Après deux premiers épisodes de grande classe, l'attente autour de ce troisième opus réalisé par Matt Reeves est énorme, tant La Planète des singes est sans aucun doute la franchise de blockbusters la plus intéressante et la mieux écrite de ces dernières années. Ou du moins, l'était. Car voilà, il y a ce troisième opus.

La Planète des Singes : Suprématie

Petit rappel pour replacer Suprématie dans le contexte de la franchise. À la fin de L’Affrontement, le personnage de Gary Oldman annonce qu’il a réussi à joindre un contingent de soldats qui va se mettre en route pour venir les aider, et César part donc se réfugier dans la forêt avec ses congénères simiens. Deux ans plus tard, le Colonel (Woody Harrelson) et ses hommes traquent toujours le chef des singes.

Suprématie s’ouvre sur l’attaque discrète d’un camp de singes par les hommes du Colonel (accompagnés de leur propres singes renégats !). Ça démarre bien, le réalisateur ayant choisi de ne pas mettre de musique par-dessus, afin de mieux nous plonger dans l’ambiance. Le spectateur se voit volontiers derrière ces bidasses bien décidés à casser du singe. C’est d’ailleurs inscrit à l’arrière de leur casque : “Monkey Killer” et autres joyeusetés. S'ensuit une impressionnante scène de guerre entre humains et singes. Ça canarde à distance, la réalisation est de haut niveau avec un long plan en plongée permettant de bien situer les deux factions, puis on se retrouve de nouveau au milieu des soldats. Tout ça de manière fluide et lisible.

Après cette attaque, César décide d'accélérer le déplacement de son peuple vers un endroit plus accueillant et où ils seront en sécurité.

Voilà pour le résumé.

La Planète des Singes : Suprématie

Au rayon des points positifs :

Suprématie est en grande partie bien réalisé, avec une superbe photographie. Les décors sont grandioses, surtout ceux de montagnes. Les costumes et les effets spéciaux sont impressionnants, le rendu des singes étant absolument impeccables.

Une fois de plus, la scène d'ouverture est elle aussi impressionnante, et la bataille de fin, bien que courte, l'est tout autant. Filmée de façon frontale et immersive, elle amplifie de manière incroyablement efficace le ressenti de toute la violence de l'assaut.

Andy Serkis a prouvé durant toute la franchise qu'il est un excellent acteur. Il arrive à faire passer un panel d’émotions à travers son attitude et ses regards assez incroyables, et il en va de même pour Karin Konoval qui incarne Maurice.

La Planète des Singes : Suprématie

Au niveau du scénario, cet opus amène un point intéressant qui renforce l'idée mise en exergue depuis le début de la franchise selon laquelle l'homme a beau se considérer comme supérieur aux autres êtres, il reste au fond un animal. Cette ironie est plutôt bien mise en image lorsqu'on voit les soldats se comporter exactement comme ceux qu'ils haïssent le plus lorsqu'ils se motivent en poussant des cris de guerre ressemblant à des hurlements de bêtes sauvages.

Malheureusement, au-delà de ces points positifs, Suprématie pêche énormément.

Il souffre tout d'abord d'un ventre mou bien trop long et peu intéressant.

Le film introduit deux personnages : une humaine muette, Nova, et un singe hurluberlu, Bad Ape, qui incarnent une cassure de ton très mal venue.

Nova n’a pas une grande utilité dans le film, si ce n’est apporter quelques moments touchants qui tombent souvent comme des poils sur la soupe.
Bad Ape, lui, est l’équivalent simien de Jar Jar Binks. C’est le bouffon de service. Et pour faire des blagues, il en fait. Beaucoup trop pour une franchise qui avait jusque là un ton sérieux.

Bad Ape, dans La Planète des Singes : Suprématie

Bad Ape, l’équivalent simien de Jar Jar Binks.

 

Le personnage du Colonel est au final lui aussi assez plat, avec l’impression que l’équipe de réalisation a eu le cul entre deux chaises, à vouloir en faire un connard suprématiste de la pire espèce, et l’humaniser.

Par ailleurs, le scénario comporte des trous bien trop énormes. Le camp militaire du Colonel semble être le plus mal gardé du monde, et le temps de réaction de certains militaires ridiculement long ne colle pas du tout avec l'image de discipline et de professionnalisme que renvoie Woody Harrelson.

D’autre part, certaines parties — pourtant intéressantes —  sont mal exploitées voire abandonnées en cours de route (Maurice et Rocket dans les galeries souterraines, l’inondation). Ça sent les coupures au montage.

La Planète des Singes : Suprématie

Au niveau de la réalisation, si Matt Reeves s’en sort très bien dans l’ensemble, il abuse des ralentis pour étirer au maximum des moments censés être intenses ou touchants, ce qui provoque des cassures de rythme très gênantes, donnant l'impression d'avoir le réalisateur nous tapant derrière l'épaule pour nous dire : “Hé, verse ta petite larme, mon ami. C'est le moment touchant de service.”

Certains passages sont clairement mal écrits, notamment la toute fin, bien trop longue et lourde au niveau du symbolisme — Spoiler : César = Moïse, ça va, on avait compris !

Au final, c'est plutôt une grosse déception. Les deux premiers volets de La Planète des singes avaient mis la barre haut avec une véritable montée en pression de l’histoire, mais ce troisième opus, malgré vingt premières minutes magistrales et une réalisation dans l'ensemble excellente, laisse tout de même un goût amer de gâchis.

La Planète des Singes : Suprématie, au cinéma depuis le 02 août 2018.
Réalisé par Matt Reeves, avec Andy Serkis, Woody Harrelson, Steve Zahn, Amiah Miller, Karin Konoval, Judy Greer et Terry Notary.

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