Quatrième partie de notre série d’articles sur la création des Fantastic Four, qui fêtent cette année leurs 60 ans ! Après avoir vu les différences entre ce comics et le reste de la production de l’époque, analysons désormais la suite des aventures de nos héros, dont le succès va amener à la création de l’univers Marvel.

Les skrulls, des extraterrestres vachement méchants

Le deuxième numéro propose une histoire complète, divisée en plusieurs chapitres et qui s’étale sur les 25 pages du comic-book. Lee, Kirby (et George Klein à l’encrage) confrontent cette fois-ci nos personnages à une menace extraterrestre : les Skrulls ! Ces envahisseurs possèdent une terrible particularité, celle de pouvoir changer de forme à volonté qu’ils utilisent pour jeter l’opprobre sur notre groupe de héros. Ils se font passer pour eux et commettent plusieurs crimes, ce qui a pour conséquence de mettre les véritables Fantastiques en fuite, pourchassés par la police et par l’armée. Reclus, ils ne peuvent pas contrecarrer leur tentative d’invasion secrète. Sans qu’on ait trop d’explications, on comprend que les Quatre Fantastiques sont devenus des célébrités dans le monde Marvel entre le premier et le deuxième numéro, ce qui a toujours été la volonté de Stan Lee et qui lui permet encore une fois de se concentrer un peu plus sur les personnages.

Le plan des extraterrestres est finalement déjoué de manière assez cocasse ! Reed Richards, se faisant passer pour un Skrull, sort de sa poche un exemplaire de Strange Tales et fait croire à l’empereur que les monstres qui y sont dessinés sont les plus grands guerriers de la Terre et qu’il est impossible de les vaincre ! L’empereur, effrayé, repousse donc l’assaut et fuit l’orbite terrestre le plus rapidement possible avec l’intégralité de sa flotte. Les quatre Skrulls vaincus et restés sur Terre sont quand à eux hypnotisés par Richards et transformés … en vaches avant d’être abandonnés dans un pré !

Une histoire méta-contextuelle

C’est un procédé très ingénieux non seulement de la part de Reed Richards, mais encore plus de Stan Lee !  Non seulement il fait la promotion de ses autres revues au sein du magazine mais il situe irrémédiablement sa nouvelle série dans le monde réel ! Ce monde où les monstres de Strange Tales et Journey Into Mystery ne sont que des créations de comic-books. Les aventures des Quatre Fantastiques se situent donc dans le même univers que leurs lecteurs, ce qui n’a jamais été le cas de Batman, Green Lantern, Flash ou Superman. Stan Lee va d’ailleurs très souvent utiliser cette astuce durant les premiers épisodes de la série, où l’on pourra tour à tour trouver Johnny ou Ben absorbé par la lecture de comics Atlas.

Molécules instables

Toujours soucieux de coller au mieux aux attentes de ses lecteurs, le scénariste n’hésite pas à modifier certains traits de caractère de son groupe en réaction aux courriers qu’il reçoit et qui réclament toujours plus de super-héros. Dès le troisième épisode il demande donc à Jack Kirby de dessiner des uniformes pour chacun d’entre eux ! L’artiste ne s’arrête pas là : il offre à nos Quatre Fantastiques non seulement un QG (Le Baxter Building) mais aussi un moyen de locomotion propre, le Fantasticar (une sorte de baignoire volante). Les Fantastic Four sont donc désormais des super-héros à part entière avec tous les codes inhérents au genre. La teinte bleu-clair des costumes est choisie par Stan Goldberg (le coloriste attitré d’Atlas) qui veut utiliser le contraste avec les palettes de couleurs plus sombres pour les méchants. La première version des uniformes par Kirby contient d’ailleurs des masques, refusés par Lee sous prétexte que ses héros doivent être connus et appréciés du grand public. De plus, l’ajout d’identités secrètes déshumaniserait les membres de son quatuor et atténuerait cette notion de famille  qu’il désire mettre au premier plan. D’ailleurs, dans Fantastic Four #3 (où nos héros affrontent un illusionniste), la Chose est affublée d’un casque en métal qu’elle quitte au bout de quelques pages. Les costumes sont composés de molécules instables, une création de Reed Richards qui permet à la Torche de s’enflammer sans que le vêtement en soit détruit ou à Sue de devenir invisible sans avoir à ôter son uniforme. Les molécules instables se révèlent être une astuce scénaristique bien pratique. Elles sont d’ailleurs devenues très courantes dans les récits Marvel contemporains et souvent utilisées par des auteurs en mal d’imagination ou des éditeurs désireux de ne pas montrer la nudité de leurs héros lors de l’utilisation de leurs pouvoirs.

