La rédaction de Superpouvoir continue de vous dévoiler les premiers pas dans l'univers Marvel des Fantastic Four ainsi que les conséquences que ces derniers ont engendré dans tout l'univers comics de l'époque. Après la réussite de la série, Stan Lee a du faire face à un échec avec l'arrêt de la série Hulk. Le personnage va pourtant revenir par la petite porte avec un autre ancien de l'écurie Timely. Un personnage crée dans les années 1940 : Namor le Sub-Mariner !

Marvel Comics Team Up

Le même mois qu'Incredible Hulk #1 (Mai 1962) c'est Namor Le Sub-Mariner qui refait surface dans les pages de Fantastic Four #4. On peut penser que Lee, échaudé par les échecs successifs du personnage mais comblé par les chiffres de vente de Fantastic Four essaye de savoir si les vieux héros des années 40 peuvent bénéficier du regain de popularité du genre. C'est de plus un opposant idéal pour la Torche dans un clin d'oeil à l'un des tout premiers crossover de l'histoire des comics. Les 2 héros s'étaient en effet affrontés dans les pages de Marvel Comics vingt ans plus tôt (même si la Torche Humaine de l'époque était un robot). Contrairement à se qui se passe chez DC, qui avec Flash et Green Lantern, relance ses héros avec de nouvelles identités et de nouveaux pouvoirs, ce n'est pas une nouvelle version de Namor mais bel et bien le personnage de Timely qui avait disparu des stands et des publications depuis près de quinze ans.

Seul au monde

Comme on l'a vu dans la partie précédente, à l'issue du 3e épisode de Fantastic Four, la Torche a quitté le groupe. Il atterrit dans un hôtel où il tombe sur un vieux comic-book Timely ayant pour protagoniste principal notre prince des sept mers (encore une référence à d'autres revues Atlas bien dissimulée). Quelques heures plus tard, il remarque à la cantine de l'hôtel un vieil homme barbu et amnésique ressemblant comme deux gouttes d'eau au personnage décrit dans la bande dessinée. Johnny décide de le jeter à la mer, espérant lui faire retrouver la mémoire. Lors de son contact avec l'océan la mémoire lui revient : il a perdu la mémoire à cause d'une bombe atomique lancée dans l'océan. Namor file vers Atlantis pour retrouver son peuple. Malheureusement la cité a été détruite par la même bombe nucléaire et tous les Atlantes ont disparu (on apprendra quelques années plus tard qu'ils ont juste migré vers un autre coin de l'océan). Se sentant désormais seul au monde, le prince des mers est fou de rage ! Il bondit hors de l'eau, désireux d'en découdre avec la race humaine qui a exterminé son peuple ! Namor envoie donc un monstre aquatique raser New York avant d'être vaincu, la Chose déposant une bombe à l'intérieur de la créature.

Une évolution dans la continuité

On remarque que le vilain de l'épisode a encore une fois une bonne raison de vouloir se venger de la race humaine et, dans ce cas précis, Lee et Kirby réutilisent la version première de Namor, celle du prince en colère dont on ne sait s'il est méchant ou pas. Si Namor en veut à l'humanité toute entière, il n'en reste pas moins un prince doté d'une certaine noblesse et d'un sens aigu de l'honneur. Son charisme princier ne laisse d'ailleurs pas insensible Susan Storm et Namor devient non seulement un dangereux ennemi, mais aussi un rival amoureux de Reed. Cela fait bien évidemment partie du cahier des charges de cette nouvelle série, qui va non seulement proposer des scènes de batailles gigantesques sous les crayons de Jack Kirby mais aussi développer tout un côté soap-opera plutôt novateur. Les vilains sont autant développés, voire plus, que les héros. On ne peut s'empêcher aussi de remarquer que Stan Lee enfonce le clou sur l'existence de nos héros dans "la vie réelle". Johnny lit des comics estampillés Timely. La notion d'univers partagé et de discours méta-contextuel se met doucement en place.

