Le(s) Dieu(x) du tonnerre est de retour en ce mois de juillet pour Thor: Love and Thunder, quatrième volet des aventures du viking de l'espace du Marvel Cinematic Universe, à nouveau sous l'égide de Taika Waititi qui sonne la moitié de cette Phase 4 décidemment aussi décousue qu'intrigante. Mais le résultat est-il à la hauteur des attentes, en particulier en cette période où Marvel Studios essuie les écueils d'une presse de plus en plus défavorable ?

Le cas de Thor est relativement unique dans le grand chambardement du MCU. L'Asgardien joué par Chris Hemsworth est, en effet, le seul personnage à avoir jusqu'ici droit de cité pour un quatrième opus solo, fait énigmatique quand on songe que la filmographie du blond à marteau est probablement la plus bâtarde de la saga. Passées d'un divertissement de SF fantasy épique au filler sans intérêt (Thor : le monde des ténèbres), les aventures de l'Avenger semblait avoir trouvé un rythme et un créneau grâce au néo Zélandais Taika Waititi qui, avec son Thor: Ragnarok, était parvenu à donner à ce héros un peu lisse les atours d'un comic relief en puissance, tout en agrémentant son univers bariolé d'une esthétique retro comics du plus bel effet. Une approche qui n'est pas sans conséquence sur le ton général du MCU, qui n'a depuis cessé de tirer sur la corde de l'humour lourdingue pour faire passer la pilule de scénarios indigents et de films parfois pliés à la va-vite. Alors que les retours critiques sont plus que tièdes dans la presse, le public va-t-il conserver intact son amour pour les muscles et la bonhommie gentiment débilitante du Dieu du tonnerre ? Pour s'assurer un retour de sentiment réciproque, la formule n'exigerait-elle pas justement que le Dieu du tonnerre soit remplacé ?

Romance au pays des Dieux

L'histoire se déroule quelques années après les événements d'Avengers: Endgame. Après de nombreuses aventures auprès des Gardiens de la Galaxie – quasi figurants au cours des dix premières minutes du film, n'espérez rien de ce côté là –, Thor parvient à se remettre en forme et sillonne les planètes pour venir en aide aux plus faibles face à diverses menaces. Mais un fléau nouveau va obliger le Dieu du tonnerre à reprendre la route en solitaire. Gorr, un mystérieux individu surnommé Le Boucher des Dieux, décime un à un les divinités de toute la galaxie, à l'aide d'une arme mystique : la Nécrolame. De retour sur Terre à New Asgard pour chercher des alliés, le Dieu Viking découvre avec sidération que son arme fétiche, Mjolnir, est désormais aux mains de Jane Foster, son ex-petite amie devenue elle aussi Déesse du tonnerre.

La comédie romantique du MCU ?

Si le troisième film n'avait pas trouvé grâce à vos yeux pour son humour, soyez certains que Love and Thunder ne sera pas plus un coup de foudre pour vous, à moins que vous n'appréciez rire d'éructations de chèvres géantes, de remarques salaces et de hache faisant des crises de jalousie. Eh oui, Taika Waititi a beau être désormais un réalisateur et scénariste oscarisé, il n'est pas encore prêt à inviter Jojo Rabbit au pays de Marvel et réemploie avec une discipline appliquée la formule à succès de Thor: Ragnarok sur son Love and Thunder, à savoir des blagues potaches, à même de désamorcer les événements les plus tragiques et un usage de la cringe machine rarement égalé dans un film de super-héros.

Ainsi, les fans des comics et de ses récits épiques resteront à nouveau sur le carreau face à un Thor de moins en moins attachant, devenu un insupportable dude inconséquent et con à bouffer du foin, évoluant au milieu de personnages détachés dont l'écriture relève du pur gimmick. Tessa Thompson vivote en Valkyrie, Jamie Alexander revient faire coucou sous le casque de Lady Sif le temps d'une blague bien foireuse, et Korg (Taika Waititi lui-même), ici à la fois narrateur de la gêne et sidekick inutile, bouffe un tiers des dialogues du film avec des remarques sans queue ni tête qui tombent systématiquement à plat. On serait tenté de croire que les distributions des films Thor ne tenaient la route que grâce à Tom Hiddleston en Loki, ici totalement absent comme c'était à prévoir – le Dieu de la malice jouissant dorénavant de son propre show à succès sur la plateforme Disney+.

Le mal et la femelle

Oui, on serait tenté de le croire si à cette galerie de fantoches ne se soustrayaient pas deux ajouts de poids au casting de Love and Thunder. En premier lieu, Gorr, le Boucher des Dieux, nouvel adversaire de Thor ici incarné par un Christian Bale habité comme à son habitude. Émacié, chauve, serpentin en diable, ce méchant tragique et implacable, à qui le film dédie toute son introduction afin de nous exposer des motivations bien compréhensibles, fait des étincelles à chacune de ses (trop rares) apparitions – parfaitement mise en musique par les quelques notes remarquables d'un Michael Giachino venu encaisser un chèque en loucedé. Mi-cabotin, mi-démoniaque, Bale vole toute la pellicule et constitue, à défaut d'un adversaire franchement original, un opposant à même d'inquiéter et de générer un véritable sentiment d'empathie. De fait, un vilain d'une telle ampleur – ne jouissant pourtant que d'une existence éditoriale d'une dizaine d'années dans les comics – aurait pu constituer une menace de choix pour une saga entière et on ne peut que regretter son traitement trop rapidement esquissé au sein des deux heures d'intrigue qui constituent le film.

