à se faire dévorer et étrangler par les jeunes membres de sa famille.  Une métaphore complexe du rite de passage à l’âge adulte et des responsabilités qui vont avec, thèmes que plébiscite souvent le producteur du film, le très en vue Juan Antonio Bayona (Jurassic World: Fallen Kingdom).

Autant un témoignage d’une certaine époque qu’un portrait intimiste d’une jeune femme en perte de repaires face à son adolescence, Verónica respecte son sujet et n’offre pas une peur facile à son spectateur. Avec sa cinématographie lancinante rappelant des oeuvres fantastiques types de la fin des 80’s comme l’Echelle de Jacob ou Angel Heart, ce septième long-métrage de Paco Plaza s’avère une excellente surprise au cœur d’un cinéma de genre gentiment paresseux et dont les divers degrés de lecture ravira les aficionados de péloches hantées.

C’est aux toujours impeccables Wild Side qu’il revient d’éditer cette galette disponible dans une image absolument irréprochable. Toutefois, au vu du sujet du film, on déplore l’absence de bonus ou de commentaire audio. Avec un tel matériau de peur, un reportage sur l’affaire Vallecas qui a inspiré le film aurait été le bienvenu.

Concours Verónica

Video Thumbnail

À lire aussi