Deuxième partie de notre retour sur les origines comics des Titans.

1976, une tentative de relance est effectuée sous la responsabilité du scénariste Bob Rozakis (Teen Titans #44, novembre 1976). Cette série d’épisodes tourne beaucoup autour de Mal Duncan qui, las de combattre les super-vilains avec ses petits poings, s’évertue à se trouver une identité super-héroïque. Il trouve un exo-squelette de combat et devient Guardian, pour changer dès le numéro suivant. Il trouve la Corne de Gabriel et devient Hornblower (TT #45, décembre 1976) pour reprendre le nom de Guardian à peine quelques numéros plus tard (TT #49, août 1977) . Deux nouveaux membres font également leur apparition (TT #48, juin 1977). Karen Beecher, la petite amie de Mal, devient elle aussi une super-héroïne sous le nom de Bumblebee et Duela Dent, une jeune désœuvrée, clamant être la fille du Joker, Double-Face ou Catwoman. Malgré son instabilité, elle intègre l’équipe sous le nom d’Harlequin.

À se proclamer fille de vilains, on se retrouve embringuée dans de sales draps. Couverture de Teen Titans #48 par Rick Buckler (DC Comics).

Dans la foulée, Rozakis lance un tryptique d’épisodes (TT # 50-52, octobre-décembre 1977) où il invente l’équipe des Titans West, une formation basée sur la côte ouest des États-Unis et qui permet de recaser d’anciens membres comme Lilith, Hawk et Dove, mais aussi d’intégrer d’autres jeunes héros comme Beast Boy, l’éphémère Bat-Girl du début des années 60 ou encore Golden Eagle, un succédané d’Hawkman, repêché des pages de Justice League of America. Bref, on ne peut pas reprocher à Rozakis de ne pas faire feu de tout bois. Il est cependant probable que ce fourmillement sans véritable direction claire, associé à une valse des dessinateurs, fasse que la série stoppe finalement au numéro 53 (février 1978). L’époque n’est plus aux simples groupes de super-héros multicolores qui collent des peignées à tour de bras à des vilains ridicules.

Bien avant les Avengers, les Titans avaient déjà une succursale sur la côte Ouest. Couverture de Teen Titans #50 par Rick Buckler et Jack Abel (DC Comics).

On comprend dès lors que, deux ans plus tard, Jenette Kahn, la présidente de DC Comics, n’accueille pas à bras ouvert le projet d’un retour. Mais ce projet est porté par le responsable éditorial Len Wein et le scénariste Marv Wolfman, les deux amis de longues dates qui ont justement commencé leur carrières de scénaristes sur la première série. Depuis, ils ont fait du chemin au point de devenir rédacteurs en chef de Marvel durant les années 70. Des figures d’importance que DC a récupéré sous le bénéfice de l’arrivée de Jim Shooter comme rédacteur en chef de Marvel en 1978. Réputé difficile et prêt à tout pour secouer le cocotier, Shooter va provoquer une véritable « fuite des cerveaux » vers DC. Outre Wein et Wolfman, des gens comme Roy Thomas ou Gerry Conway vont ainsi rejoindre la concurrence. Cet apport va permettre à DC de renouveler l’écriture de son univers en important la méthode Marvel qui se renouvelle, qui plus est, avec le succès  des X-Men de Claremont, Cockrum et Byrne. New Teen Titans en sera littéralement le symbole.

La mythique couverture de New Teen Titans #1 par George Pérez et Dick Giordano, reprise de nombreuse fois (DC Comics).

Avec le dessinateur George Pérez, Wolfman réinvente complètement l’équipe. Des membres d’origines, les deux auteurs ne gardent que Robin, Kid Flash et Wonder Girl. Ils y adjoignent Beast Boy (qui prend alors le nom de Changeling) et trois nouveaux personnages. L’extra-terrestre Starfire (du même nom que le personnage inventé par Wein et Wolfman dans leur jeunesse), le mi-homme, mi-machine Cyborg et l’empathe Raven qui est d’ailleurs à l’origine de la formation puisqu’elle recrute tous ces héros pour combattre son père, le terrible démon Trigon (dans DC Comics Presents #26, octobre 1980, puis New Teen Titans #1, novembre 1980). Ce ne sera pas le seul ennemi de l’équipe puisqu’ils affronteront également, au fil des épisodes, le mercenaire Deathstroke, l’organisation criminelle H.I.V.E., la secte criminelle de Brother Blood, l’empire galactique de Citadel ou l’équipe des Fearsome Five. Des rues de New York aux tréfonds de la galaxie, Wolfman et Pérez ne lésinent pas sur les menaces. Ils n’hésitent pas non plus à accentuer le côté humain des héros, s’intéressant à leur vies privées ainsi qu’à des sujets de société comme la drogue ou les enfants des rues. Grâce, en plus, aux dessins précis de Pérez, le lectorat se passionne pour les aventures de ces nouveaux Titans.

