Maxime Garbarini est un fan de super-héros depuis sa tendre enfance. En cette fin d’année, il réalise ce que beaucoup de fans ont toujours voulu faire: poser les bases de son propre univers super-héroïque. Avec l’appui de Northstar Comics et portée par une campagne de crowdfunding très réussie (350% de financement obtenu), Maxime peut maintenant proposer à  ses lecteurs le premier tome d’Heroics.

Commençons cette interview par le versant nostalgique. Comment es-tu tombé dans le bain des comic-books ?

C’est tout bête. C’était en 1983, j’avais 8 ans. J’aimais déjà beaucoup lire, et un jour, une amie de ma mère est venue avec son fils qui était dans mon école et qui avait ramené une pile de Strange, Spécial Strange, Spidey, Nova, Titans. J’ai immédiatement accroché avec ces revues, et je me suis mis à les lire et relire tous les mois. En 1990, j’ai découvert Dangereuses Visions, une librairie lilloise qui vendaient les comics en V.O. (donc sans censure, ni délais de parution) donc j’ai vite basculé sur la V.O. Et je ne me suis jamais arrêté d’en acheter et d’en lire depuis, particulièrement les séries qui mettent en scène des équipes un peu hétéroclites comme les X-Men, la Légion des Super-Héros, ou bien les Teen Titans.

Maxime Garbarini

En parlant de la Légion des Super-Héros, tu as d’ailleurs fait une magnifique couverture quadruple pour la revue Scarce. Comment s’est déroulé le projet ?

Ah merci, je suis ravi si elle t’a plu. En fait, c’est tout simple, je connais Xavier Lancel, rédacteur en chef de Scarce depuis un moment, j’ai été accueilli sur son stand à Angoulême à plusieurs reprises et on est devenu amis. C’est une des personnes les plus drôles que je connaisse et une des plus dévouées aux comics aussi. J’avais déjà posté sur mon tumblr quelques redesigns de persos de la Légion, et je ne sais plus si c’est lui qui m’a proposé ou moi qui ai sauté sur l’occasion mais je me suis retrouvé à faire les couvertures des numéros sur la Légion, et comme je voulais vraiment mettre le plus de personnages possibles, j’ai proposé de faire deux doubles couvertures. Je suis assez fier du résultat, car j’ai tenté quelques redesigns de personnages qui ont déjà connu tellement d’incarnations différentes, avec toujours en tête qu’on puisse les reconnaître. Dans mon esprit, c’était à la fois un hommage, et une opportunité d’apporter mon humble brique au monument qu’est cette série.

L’impressionnante quadruple couverture des numéros 84 et 85, consacrée à la Légion des super-héros (Association Saga).

Tu as appris le dessin en autodidacte ou en école ? Si je peux me permettre un avis personnel, ton style semble simple en apparence, mais d’une rare élégance. Quels sont tes influences artistiques ?

Merci c’est super gentil. Simple et élégant, ça me touche beaucoup.

J’ai eu les cours d’arts plastiques à l’école comme tout le monde, mais je n’ai suivi que très très peu de cours de dessin à proprement parler. Autour de mes 15 ans je crois, je suis allé 5 ou 6 fois le mercredi après-midi apprendre à dessiner des chou-fleurs ou des coquillages. J’étais impatient d’en apprendre plus sur le dessin du corps humain, mais les cours étaient chers donc j’ai vite dû abandonner.

Je pense que c’est la BD, le cinéma, les dessins animés qui m’ont appris à dessiner, au final. Aujourd’hui, j’ai encore une longue liste de choses à apprendre et à essayer, donc je prends des cours quand le temps le permet, ou bien je m’entoure de livres de référence, mais jusque là c’est vrai que c’était un peu du système D.

Finalement le dessin c’est entre l’œil et la main que ça se passe, donc s’entraîner à observer et à interpréter, beaucoup et tout le temps, reste un bon moyen de progresser, je pense.