Une dispute et un cliffhanger !

La fin de cet épisode est particulièrement inattendue : en dépit de toutes les conventions, Stan Lee termine son récit par un véritable cliffhanger, c’est-à-dire une intrigue à suivre se concluant par un retournement de situation imprévisible. En effet, après avoir vaincu le méchant, Johnny quitte l’équipe au terme d’une énième dispute avec les autres membres du groupe ! Si le lecteur pouvait avoir quelques doutes sur la viabilité de la série, ces derniers sont maintenant dissipés : les Fantastic Four sont partis pour durer et leurs intrigues vont se dérouler sur plusieurs numéros d’affilée. Cette idée d’acheter le prochain numéro pour avoir la suite n’est bien évidemment pas nouvelle mais n’était absolument pas la norme à l’époque où chaque comic-book devait pouvoir se lire indépendamment des autres et proposer une histoire complète. Lee et Kirby cherchent donc à fidéliser dès le deuxième épisode un lectorat de plus en plus nombreux et qui doit attendre un mois avant de connaître la suite de sa série préférée. Série qui n’arrive pourtant toujours pas à convaincre Martin Goodman, le chef de Marvel. Ce dernier reste en effet persuadé que les Fantastic Four risquent toujours de lui attirer des ennuis avec le Comics Code et il envisage tout simplement de remplacer le titre par un western ou une nouvelle anthologie de monstres. Il change d’avis en prenant conscience des résultats du troisième numéro qui se révèle être l’une des meilleures ventes d’un comic-book Atlas depuis la fin des années 40. Le pari du réalisme s’est avéré gagnant, de même que les nombreux clins d’œil adressés aux lecteurs. Goodman demande donc à Lee et Kirby de réfléchir le plus rapidement possible à un nouveau super-héros qu’il pourrait lancer dans la foulée. Comme à son habitude, Atlas s’apprête à décliner un concept qui fonctionne, à la seule différence près que cette fois-ci, c’est elle-même qui l’a crée.

Place aux monstres verts !

Lee ne prend cette fois-ci aucun risque et propose à Kirby un personnage de monstre assez classique, inspiré par la thématique du Dr Jekyll et de Mr Hyde : Incredible Hulk (L’incroyable Hulk), dont le premier numéro sort en Mai 1962 et remplace dans les stands le titre Teen Age Romance. Cette création n’est pas anodine car Lee a remarqué que le personnage préféré des lecteurs de Fantastic Four était, contre toute attente, la Chose. Devenu un personnage tragique dans la mesure où c’est le seul membre du groupe à ne pas pouvoir contrôler sa transformation, Ben Grimm est condamné à vivre à jamais dans un corps de pierre et cette tragédie lui vaut la sympathie du lectorat. Il n’est donc pas étonnant que Lee cherche à décliner ce concept pour sa nouvelle création et son nouveau super-héros. Le succès ne sera malheureusement pas au rendez-vous, mais c’est une autre histoire ! Les lecteurs ne suivent pas et Hulk s’arrête un an plus tard au bout de six numéros au moment même où Steve Ditko s’apprêtait à reprendre la série. Lee, qui commence à vouloir mettre en place un univers partagé au sein de sa compagnie, va d’ailleurs réutiliser le monstre vert quasi-immédiatement en tant qu’invité surprise dans Fantastic Four #12.

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