La quasi-totalité des aventures de notre quatuor s'est jusqu'à présent soldée par un affrontement avec d'énormes monstres ou des extraterrestres, comme si les deux auteurs n'avaient pas voulu bousculer les habitudes du lectorat d'Atlas, plutôt habitué aux comics de créatures gigantesques. Avec le succès des précédents numéros, Lee et Kirby peuvent désormais se permettre de s'écarter du concept de base et créent dans les pages de Fantastic Four #5 l'un des super-vilains les plus emblématiques de la compagnie  : le Dr Fatalis (Dr Doom).

Doom Doom Doom Doom

Victor Von Doom est un génie du mal, dont l'intelligence est sensiblement égale à celle de son rival Reed Richards qu'il a d'ailleurs côtoyé à l'université. Fasciné depuis toujours par le pouvoir et la magie, il a été victime d'une expérience qui (selon lui) devait lui permettre de communiquer avec l'au-delà et sa mère décédée. Défiguré par une explosion, Doom est incapable d'admettre son échec et il accuse Richards d'avoir faussé ses calculs alors que ce dernier avait justement tenté de le prévenir d'une erreur dans ses équations. Doom, ne pouvant accepter l'idée que quelqu'un soit meilleur que lui, s'exile au Tibet et dissimule son visage et son corps derrière une terrifiante armure de fer. Héritier d'un petit royaume imaginaire situé dans l'Europe de l'Est (la Latvérie), il passe le reste de son existence à trouver un moyen de se venger de son rival et devient le Dr Fatalis !

Le profil de Fatalis peut au premier abord faire penser à celui d'un scientifique fou du type Sivana ou Lex Luthor mais Lee et Kirby vont lui ajouter un sens aigu de l'honneur. Fatalis est certes un criminel mais il veut se débarrasser de ses ennemis à la loyale afin de mieux leur démontrer sa supériorité physique mais surtout intellectuelle. De plus, il est très juste avec ses sujets et dans le commandement de son pays qui reste tout de même une dictature. C'est un être noble totalement aveuglé par son échec initial et sa haine envers Reed Richards. On remarquera encore une fois la volonté de proposer un vilain ayant un passé et un développement plutôt fourni.

L'aspect du Docteur Fatalis a été à l'origine d'une divergence artistique entre Lee et Kirby.  Le dessinateur voulait en effet que le visage du docteur (soi-disant défiguré) ne soit barré que d'une simple cicatrice sur la joue! Kirby pensait que cela permettrait de renforcer le côté vaniteux et égocentrique du criminel qui n'aurait alors pas accepté de voir son si parfait visage barré d'une légère déformation. Stan Lee quant à lui  pensait au contraire que la difformité du personnage accentuerait son côté tragique et permettrait d'en faire autre chose qu'un vilain classique. C'est la version du scénariste (et du rédacteur en chef de la compagnie) qui s'est finalement imposée même si l'idée de Kirby a fait son retour dans les années 1980 lors du run mémorable de l'artiste canadien John Byrne sur la série.

Un comics important !

Avec ces cinq numéros, Stan Lee et Jack Kirby ont tout simplement posé les bases de l'univers Marvel classique. Développement des personnages en dehors de leur aspect de super-héros, auto-référencement permanent, ancrage dans le monde réel, univers partagé : c'est une révolution qui va commencer à se propager dans tous les comics de la compagnie et des États-Unis. Avec Fantastic Four, les deux artistes initient le chemin vers une ère de succès, qui va propulser la petite compagnie en tête des ventes et en faire, au fil des ans, l'une des plus puissantes maisons d'édition de l'univers des comics !

Si la série Fantastic Four est plébiscitée par le public, le succès de la ligne de super-héros d'Atlas est (tout du moins au départ) assez mitigée. Incredible Hulk peut être rangée presque immédiatement du côté des flops, par exemple. En voyant toutefois le succès de Flash et Green Lantern chez National, Lee et Goodman comptent bien persévérer et proposer de nouveaux héros. Grand bien leur en prennent puisque c'est ce troisième personnage original qui va faire pencher à jamais la balance du côté de Marvel en Août 1962. Il a pour nom Spider-Man !  Mais c'est une autre histoire !

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