Au niveau de mes influences, la liste est infinie je pense… Certains auteurs de comics m’ont beaucoup marqué quand j’étais plus jeune. John Byrne et ses pages hyper dynamiques et expressives, George Pérez et sa capacité à inonder la page de détails, Arthur Adams et son côté un peu plus cartoon, et Paul Smith qui a un trait simple et élégant aussi (en tous cas, tel que je le perçois). Après j’ai découvert Alfons Mucha et ses traits délicats, et Norman Rockwell et son sens de la mise en scène, Winsor McCay à l’imagination délirante. Puis Marc Silvestri qui rendait chaque personnage hyper sexy, Alan Davis et Rick Leonardi qui sont des dieux de la morphologie à mon sens, Jim Lee qui a insufflé un nouveau style et design dans des personnages un peu essouflés. Mike Wieringo, Joe Madureira et Humberto Ramos dont le style flirte avec le côté dynamique et exagéré des cartoons et Mangas, Adam Pollina et Carlos Pacheco dont les lignes fluides et arrondies me plaisent énormément. Et depuis les années 2000 ce sont ajoutés Jimmy Cheung, Chris Sprouse, Josh Middleton, Frank Quitely, Stuart Immonem, Adam Hugues, Chris Bachalo, Pepe Larraz, Ryan Sook, Gabriel Rodriguez, Daniel Warren Johnson, Kiriko Nananan, Tsutomu Nihei et bien entendu Olivier Coipel qui me coupe le souffle à chaque case.

Fan des X-Men, Maxime s’est amusé à revisiter à sa sauce les équipes mutantes sur son tumblr « Me love comics » .

Heroics est un projet que tu portes de longue date. Peux-tu nous en raconter la genèse ?

À la base il y a… 15 ans, voire plus, j’avais une histoire en tête qui se passait de nos jours. C’était une bande de jeunes avec des pouvoirs, rien de follement original en soi. Puis j’ai rencontré Olivier Robert qui est devenu un ami et dont j’adore le style d’écriture. Comme on avait envie de créer un truc ensemble, on est parti sur l’idée de donner un passé à mon histoire de départ. On a commencé à développer ce qu’était cet univers en 1970. On a posé pas mal de bases mais au final, nos vies privées respectives nous ont un peu éloigné du projet. En 2010, j’ai voulu reprendre où on en était resté, ou presque, puisque j’ai décidé de remonter encore le temps jusqu’en 1940 pour vraiment creuser les origines de cet univers, et écrire le « Year One » en quelque sorte. En lisant Sin Titulo, le webcomic de Cameron Stewart, j’ai réalisé le potentiel que représentait la publication en ligne, et le gain de temps et d’énergie à se passer d’un vrai éditeur. Du coup, j’ai démarré la publication de ce qui s’appelait alors Saga (puis Sagas, puis Heroic Patrol) à raison d’une page de BD tous les mercredis,  parfois accompagnée d’une page de bonus (montage photo, schéma, etc.) publiée le week-end. J’ai réussi à tenir le rythme à peu près régulier pour atteindre finalement plus de 70 planches environ. En 2014, j’ai stoppé la publication, faute de temps, et le projet est resté en hiatus jusqu’à il y a un an ou deux, où la perspective d’en faire un album papier s’est présentée. J’ai retrouvé mes personnages, repris le fil de l’histoire, et étoffé/fluidifié le récit pour en faire Heroics.

Heroics, les super-héros selon Maxime.

Justement, parle-nous plus précisément d’Heroics – Saison 1. Que vont y trouver les lecteurs de ce premier tome ?

C’est “l’an zéro” de l’univers que je souhaite développer. La découverte d’une étrange source d’énergie par un groupe de scientifiques va venir bouleverser leur vie, et altérer les capacités de plusieurs personnages dans différents coins de la planète. S’ensuit une fresque assez large où on va suivre ces personnages dans leur parcours, leur appréhension de ces nouveaux pouvoirs encore instables, et à travers leurs quêtes personnelles et leurs aspirations, les voir petit à petit s’acheminer vers le même point “névralgique”. Les personnages ont des âges et des origines diverses, et je suis assez fier de ce casting, sachant bien entendu que je me réserve quelques cartouches et surprises pour la suite.

Bref, il y a de l’aventure, du drame familial, de l’amitié, du danger, un peu d’horreur, des héros inattendus. À vous de me dire si la recette fonctionne (sourire) !

Couverture d’Heroics, saison 1 par Maxime Garbarini.

