Évacuons tout de suite les espoirs déçus : non, le Superman de James Gunn n’est pas le grand film épique que les bandes annonces pouvaient laisser espérer.  Pourtant, tous les ingrédients qu’on y avait entrevus et qui avaient suscité de grandes espérances sont bien présents dans ce métrage. Mais c’est dans le dosage que Gunn s’est emmêlé les pinceaux.

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Ce n’est pas pour les grands

D’emblée, les textes d’ouverture plombent la portée du film en nous expliquant la chronologie du nouvel univers cinématographique de DC Studios.  En voulant le placer dans une continuité, il perd aussitôt son statut de film inaugural et exemplaire qu’il était censé être.  Et le prologue in média res nous proposant un Superman battu fait perdre beaucoup de sa force à  une scène qui aurait pu être beaucoup plus dramatique.

Superman blessé, allongé sur le sol de la banquise arctique.

Depuis le Superman (1978) de Donner, la franchise est  habituée à  un traitement que l’on peut qualifier d’opératique, à savoir que la réalisation n’hésite jamais à surligner les émotions du film. Chez Donner, la destruction de Krypton est, par exemple, joué sur un mode mythique, mais on n’hésitera pas non plus à aller dans l’humour le plus enfantin (Luthor et Otis par exemple) ou dans le romantisme le plus débridé (la scène de vol) au cours du film. De même,  la fin du film ira dans le dramatique (la mort de Lois), quitte même à verser dans le ridicule (la fameuse scène de remontée dans le temps). John Williams ne s’y était pas trompé en livrant une partition homérique -voire pompeuse- avec notamment  la marche -devenue cultissime- qui ouvre le film. Bref, depuis Donner, on sait qu’un film de Superman peut -et doit- assumer les excès induits par une histoire de super-héros. Bryan Singer et Zack Snyder, chacun dans leur style, l’ont respecté aussi, souvent d’ailleurs en ne choisissant de ne gonfler qu’une seule note de leurs partitions : le romantisme échevelé pour Superman Returns et l’héroïsme guerrier pour Man of Steel.

Après la scène de début, le reste du film va confirmer le manque flagrant d’une démarche opératique chez James Gunn. À l’exception d’une seule scène (l’assassinat dans la prison), le drame et la tragédie sont soigneusement évités ou désamorcés (voir, par exemple, la fin du combat contre le kaïju). Si Gunn a compris que le film de super-héros pouvait supporter d’aller loin dans l’humour ou le sentimental,  il semble avoir plus de mal à être jusqu’au boutiste dans le pathos (un reste de son expérience semi-ratée de Guardians of the Galaxy 3 ?). La transparence de la musique en est d’ailleurs la preuve flagrante. La reprise par endroit du thème de John Williams est le seul moment où la bande originale parvient à susciter de l’émotion. Pour un réalisateur qui avait mis la musique au cœur de sa narration dans la saga  GotG, le raté est d’autant plus rageant. John Ottman (dans un bel hommage à Williams) et Hans Zimmer (dans un registre différent) étaient pourtant parvenus à faire de la musique un élément fondamental de l’épopée du kryptonien. Ici, la BO de John Murphy et David Fleming est bien trop passe-partout et les morceaux se suivent sans réellement faire preuve d’identité propre. Résultat, le film peine à nous donner un quelconque ressenti épique.

Superman (David Corenswet) et Lois Lane (Rachel Brosnahan).

La menace principale du film est d’ailleurs du même acabit. Elle a beau être colorée et multidimensionnelle, la faille qui détruit Metropolis fait immanquablement penser à celles du premier film et de Superman Returns. Du déjà vu qui permet, certes, quelques belles scènes iconiques (le sauvetage sur le pont), mais qui plonge surtout le dernier acte dans un méli-mélo d’action stroboscopique un peu trop vu ces derniers temps dans les films de super-héros. D’autant que le Superman de Gunn passe son temps à se souvenir de ses pouvoirs à la dernière minute (le souffle chaud ou la vision calorifique), nous privant ainsi de scènes véritablement spectaculaires. A quand un réalisateur qui prendra la réelle mesure de la puissance cinématographique de Superman ?

Superman combattant les hommes de Lex Luthor à coup de laser optique.

Ce n’est pas que pour les enfants

Mais dans les bons points, Gunn assume complètement de faire un film de super-héros.  Coloré, drôle et surtout positif, son Superman (porté par un David Corenswet épatant et d’une grande justesse) ne s’excuse jamais d’être bon et gentil, de vouloir faire le bien. Et pour enfoncer le clou, le Superman de Gunn est un personnage qui est avant tout soutenu par les enfants, même lorsque les adultes se détournent de lui. Car s’il y a bien un âge où toutes les émotions sont exacerbées, c’est bien celui de l’enfance. La présence de Krypto, le chien maladroit et désobéissant, n’en est que plus explicable. Car si les gags autour de lui peuvent s’avérer lourdingues, il est aussi un vecteur d’émotions que n’importe quel enfant peut comprendre et ressentir (la peur de l’abandon ou encore l’attachement comme le suggère la première scène post-générique).

L’acteur Nicolas Hoult réussi parfaitement son interprétation à travers ce prisme justement enfantin. Son Lex Luthor est un gamin survolté, qu’on dirait prêt à taper du pied pour qu’on exauce ses caprices, qui ne supporte pas d’être frustré et capable aussi d’une grande cruauté (l’assassinat dans la prison encore).

Nicholas Hoult est Lex Luthor dans le film Superman.

L’enfance est tout le nœud du dilemme porté par Superman dans ce film où il découvre que ses parents biologiques, Jor-El et Lara, l’ont envoyés sur Terre pour de mauvaises raisons. Perdant tout ce qu’il pensait avoir hérité, Superman se trouvera déstabilisé, mais un retour sur les terres -plus simples- de son enfance et la sagesse tout particulière de Pa et Ma Kent lui remettront les idées au clair et lui feront retrouver une vérité simple :  c’est bien l’enfance de Clark, auprès de parents aimants et attentionnés, qui a construit Superman et non un quelconque message venu d’une lointaine planète. La conclusion du film -en  reflet inversé de la scène d’ouverture- n’en est que plus poignante, autant pour un enfant que pour un parent.

D’ores et déjà, le film semble être un succès et ce pour une bonne raison, Gunn s’adresse avant tout au grand public oublié des comic books, les enfants. Si certains adultes pourront peut-être se sentir exclu du film, il ne faudra pourtant pas oublier que ce film sur Superman sera sans doute le premier pour beaucoup de gamins. Et, ma foi, il est fort possible que nombre de minots du monde entier peuvent apprendre à aimer Superman -et le nouveau DC Universe au cinéma- avec ce métrage. Et on ne pourra que saluer James Gunn pour cela.

La Boravie dans le film Superman de James Gunn.

 

Superman par James Gunn, au cinéma depuis le 09 juillet 2025 ; en streaming sur Max très bientôt.

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