Novembre 1961 a vu l’apparition de personnages qui ont littéralement changé la donne à tout jamais dans l’industrie du comics. C’est en effet ce mois-là que Stan Lee et Jack Kirby ont crée les Fantastic Four. La rédaction de Superpouvoir ne pouvait pas laisser passer cette occasion. Nous vous proposons donc à travers une série d’articles de découvrir la genèse de ce titre novateur qui, par son succès incroyable et inimaginable, a pavé la voie pour tous les comics Marvel à venir.

Une partie de golf qui entre dans l’histoire

La scène se déroule en 1961 lorsque Martin Goodman, le patron d’Atlas Comics et grand amateur de golf, se retrouve un peu par hasard à jouer une partie contre son concurrent mais néanmoins distributeur Jack Liebowitz (qui gère DC Comics alors appelée National). D’après la légende ce dernier se vante durant la quasi-totalité de la matinée de la réussite de son nouveau comic-book, Justice League of America, qui lui assure des ventes record, assénant avec force l’idée que les groupes de super-héros ont le vent en poupe. Certainement un peu jaloux, Goodman se rue à la fin de la partie dans le petit local qui sert de bureau à Stan Lee et lui demande alors de réfléchir à la création d’un nouveau groupe de super-héros. On peut remarquer qu’Atlas ne déroge pas à sa règle principale depuis les années 40, c’est-à-dire de décliner à l’infini et le plus rapidement possible les concepts qui fonctionnent chez les autres éditeurs. Stan Lee propose pourtant cette fois-ci autre chose qu’une simple copie de la JLA.

L’éditeur en chef et scénariste principal de la branche comics d’Atlas n’est en effet pas très enthousiaste à l’annonce de la création d’un groupe de héros costumés. Il ne croit pas à cette idée pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, Atlas n’a jamais réussi à relancer la mode des super-héros, que ce soit à la fin de la guerre ou en 1953 avec l’échec des titres Captain America, Namor et Human Torch. À chaque fois que Lee a tenté de réintroduire les personnages des années 40 cela n’a jamais fonctionné. Lee est de plus persuadé de la prochaine fermeture de la division comic-book d’Atlas et il n’a pas envie de perdre son temps à écrire une histoire qui ne lui plaît pas. Sur les conseils de sa femme et dans l’attente d’une probable future éviction, il décide de réaliser le livre qu’il a toujours eu envie d’écrire, même si celui-ci ne va pas dans le sens de ce qu’attend Martin Goodman.

Stan Lee

Le duo dynamique entre en action

Il tombe rapidement d’accord avec Kirby sur le fait de ne pas réutiliser Captain America, Human Torch ou Namor de même que n’importe quel membre des All Winners Squad dans la mesure où ces personnages ne paraissent plus vraiment vendeurs et que National pourrait de plus les accuser de concurrence, voire de plagiat et mettre fin à leur contrat de distribution.

La problématique semble posée : créer un groupe de super-héros qui utiliserait tous les codes du genre mais sans trop attirer l’attention de National. Après de nombreuses discussions la réponse semble évidente : les personnages à venir ne doivent avoir ni costumes distinctifs, ni identité secrète et les histoires doivent s’organiser plutôt autour des interactions entre les héros que contre le méchant du mois. Lee et Kirby comprennent que pour se démarquer ils doivent finalement créer une véritable famille de héros plutôt qu’un rassemblement hétéroclite d’individus à superpouvoirs qui combattrait un monstre terrifiant.

Youri Gagarine ayant effectué quelques mois plus tôt (Avril 1961) le premier vol spatial habité, il semble évident avec le recul que Lee et Kirby, toujours en phase avec leur temps, aient finalement abouti à un concept de famille d’astronautes obtenant leurs pouvoirs à l’issue d’un voyage spatial.

Jack Kirby, 1965

Fantastic Four #1

Fantastic Four #1 voit le jour en Novembre 1961 et à moins d’avoir un œil exercé rien ne le distingue réellement de la dizaine de comics de monstres publiés par la compagnie puisqu’elle nous montre une créature géante en train d’essayer de détruire une ville. Et pourtant, à y regarder d’un peu plus près, on remarque quatre personnages étranges, éparpillés aux quatre coins de la couverture et qui tranchent singulièrement avec les archétypes souvent attribués aux scientifiques et aux militaires. Il n’y a pas de logo Atlas ou Marvel, simplement trois petites lettres IND dans un encadré qui correspondent à Independant News Distribution, la société de Liebowitz. En plein milieu, laissant une trainée de flammes dans le ciel, on peut reconnaître la Torche Humaine (ou un personnage lui ressemblant) essayant de libérer une jeune femme emprisonnée dans la main gigantesque du monstre.

Fait troublant : ladite demoiselle n’est dessinée qu’à moitié, sa partie inférieure n’étant réalisée qu’en pointillés comme si elle était invisible. Elle semble s’adresser à la Torche : “Je ne peux pas devenir invisible aussi rapidement, comment allons-nous pouvoir arrêter cette créature, Torche ?“. Ce dernier lui répond : “Sois patiente sœurette, les Quatre Fantastiques viennent à peine de commencer la bataille !“. Cette phrase invalide totalement l’utilisation de la Torche Humaine des années 40 (ce dernier étant un robot, il ne peut avoir de sœur). Elle nous dévoile par la même occasion le nom de l’équipe, qui correspond au titre de la revue. En bas à droite de la couverture, un troisième individu semble prisonnier d’une corde. Ses bras sont étrangement dessinés, ils paraissent distendus comme du caoutchouc. Sa bulle de dialogue nous explique qu’il faut “plus que des cordes pour mettre Mr Fantastic hors d’état de nuire ! “.  De l’autre côté, un deuxième monstre, beaucoup plus petit, se dresse face à la créature et avertit ses trois camarades qu’ils “ne peuvent pas s’en sortir tout seuls et qu’il est temps que la Chose vienne donner un coup de main !“. Dernier message sur la couverture, dans un encart à droite  : un panneau qui nous indique que pour la première fois dans un magazine sont réunis The Thing (La Chose), Mr Fantastic, Human Torch (La Torche) et Invisible Girl (La femme Invisible). Une légende vient de voir le jour et rien ne sera plus jamais comme avant.

 

Dans la prochain article de notre série sur les Fantastic Four, nous reviendrons en détail sur le premier épisode de la série !

Fantastic Four #1, novembre 1961

 

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