Les webcomics ont été très populaires pendant un temps, mais il semble que la BD sur écran ait du mal à s’imposer. Qu’est-ce que tu as retiré de ta propre expérience à ce sujet  ? 

C’était une super expérience pour moi. Vraiment, car je n’avais plus d’excuse pour ne pas me lancer à fond, sachant que chaque semaine j’avais une petite communauté de 500 lecteurs environ qui attendaient la suite ! Le fait d’avoir leur réaction en commentaire, en temps réel c’était assez fou, car certains personnages ou points de l’intrigue les toucher plus que d’autres, et ce n’était jamais ceux auxquels je m’attendais.

Pour la BD sur écran, je ne sais pas si elle doit s’imposer ou simplement trouver sa place. Personnellement, je trouve ça super, ça ajoute un nouveau point d’accès au travail des auteurs et des artistes et permet de découvrir des œuvres parfois rares ou difficilement accessibles.

Tu sembles être vraiment passionné par les super-héros. C’est un genre qui a encore des choses à dire selon toi ?

Oui carrément ! J’ai l’impression qu’à leur apparition dans les années 30-40, ils ont été un refuge et un signe d’espoir dans un monde qui se préparait à la Seconde Guerre Mondiale. Je ne veux pas paraître alarmiste, mais aujourd’hui le monde n’est toujours pas débarrassé de nombreux fléaux, auxquels se sont ajoutés pleins de nouveaux (on a moins de récits de peur de la bombe atomique, mais plus sur les dangers et dérives du tout-technologique, ou sur la crise climatique). Ça reste pertinent d’avoir des histoires qui questionnent notre compas moral. Si on suit un peu l’actualité, on sent bien qu’on s’habitue au pire, et que dès qu’on leur laisse la place, il reste pas mal d’hommes et de femmes qui sont prêts à tout pour écraser, discriminer, exploiter les autres. Les comics, et les super-héros en particulier,  nous réveillent parfois un peu de cette torpeur en nous montrant qu’on peut se lever et agir aussi.

Pour Heroics, tu t’es associé à Northstar Comics avec qui tu as lancé une campagne de financement participatif qui a eu un gros succès. Que t’apporte cette association ? Est-ce que tu aurais pu le faire sans eux ?

Jeff [Breitenbach], qui est le chef d’orchestre de Northstar Comics, est un lecteur de la première heure. Quand j’ai démarré mon webcomic, il m’a tout de suite apporté son soutien, et c’est lui qui m’a convaincu plus récemment d’en faire une version album. Est-ce que j’aurais pu faire l’album sans Northstar Comics ? Techniquement, oui, sans doute, et c’est vrai que mon entourage s’est vraiment mobilisé pour que la campagne soit un succès. Mais parfois, avoir quelqu’un qui te pousse à concrétiser tes projets, ça aide aussi. Peut-être que seul, je ne me serai pas mis de délais ou de pression suffisante. Et Northstar Comics publie de très beaux albums et tous les autres auteurs sont des gens que j’adore vraiment, donc je suis plutôt fier d’avoir rejoint l’équipe.

Et maintenant ? Quels sont tes projets ? La saison 2 d’Heroics, j’imagine ?

Reprendre un peu mon souffle, et réaliser la chance que j’ai d’avoir pu réaliser ce premier album dans de très, très bonnes conditions. Dans l’immédiat, je termine les nombreuses contreparties offertes aux backers, et j’essaie d’assurer la promo de l’album sur les festivals et en librairies.

Mais parallèlement, je suis en effet déjà en train de mettre en place la seconde saison, et l’extension de “l’Heroic-verse” à d’autres séries, personnages et artistes. 

Enfin, question rituelle sur Superpouvoir.com, quel serait ton super-pouvoir si tu en avais un ?

La télékinésie a toujours été mon pouvoir préféré. Je ne sais pas si je l’utiliserais pour voler car j’ai très vite le vertige mais, en tous cas, je trouve que c’est un pouvoir très pratique aux implications illimitées.

Merci pour tes réponses, Maxime. Rappelons qu’Heroics, saison 1 : Pères est disponible dans les meilleures librairies et sur le site de Northstar Comics

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