I Kill Giants (HiComics)

Après nous avoir éclairé sur son parcours, les tortues ninja et le début prometteur d’HiComics, Sullivan nous parle de l’actu brûlante du moment : la sortie du graphic novel I KILL GIANTS, de Joe Kelly et Ken Nîîmura et des projets de publications et rééditions indés qui sortiront cette année. 

SP : L’actu du moment, c’est la sortie de I Kill Giants chez HiComics, dont une adaptation cinéma est sortie en début d’année (réalisé par Anders Walters, avec Zoé Saldana, Direct To Video depuis le 6 juin chez nous.) Pourquoi avoir choisi cette histoire ? Était-ce motivé par la sortie du film ?

Sullivan : Je suis fan de ce livre et de Ken Niimura depuis bientôt dix ans. J’adore aussi Joe Kelly, dont c’est l’histoire la plus personnelle à ce jour.

C’est un album fabuleux : on suit une jeune fille du nom de Barbara Thorson qui est une ado marginale qui chasse des géants dans un univers féerique au quotidien, et il faut attendre la toute fin pour comprendre le pourquoi du comment. Si tu ne verses pas ta larme à la fin de la BD, tu n’as pas de cœur ! Le film s’adresse davantage à un public adolescent, là où le livre est à destination de tout le monde, notamment par sa révélation très adulte. C’est une histoire qui raconte des choses très profondes sur la famille, l’introspection et le harcèlement en milieu scolaire, entre autres choses.

Dans le monde de l’édition de Comics, I Kill Giants représente absolument tout ce qu’il ne faut pas faire : c’est un roman graphique (donc un one-shot) en noir et blanc. Sans le film qui sort, il est certain qu’il aurait été plus difficile de l’imposer. Il y a quelques années, la première partie était sortie au format Franco-Belge chez Quadrants, une collection de chez Soleil. Au japon, ils l’ont même publié sous la forme d’un manga.

Vu mon métier, je vis très souvent avec mon imaginaire et je me suis tout de suite retrouvé dans ce livre. En arrivant chez Bragelonne, je l’ai relu et j’ai pris la décision de le faire chez eux, c’était devenu un vrai but ! D’autres que moi étaient sur le coup mais j’ai mis les petits plats dans les grands, jusqu’à faire venir le duo d’artistes, Joe Kelly et Ken Niimura, ainsi que le réalisateur et le producteur, à Paris pour la promotion de la BD et du film, en partenariat avec l’excellente équipe de The Jokers, un label qui fait du très bon cinéma.

Sans mettre de côté nos autres bébés, je peux dire que c’est le plus bel ouvrage que nous ayons sorti jusqu’à maintenant : il fait 300 pages, avec une couverture et une préface inédite, énormément de bonus… Yoann qui bosse avec nous a fait un travail dantesque dessus et le titre est très impactant – il a même donné son nom à un groupe de metal de Nantes, d’ailleurs ! Chaque fois que je le lis, il me bouleverse et je ne suis pas le seul : je reçois énormément d’avis positifs de lectrices et de lecteurs comblés sur Twitter.

J’ai beaucoup bataillé pour le faire à moins de 20 euros, ce qui n’était pas gagné au départ. Les œuvres qui changent ta vie sont rares et pour tous les regrets que je peux avoir dans ma jeune carrière d’éditeur, je n’en ai aucun pour I Kill Giants. Si cette histoire peut toucher d’autres gens de la même manière, j’en serais comblé.

I Kill Giants (HiComics)

SP : En plus d’oeuvres originales comme I Kill Giants, tu sors aussi des rééditions très attendues, telles que Locke & Key de Joe Hill et prochainement celle de Scott Pilgrim. Penses-tu investir dans d’autres licences laissées de côté par des éditeurs tiers ? On pense en ce moment au cas de Buffy et du Whedonverse, que Panini compte arrêter de publier.

Sullivan : Question ultra délicate ! Sincèrement, je ne peux pas te répondre. Mais il y a un immense conglomérat de fans de Joss Whedon chez Bragelonne. Sans en être fan moi-même, j’ai eu la chance de croiser Whedon plusieurs fois, et au-delà de toutes les histoires qu’on lit ça et là, il a l’air d’être un chouette gars. Pour Buffy, je suis loin d’être à jour mais les premières saisons, avec ses hommages aux grands mythes de l’horreur, m’ont énormément plu. S’il y a moyen de le faire, alors nous le ferons. Mais pour l’heure, je me concentre sur les Tortues, car nous accusons encore un peu de retard par rapport aux publications U.S, mais l’avenir est tout proche, dont Locke & Key comme tu l’as signalé et dont nous allons sortir un tome inédit – sachant que le projet de série télé à été récemment repris par Netflix, une aubaine incroyable pour HiComics.

En plus de Scott Pilgrim, prévu l’an prochain, nous allons également reprendre Rex Mundi, que l’on m’a beaucoup réclamé. Cette série, c’est un peu mon Da Vinci Code à moi, j’ai hurlé sur tous les forums de Bragelonne à l’époque pour avoir la suite ! Franchement, nous pourrions publier beaucoup de choses mais il y a de nombreux paramètres à prendre en compte avant. Pour 2019, nous sommes bouclés à fond mais je planche déjà sur les projets de 2020.

Suite et fin de l’interview demain, où nous parlerons du futur d’HiComics et des comics en France.

I Kill Giants (HiComics)