Sept ans après la mort présumée de son père en expédition archéologique, la jeune Lara Croft partage sa vie entre précarité et exercices physiques. Lorsque les anciens associés de ce dernier viennent exiger qu'elle signe des documents testamentaires, Lara va faire la découverte d'éléments prouvant son éventuelle survie. Voilà que l'apprentie aventurière se précipite vers l'île japonaise de Yamataï, réputée pour abriter le tombeau de la reine Himiko, une souveraine maléfique qui aurait autrefois asservi son peuple par l'usage de la magie noire.

Icône geek, sex-symbol, star de l'écran, Lara Croft a été bien des choses aux yeux de ses innombrables fans. Plus de vingt ans après la sortie du premier jeu sur Playstation, une licence cinéma ajournée après le second film et un reboot survivaliste en 2013, la saga d'aventure a mainte fois prouvé sa longévité, et son succès n'a que rarement démérité.

Une mine d'or que les studios hollywoodiens ne pouvaient décemment pas laisser trop longtemps dormir sous terre. Avec l'appui de Square Enix (l'une des plus importantes entreprises de développement vidéoludique au monde dont c'est ici la première véritable incursion au cinéma), Warner Bros et MGM persistent et prennent exemple sur le récent reboot de la franchise sur console pour proposer un nouveau film mettant en scène l'admirable aventurière. Un pari à double tranchant, s'il en est.

Tomb Raider

Alicia Vikander - l'atout majeur d'un film qui ne daigne pas lever le petit doigt.

D'un côté, le reboot de Tomb Raider est encore très récent et sa nouvelle incarnation, voulue plus réaliste et vulnérable par les scénaristes et développeurs, n'a pas encore bien fait son chemin dans les mémoires. De l'autre, ces mémoires sont encore saturées par l'image iconique d'une Angelina Jolie caractérielle, cassante et Ô combien proche de son modèle de pixels. En effet, malgré la qualité plus que discutable des deux opus cinéma sortis auparavant et respectivement réalisés par Simon West et Jan de Bont, force est de constater que leur statut culte se vaut encore aujourd'hui et que l'arrivée d'Alicia Vikander (Ex Machina) dans le rôle faisait douter jusqu'au moins assidus des fans.

Or, sur ce point, pas d'inquiétude. Vikander est LA surprise du film – si tant est qu'il y en ait beaucoup. Avec un C.V. solide et un charme indubitablement britannique (ce qui manquait cruellement à Angelina Jolie), l'actrice endosse ce rôle phare et hautement physique avec brio. Actionner en devenir, Vikander approche sa Lara Croft comme une jeune femme téméraire, butée mais pas stupide, ébauche parfaite de l'aventurière qu'elle est amenée à devenir et que le grand public connaît si bien (pas un hasard si elle est surnommé « Sprout » - à savoir, « jeune pousse » ou « bourgeon » – par son père, incarné par Dominic West). Toutefois, si l'interprète est noble, le ramage du film n'est pas à la hauteur de son plumage et les fans du personnage le font déjà savoir.

Si cette version de Lara Croft est très appréciable et bien plus moderne et attachante que son modèle, le rôle et les motivations un peu binaires qui lui sont attribuées sont relativement décevantes. Quête du père dont on ne doute à aucun moment où elle aboutira, ce nouveau Tomb Raider ne laisse que peu de place à la psychologie des personnages qui vont souvent d'un point A à un point B, guidés non pas par un besoin désespéré de survie (ce qui était le cas du premier volet du reboot, dont l'univers empruntait beaucoup à la série LOST) mais plus par besoin d'obéir à des lieux communs qui jalonnent la plupart des scripts de blockbusters.

Tomb Raider

ANGER Game

Probablement que Rauar Uthaugh (Cold Prey), le réalisateur en charge du projet dont c'est ici le premier film Hollywoodien, n'a pas encore les épaules nécessaires pour faire de ce film un game-changer dans les adaptations de jeu vidéo à l'écran – un sujet toujours aussi sensible pour les cinéphiles comme pour les joueurs. Mais il y a fort à parier que le studio conserve la main-mise sur le produit et que le réalisateur Norvégien ne peut probablement que se contenter de plier sa commande au mieux de ses capacités, validant des choix de scénario toujours plus grossiers au fur et à mesure que l'histoire avance – quand il ne pompe pas tout simplement les péripéties d'Indiana Jones et La Dernière Croisade dans son troisième acte, ce que même un non-voyant saurait voir avec audio-description.

Ainsi, les hasards gros comme des maisons se succèdent, aussi bien dans le déroulement de l'intrigue que dans les séquences d'action au rayon desquels on assiste à une descente de carcasse d'avion pas mal fichue mais qui verra Lara être miraculeusement propulsée au milieu du seul sentier praticable d'une jungle sauvage. Sans oublier les personnages sur lesquels on tombe pile quand le scénario l'exige, des énigmes paresseuses et un dénouement qu'on devine dès le premier quart d'heure du film.

Entre des choix étranges (comme Lara qui préfère vendre un bijou de famille auquel elle tient pour se payer un trajet en bateau vers l'île alors qu'il lui suffit de signer les documents de son héritage pour que l'argent ne soit plus un problème), une photo passe-partout et une mise en scène plutôt impersonnelle, que dire des seconds couteaux inutiles et des méchants clichés ? Walton Goggins (The Shield) remporte ainsi à nouveau un rôle de fumier basique, Dominic West semble perdu entre deux expressions et Daniel Wu fait tout juste office de caution asiatique pour remplir un rôle purement fonctionnel de pilote de navire à gages. Sans oublier qu'entre Nick Frost, Derek Jacobi et Kristine Scott-Thomas, on aura jamais vu autant d'acteurs de trempe venir cachetonner avec si peu de classe.

Cela dit, on peut largement reconnaître au film de remplir son office de pur divertissement. Malgré un inévitable ventre mou au milieu du film, ce dernier se laisse aussi agréablement regarder qu'il se fera probablement très rapidement oublier, ce qui est hautement regrettable si on s'en tient au talent manifeste de sa protagoniste et combien l'approche plus réaliste du personnage est un reflet idéal des héroïnes dont le cinéma à grand spectacle actuel a besoin, d'autant que l'histoire y est abordée avec un véritable sérieux et peu d'humour. Aussi fidèle qu'avait pu être Angelina Jolie dans le rôle, sa prestation ne restait qu'un plaisir coupable qu'une quinzaine d'années aura suffit à gentiment ringardiser. On regrette aussi un final aux ramifications un peu mal venues et probablement guidées par un souci de progressisme, ce qui ôtera toute explication vraiment fantastique à l'histoire - une constante pourtant présente dans l'ADN de la saga depuis ses débuts.

Avec moins de 300 millions de dollars au Box-Office pour une mise de 94 millions (sans le coût de communication), le film reste en partie rentable mais si l'on tient compte de l'inflation, il n'est pas encore paré à remporter le même succès que le premier Tomb Raider et au vu d'une très rude concurrence, on peut se dire que Lara Croft n'a pas du tout été aidée dans sa conquête de nouveaux et d'anciens fans de cet univers mis à jour.

Reste à voir si une suite est envisageable, mais un réalisateur plus expérimenté devrait être requis afin d'aborder (enfin) cette figure de pop-culture avec le faste qu'elle mérite vraiment. Ils ont l'actrice, à eux de tirer les conclusions qui s'imposent de leurs chiffres et des réactions pourtant encore loin d'être unanimes.

Tomb raider

"Si je m'accroche encore un peu, je peux peut-être encore rattraper Black Panther... non ?"

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