Dans « A Day in the Lives », Wolfman et Pérez mettent, avant tout, l’accent sur la vie privée des protagonistes. Couverture de New Teen Titans #8 par George Pérez (DC Comics).

La série est un tel succès que les nouveaux membres (Starfire, Cyborg, Raven et Changeling) font l’objet d’une mini-série, Tales of the New Teen Titans, où chaque numéro revient sur leurs origines. Mieux, Marvel et DC s’accordent sur un numéro spécial où se croisent les Titans et les X-Men sous la houlette de Chris Claremont et Walt Simonson.

Un face-à-face entre Dark Phoenix et Darkseid est un des morceaux de bravoure de cette rencontre au sommet entre les Titans et les X-Men. Couverture de Uncanny X-Men and the New Teen Titans par Walt Simonson et Terry Austin (Marvel Comics/DC Comics).

L’un des points forts de la série sera qu’enfin les jeunes héros grandissent, évoluent. Robin s’émancipent de Batman et commence une relation amoureuse avec Starfire, Wonder Girl se fiance à un homme plus âgé qu’elle (Terry Long) et s’interroge sur son passé, Kid Flash doute de plus en plus de l’intérêt d’être un super-héros. Même le très insouciant Changeling évoluera en nouant une amitié profonde avec Cyborg et en tombant amoureux d’une jeune héroïne, Terra, qui intègre le groupe (NTT #30, avril 1983).

Avec le succès, DC Comics commence a échafaudé des plans. Comme nous l’avons vu avec Camelot 3000, l’époque est à un changement de paradigme concernant la distribution des comics. DC veut investir massivement sur le marché des librairies spécialisées. Après des projets spéciaux, c’est au tour des séries régulières. Et quoi de mieux que la meilleure vente de l’éditeur pour opérer la transition, qui se fera en plusieurs étape. La série change alors de titre. New Teen Titans devient Tales of the Teen Titans au numéro 41 (avril 1984). Et dès le #42, Wolfman et Pérez lancent « The Judas Contract », une saga en quatre partie qui voit H.I.V.E. et Deathstroke s’attaquer aux Titans selon un plan ourdi de longue date, puisque Terra se révèle être une traîtresse au service de Deathstroke. Cette intrigue servira également à faire passer Dick Grayson de Robin à Nightwing et à introduire un nouveau membre. Jericho se révèle être le fils muet de Deathstroke, capable de prendre possession de n’importe qui.

Les designs de costumes n’ont jamais été le fort de George Pérez et ce ne sont pas Nightwing et Jericho qui diront le contraire. Couverture de Tales of the Teen Titans #44 par Pérez (DC Comics).

Au terme de cette saga épique qui passionne les lecteurs, un nouveau volume de New Teen Titans est lancé (NTT vol.2 #1, août 1984), sur beau papier, uniquement disponible en comic-shops. L’action s’y situe un an après et raconte un nouveau combat de l’équipe contre Trigon. En parallèle, Tales of the Teen Titans continue, mettant en scène notamment le mariage de Wonder Girl avec Terry (TotTT #50, février 1985). Pérez en profite pour quitter les deux titres et s’occuper de la maxi-série Crisis on Infinite Earth. Rick Buckler et Chuck Patton lui succèdent sur Tales of… tandis que José-Luis Garcia-Lopez et Eduardo Barretto illustre NTT vol.2. Finalement, Tales of the Teen Titans #60 (décembre 1985) finit par faire la jonction en commençant à rééditer New Teen Titans vol.2. à partir du numéro 1,  laissant cette dernière comme unique série inédite où Wolfman introduit un nouveau membre, Kole, qui ne survivra malheureusement pas à Crisis on Infinite Earths.

Meilleure qualité d’impression, meilleur papier, le volume 2 de New Teen Titans bénéficie d’un traitement de faveur pour séduire le public des libraires spécialisés. Couverture de New Teen Titans vol.2 #1 par George Pérez (DC Comics).

 

À suivre : Période creuse

 

 

 

 

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