Après une tentative avortée de relance dans les années 70, les Titans étaient plutôt moribonds. L’arrivée de transfuges de Marvel Comics, le responsable éditorial Len Wein, le scénariste Marv Wolfman et le dessinateur George Pérez, va littéralement transfigurer le groupe et tout l’univers DC. Urban propose de retrouver les premiers épisodes mythiques de cette relance dans le volume 1 de leur intégrale.

Dans un court récit d’introduction (DC Comics Presents #26), Robin fait un rêve étrange où il fait la connaissance d’une nouvelle équipe de Titans. Il s’agit en fait d’une vision induite par Raven pour présenter le futur à Robin. La jeune sorcière est en effet bien décidée à monter un groupe qui l’aidera à combattre le terrible démon Trigon. Cette bataille occupera d’ailleurs les six premiers épisodes de la nouvelle série. Dans le premier, outre Robin et Wonder Girl, elle tente de rallier à sa cause un Kid Flash qui ne veut plus être un super-héros. Le jeune homme se laisse pourtant séduire par les arguments de la jeune femme… et par la jeune femme elle-même. Se rallie également un ancien de la Doom Patrol et des Titans West, Beast Boy, qui prend le nom de Changeling, mais aussi Victor Stone, un ancien athlète devenu Cyborg, mi-homme, mi-machine. Tout ce petit monde sera idéalement placé pour aider la princesse extra-terrestre Koriandr, alias Starfire, à échapper aux esclavagistes gordaniens à qui elle a été livré par son propre père.

Couverture originale de New Teen Titans #4 par George Pérez (DC Comics).

Ainsi constituée, l’équipe va devoir faire face à l’organisation criminelle, la R.U.C.H.E. (H.I.V.E.) qui va envoyer contre eux le piètre Grant Wilson, qui mourra dans la bataille, déclenchant la colère de son père, le mercenaire Deathstroke, qui nourrira une rancune tenace envers le groupe. Viennent ensuite les Cinq Redoutables (Fearsome Five), menés par le Doctor Light. L’occasion pour les New Teen Titans de gagner un Q.G, la fameuse tour des Titans (#3) et, plus tard, pour Cyborg de renouer avec son père (#7). Les NTT doivent ensuite affronter leur mentors de la Ligue de Justice, qui leur apprend que Raven avait déjà tenté de les enrôler dans sa guerre contre Trigon plusieurs mois plus tôt. Zatanna révèle également que la jeune empathe a instillé un sentiment d’amour à Kid Flash pour qu’il la suive. Trahis, les NTT tournent le dos à Raven au moment où Trigon choisit d’attaquer. Devant l’évidence de la menace, l’équipe se lance malgré tout dans le combat, devant reconnaître la droiture de Raven lorsque celle-ci se propose comme otage à Trigon pour sauver ses amis. Ceux-ci apprennent alors qu’elle est la propre fille de Trigon (#5-6).

Couverture originale de New Teen Titans #6 par George Pérez (DC Comics).

On le voit (et c’est confirmé dans la très instructive introduction de Marv Wolfman), les relations parents-enfants sont au cœur des intrigues. Cyborg, Starfire, Raven sont en conflit directs avec leurs pères, mais Robin a également des rancœurs concernant son père de substitution, Batman, tout comme Changeling, qui pleure ses parents adoptifs. Rita Farr/Elasti Girl est en effet décédée avec le reste de la Doom Patrol, tandis que Steve Dayton/Mento se perd à la croire toujours vivante. Les épisodes 13 à 15 seront d’ailleurs l’occasion d’un fort bel hommage au groupe avec le retour de Robotman. Même Wonder Girl sera prise dans un conflit inter-générationnel lorsque les Titans de la mythologie grecque se réveillent et s’en prennent aux dieux olympiens, leurs enfants (#11-12). La jeune femme sera hypnotisée par leur chef Hyperion et prendra très mal cette prise de contrôle.

Couverture originale de New Teen Titans #11par George Pérez (DC Comics).

Car l’autre aspect important de la nouvelle série, c’est la place importante donnée aux personnages féminins. Raven est ainsi celle qui est à l’origine du groupe, Wonder Girl est une femme accomplie qui assume son amour pour un homme plus âgé et si Starfire fait tourner les têtes par son physique avantageux, elle est loin de faire potiche et reste une redoutable guerrière extraterrestre prête à faire couler le sang lorsque son petit ami trouve la mort à cause de la R.U.C.H.E (#16). Le scénariste Chris Claremont, avec Phénix et Tornade des X-Men, opérait d’ailleurs le même processus d’émancipation féminine à la même époque et, tout comme Claremont, Wolfman et Pérez n’oublient pas non plus de s’intéresser à la vie privée de leurs héros, notamment à travers l’épisode « Un jour comme les autres » (#8).

Les dessins de Pérez sont bien sur pour beaucoup dans la réussite de ces épisodes. Son style clair et précis est un bonheur de lecture. Dommage qu’il soit un peu gâché par l’encrage un peu trop rond et envahissant de Romeo Tanghal. Là-dessus, le duo ne rivalisera jamais avec la complémentarité du duo Byrne/Austin. Deux chapitres sont cependant encrés par respectivement Franck Chiaramonte (#3) et Pablo Marcos (#6), mais là aussi, les pattes sont lourdes et brouillonnes. Il faudra attendre beaucoup plus loin dans la série pour voir débarquer des gens comme Dick Giordano ou Mike De Carlo qui vont pouvoir accompagner Pérez dans sa quête du dessin détaillé. Un numéro (#5) est dessiné par Curt Swan. Malgré le talent de cet artiste, cette production ne fait que mettre en avant l’absence totale de dynamisme de son trait.

Couverture originale de New Teen Titans #13 par George Pérez (DC Comics).

Véritable pierre angulaire du renouveau de DC Comics des années 80, New Teen Titans mérite absolument cette superbe édition intégrale proposé par Urban. Quatre tomes, traduits par Edmond Tourriol, sont prévus et on ne peut que vous encourager à vous jeter dessus car le meilleur est encore à venir : de nouveaux héros, des changements drastiques, des drames et des trahisons.

New Teen Titans vol.1 (DC Comics Presents # 26, New Teen Titans #1-16), coll. DC Essentiels, 464 pages, 35 €. Sortie le 30 août 2019. Traduction d’Ed Tourriol, lettrage de Stephan Boschat et Cyril Bouquet.

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