Retour sur la création des Fantastic Four. Dans l’article précédent, nous avons parlé des circonstances qui ont vu Stan Lee et Jack Kirby proposer un nouveau titre dans l’air du temps, parlant de super-héros sans vraiment en avoir l’air. Une fois la couverture passé, intéressons-nous cette fois-ci à l’histoire.

Une trame narrative expérimentale

Lors de ce premier épisode Lee et Kirby réutilisent la même technique narrative que celle expérimentée quelques mois plus tôt pour Rawhide Kid, un comics de western, c’est-à-dire deux histoires plutôt longues (treize et douze pages) découpées chacune en trois ou quatre chapitres. Il faut dire qu’à l’époque, la mode était de proposer de petites histoires courtes de sept ou huit pages dans chaque revue. La première d’entre elles commence par un message en lettres de feu lancé depuis un building qui illumine le ciel New-Yorkais et donne le titre de l’épisode : The Fantastic Four ! Lorsque Susan (Sue) Storm, Johnny Storm et Ben Grimm l’aperçoivent, ils se précipitent vers l’endroit d’où le signal a été tiré. Sue quitte le salon de thé ou elle discutait avec ses amies, devient invisible et prend un taxi.  Johnny prend feu et s’envole du garage où il réparait une vieille voiture tandis que Ben Grimm quitte son imperméable, ses lunettes de soleil et son chapeau qui lui cachaient tout le corps, dévoilant un physique monstrueux ! En sortant, il défonce la rue afin de passer par les égouts. En survolant les gratte-ciels, Johnny est attaqué par des avions militaires qui le prennent pour un ennemi : sa flamme est soufflée par une explosion et il tombe, inconscient, vers le sol. Il est rattrapé d’extrême justesse par deux bras élastiques qui le ramènent à l’intérieur du building.  Ce sont les bras de Reed Richards, le dernier membre du quatuor qui a envoyé le signal. Il a convoqué ses amis car il vient d’apprendre qu’un grave danger menace.

Première scène, première dispute

Page suivante, Stan Lee et Jack Kirby cassent la linéarité de leur récit et nous ramènent quelques semaines plus tôt afin de nous dévoiler les origines de leur équipe. Reed Richards, un scientifique de génie, a conçu une fusée qu’il veut tester sur le champ. Mais l’armée n’est pas d’accord et lui refuse la permission de décoller. Il décide donc de subtiliser l’engin spatial au nez et à la barbe des militaires. Mais avant tout il doit trouver un pilote : il appelle donc son meilleur ami Ben Grimm, un ancien pilote de l’US Air Force pour lui proposer de la récupérer. Mais ce dernier refuse de l’accompagner : selon lui, Reed n’a pas assez protégé sa fusée des rayons cosmiques et se lancer dans l’aventure serait suicidaire. Lorsque Susan, la fiancée de Reed qui est prête à tenter l’aventure, le traite de lâche ; Ben accepte tout en tapant du poing sur la table pour signifier son mécontentement. Il est en effet amoureux en cachette de la jeune femme et ne désire surtout pas perdre la face devant elle ni passer pour un pleutre. Johnny, le jeune frère de Susan qui ne veut pas laisser sa sœur toute seule, complète finalement l’équipe. Il est intéressant de constater que la première scène définissant les origines de l’équipe est une scène de dispute qui montre que selon toute vraisemblance les relations entre les membres du quatuor seront le moteur principal de la série.

Un vol qui se passe mal

Nos aventuriers font finalement décoller la fusée et, conformément aux craintes de Ben, cette dernière est bombardée par des milliers de rayons cosmiques ! Le blindage ne résiste pas et nos astronautes sont frappés de plein fouet en se tordant de douleur. La fusée s’écrase sur Terre mais nos héros en sortent indemnes car Ben avait par réflexe enclenché le pilotage automatique. A leur sortie, ils se rendent compte que les rayons ont modifié quelque chose en eux lorsque Sue disparaît sous leurs yeux, devenant invisible sans le vouloir ! Fou de rage, Grimm se jette sur Reed en l’accusant d’avoir porté atteinte à la vie de Susan ! Il se transforme alors en un monstre de pierre, une force de la nature inarrêtable que seuls les bras et le corps élastique de Reed, qui s’enroule autour de lui, arrivent à calmer. Finalement, Johnny s’enflamme sans que cela ne lui cause de douleur, se transformant en une véritable torche humaine. Une fois les esprits apaisés, Richards explique que leur survie et leurs nouveaux pouvoirs doivent être mis au service de l’humanité et il demande aux autres de le rejoindre dans cette quête. Les quatre individus jurent au pied de leur fusée détruite d’aider le commun des mortels dès que l’occasion se présentera. Johnny Storm prend le nom de code Human Torch, en référence au héros de bande dessinée de son enfance ; Ben devient The Thing, Sue choisit Invisible Girl et Reed devient Mr Fantastic  : les Quatre Fantastiques sont nés !

Analyse de la première histoire

Avec le recul, le fond n’est pas très original. Kirby lui-même avait proposé une histoire similaire lors du troisième épisode des Challengers Of The Unknown pour National où les aventuriers obtenaient des pouvoirs temporaires après un voyage spatial. Il y a de plus beaucoup d’approximations. On ne sait pas pourquoi Richards décide de voler la fusée, ni quel est le but de son expédition. De la même manière, on se demande bien ce qui est passé dans la tête du scientifique pour emmener sa fiancée avec lui dans cette expédition dangereuse, et surtout son jeune frère, qui n’ont aucune expérience dans les vols suborbitaux.

En revanche, la forme et le traitement des personnages sont sensiblement différents de ceux des autres comics de l’époque. Si Lee et Kirby omettent des points importants de l’histoire, c’est parce qu’ils préfèrent se concentrer avant tout sur les individus, particulièrement bien définis pour un premier épisode. Dès le premier chapitre (celui où nos héros se réunissent), le lecteur a pu identifier et singulariser chaque membre du groupe non seulement par leurs pouvoirs qui reflètent leur personnalité, mais aussi par leur manière d’agir. Ben est une brute épaisse qui casse tout sur son passage, Susan une jeune femme effacée, Johnny une tête brûlée et Reed un personnage assez malléable pour s’adapter à toutes les situations.

Comme on l’a fait remarquer plus haut, les Quatre Fantastiques commencent non seulement leur première histoire sur une dispute mais la terminent aussi en se battant entre eux ! Chez la concurrence, il n’y a jamais eu de véritable antagonisme entre les membres d’une même équipe excepté lors d’un contrôle mental par un ennemi ou dans une histoire imaginaire hors continuité. Marvel donne donc une dimension nettement plus réaliste à ses personnages par leurs actions et leurs caractères moins “policés” . Personnages auxquels les lecteurs peuvent ainsi mieux s’identifier.

Après ce premier aperçu , nous allons analyser dans un prochain article la deuxième histoire de Fantastic Four #1, qui nous présente leur premier ennemi : l’Homme-Taupe !

 sur Superpouvoir.com
Partager : Partager sur Facebook Partager sur Twitter