Nous savions que le célèbre dessinateur de Crisis on Infinite Earths était déjà en semi-retraite suite à des problèmes de santé (diabète, problèmes de vue et de cœur). Il avait abandonné le dessin séquentiel et se consacrait essentiellement aux commandes de dessins.

Ce 19 janvier, il a pris la plume sur Facebook pour annoncer qu’il cessait également cette activité. Celle-ci devenait trop exigeante pour sa vue, et on ne s’en étonnera pas vu la qualité et la quantité de détails que Pérez à toujours mis dans ses dessins. De même, il fera ses dernières apparitions en convention durant l’année 2019. Il réservera d’ailleurs cinq dessins (faits à l’avance) par jour de présence en convention pour des fans chanceux. Les bénéfices de la vente seront ensuite reversés à une œuvre caritative. Par la suite, il réservera ses apparitions à seulement deux conventions (Dragon Con et Fetish Con), plus chères à son cœur. « Heureusement« , dit-il, « je gagne bien assez d’argent à travers les royalties pour vivre une vie confortable et ne plus à avoir à travailler. Sauf si quelque chose de vraiment tentant, avec un délai suffisant, se présente. Hé, on ne sait jamais. » Il conclut en précisant : « J’ai eu un formidable parcours à faire ce que je voulais faire depuis que je suis gosse. Maintenant, je peux m’asseoir et voir ce que j’ai aidé à créer divertir toute une nouvelle génération.  »

Pérez a débuté sa carrière dans les comics en 1973 comme assistant de Rick Buckler. Il travailla sur quelques séries mineures de Marvel avant d’exploser sur Avengers, Fantastic Four et Inhumans. En 1980, il partit pour DC Comics où il eut la possibilité de dessiner la Justice League of America, mais où surtout il co-créa avec le scénariste Marv Wolfman, The New Teen Titans, une version remaniée des Teen Titans qui fera jeu égal avec les X-Men de Marvel en terme de popularité. Toujours avec Wolfman, il chamboula complètement la continuité de l’univers DC avec Crisis on Infinite Earths, qui lui permettra d’illustrer des morceaux de bravoure devenue iconique comme la mort de Supergirl ou des batailles où se pressent des centaines de personnages. Dans la foulée, il relança la série Wonder Woman dont il devint également scénariste. Son run fit forte impression sur le personnage et sur toute une génération de lecteurs.

Après des désaccords éditoriaux, il quitta DC pour Marvel où il dessina une partie de The Infinity Gauntlet, la fameuse histoire où Thanos récupère le Gant de l’Infini et qui servit de base au troisième film Avengers. Il collabora avec le scénariste Peter David sur Sachs and Violens et sur Future Imperfect, une histoire où ils envoient Hulk affronter son double dans le futur. Après quelques passages chez de petits éditeurs comme Tekno Comics ou Malibu (et un rapide passage à l’encrage d’une nouvelle série Teen Titans), il revint chez Marvel où il scénarisa Silver Surfer et devint le dessinateur du troisième volume d’Avengers, avec Kurt Busiek au scénario. Les deux compères en profitèrent pour produire le très attendu cross-over JLA/Avengers.

Pérez partit ensuite tenter l’aventure Gorilla où il lança sa propre série, Crimson Plague, mais la débâcle du label ne lui laissa publier que deux numéros. Il partit ensuite pour Crossgen où il signa la série Solus. Il retourna finalement chez DC Comics où il dessina Brave and the Bold et Infinite Crisis: Legion of 3 Worlds. Pour le New 52, il scénarisa – rapidement – Superman et dessina New Teen Titans: Games, un graphic novel qui le réunissait de nouveau à Marv Wolfman. Son dernier gros projet dessiné fut la mini-série Sirens chez Boom Studios.

Pour une fois, en tout cas, nous pouvons rendre hommage à un grand artiste sans qu’il soit mort pour autant. Comme le note son collaborateur Kurt Busiek sur Twitter :

« De mémoire, peu de créateurs ont pu se retirer officiellemement du monde des comic-books. Généralement, soit ils quittent les comics pour d’autre choses, soit ce sont les comics qui les quittent.

C’est agréable qu’un créateur puisse mettre un point final à sa carrière selon ses propres termes. »