Gorr, le boucher des dieux, serait-il le meilleur méchant de Thor depuis Loki ?

De l'autre côté, la grande surprise de ce quatrième opus n'est autre que le retour de Natalie Portman dans le rôle du docteur Jane Foster alias The Mighty Thor. Si ce double emploi a de quoi surprendre le tout venant, il sera un bonheur pour le fan des bandes dessinées. En effet, c'est en 2014 que la soupirante du Dieu du tonnerre (absente des films depuis Thor : le monde des ténèbres) endosse le rôle de grande protectrice d'Asgard et de la Terre afin de lutter contre la maladie qui ronge son corps. Un angle, fort heureusement, conservé dans le film même si l'obtention des pouvoirs de l'héroïne sont vides d'un certaine logique dont le film ne s'encombre malheureusement pas. Jane est le cœur émotionnel d'un récit n'édulcorant en rien les effets dévastateurs du cancer dont souffre le personnage qui, au cours des scènes de combat, s'avère au moins aussi efficace et ravageuse que son homologue à gros muscles – l'actrice s'étant elle-même taillée une puissante silhouette pour les besoins du film. S'il est compréhensible que le film veuille, en contrepoint, véhiculer une certaine forme de légèreté disposée en dessous de la ceinture (très littéralement d'ailleurs au cours d'une séquence fort débattue depuis les premières bandes-annonces où Thor termine cul nu face à une assemblée de Dieux), il n'en reste pas moins que ce thème si difficile n'est jamais traité par dessous la jambe, ne sacrifiant que rarement aux séquences de comédie romantique pure qui occupent maladroitement une bonne partie du récit. Toutefois, cette histoire de survivance tragique aurait mérité un film entier et non un partage à parts entières avec des blagounettes nulles et des effets spéciaux souvent immondes – Russell Crowe a beau avoir l'air de s'amuser comme un petit fou dans le bref rôle de Zeus, il ne sauve en rien un équilibre un peu perturbant entre tragédie franche et pets d'aisselles bien foireux.

Laid, bourrin, mais pas vide de sens

On le sait maintenant, les conditions de travail des spécialistes en effets visuels de la franchise sont la cible d'une véritable controverse. Deadlines intenables, payes insuffisantes et travail à la chaîne sont la partie émergeante d'un iceberg dont Taika Waititi s'est d'ailleurs bien maladroitement moqué au cours d'une séquence d'analyse des effets spéciaux hautement gênante. La rumeur ne se dément pas au cours de certaines scènes relativement mal fichues : un récapitulatif de la vie de Thor depuis sa jeunesse, une rixe contre des monstres des ombres en plein cœur de New Asgard dans une ambiance nocturne en forme de cache misère et divers affrontements sur fond vert montés en forme de clip show pour apporter un rythme artificiel à un scénario aussi balisé qu'un banal jeu de l'oie – en gros, l'intrigue consiste à récupérer de l'artefact et à visiter des planètes entre deux titres des Guns and Roses, surutilisés dans le montage jusqu'au dégoût, parachevant de faire de Thor une rock star stupide plutôt qu'un héros dans toute sa splendeur. Et on aimerait omettre la présence du fils de Heimdlall, préférant se nommer Axl en référence au célèbre chanteur du groupe de hard rock U.S, mais le double name drop véhicule assez de malaise comme ça – jusqu'à une scène post générique qui, en fait, vaut le coup qu'on reste jusqu'au bout pour l'émotion.

Appelez-la Mighty Thor, c'est mérité.

Pourtant, au-delà de ses maladresses et autres fautes de goût, Love and Thunder conserve pour lui une esthétique relativement léchée et une direction artistique grandiose (Omnipotence City en est un bon exemple) qui ne déteint pas au sein de la saga elle-même, invitant toujours au voyage type de space opera avec sa multitude de planètes, de peuplades et de dangers variés que la série des Thor est la seule à proposer au sein du MCU. Ainsi, peut-on décemment reprocher sa seule laideur à un divertissement aussi balisé quand il parvient, entre autres, au cours d'une séquence dantesque citant Le Voyage dans la Lune de Méliès (1902), à offrir tout un pan de combat baignant dans un noir et blanc ultra esthétisé qu'on aurait aimé voir s'étirer encore et encore ? Certes non. Mais c'est là un grain de folie bien trop rare que ne rattrapera nullement le manque d'affrontements marquants, en dehors d'une réjouissante scène de combat final dans un décor en forme de sac à easter eggs, qui se conclura malgré tout par une séquence pleine d'émotions en dépit d'un pathos infiniment trop facile en terme d'écriture – le pouvoir de l'amour, ce gâchis.

Moins débile que Ragnarok dont il cite trop la formule pour être vraiment surprenant, Thor: Love and Thunder joue pourtant infiniment mieux la carte de l'émotion en dépit de personnages peu attachants et avance quelques bonnes idées, sans trop de longueurs à l'exception d'un ventre mou avant les deux scènes de combat final précitées. En deux heures, un temps tout à fait appréciable, ce divertissement constitue une comédie super-héroïque très convenable, dans la moyenne, clairement pas à mettre dans le haut du panier de la saga Marvel comme de la Phase 4, mais dont la déjà triste réputation semble quelque peu exagérée, même si on se demande quand l'heure de la retraite viendra pour le Dieu du tonnerre. Peut-être pas assez tôt.

Thor: Love and Thunder, au cinéma depuis le 13 juillet 2022.

 

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