Nous continuons notre exploration de la genèse des Fantastic Four, ce groupe qui fête ce mois-ci ses 60 ans ! Après avoir découvert les origines de sa création et analysé la première partie de Fantastic Four #1, intéressons-nous désormais à la suite de l’histoire, qui introduit un vilain d’envergure : l’Homme Taupe !

Cet homme, cette taupe !

Après une première partie de l’épisode assez originale et qui introduisait l’équipe, la seconde partie est nettement plus classique et correspond au standard des histoires de monstres de l’époque à une seule exception près : son méchant !

Il s’agit de Mole-Man (l’Homme Taupe), le souverain d’un royaume souterrain qui contrôle de gigantesques créatures comme celle de la couverture de la revue. Créatures qui sont prêtes à raser New York City. L’Homme Taupe n’est pas puissant, ne possède aucun pouvoir et n’est véritablement défini que par son histoire personnelle plutôt tragique. L’Homme Taupe est un américain moyen, rejeté par la société du fait de sa laideur et de son physique ingrat. Ne voyant aucun futur possible dans un monde moderne où l’apparence est plus importante que le reste, il s’exile sur une île mystérieuse surnommée l’île aux monstres. Pris dans un éboulement, il se retrouve coincé sous terre durant des années et devient progressivement le maître des créatures gigantesques qui y demeurent avant de les lancer à la surface pour se venger.

Un vilain “à la Stan Lee”

The Mole-Man est véritablement l’archétype du vilain “à la Stan Lee”. Contrairement aux méchants très génériques des autres compagnies, les vilains Marvel portent en effet tous en eux une part d’humanité qui leur a été refusée. Ce sont des gens majoritairement rejetés et qui, contrairement à nos héros, n’ont pas eu la force morale de surmonter leurs difficultés pour se mettre au service des autres. Le message est clair : c’est une ode à la tolérance et à l’acceptation de l’autre que l’on retrouve régulièrement dans les comics Marvel de cette époque et qui semble être un sujet qui tient particulièrement à cœur au scénariste. Nos quatre aventuriers finissent tout de même par envahir l’île aux monstres et une explosion involontaire scelle à jamais l’entrée de la caverne, remettant les projets d’invasion de l’Homme-Taupe à plus tard.

À l’issue de ces 25 pages d’aventures, un petit texte nous annonce que si l’on n’est pas certain de revoir un jour le Mole-Man, les Quatre Fantastiques seront bien évidemment présents au prochain numéro.

Un premier numéro très différent

Ce premier épisode tranche donc radicalement avec les comics de National, très axés sur la morale et l’exemplarité des super-héros. Si l’histoire peut paraître parfois naïve pour le lecteur moderne, ce Fantastic Four #1 semble à l’époque plutôt violent et dérangeant au regard des contraintes du Comics Code. On y voit en effet des monstres, de nombreuses scènes de bagarre, un héros difforme, un couple non marié et surtout  un vilain qui a des raisons de se venger ! Très rapidement, les auteurs craignent que La Chose s’attire les foudres du Comics Code par son apparence monstrueuse. Jack Kirby retravaille d’ailleurs rapidement son aspect, lui donnant une forme de moins en moins “brute” au fil des numéros pour finaliser autour de l’épisode 10 son apparence de “catcheur recouvert d’écailles en pierre”. Fait intéressant, la Chose ne franchira pas le cap de la censure française qui interdira dix ans plus tard la publication des histoires des Fantastiques en raison de l’aspect grotesque et dérangeant de notre homme de pierre préféré.

Un public plus mature ?

Il est clair que le public visé par Fantastic Four n’est pas celui des jeunes enfants amateurs de Mickey et Donald ! Lee et Kirby s’adressent plus particulièrement aux adolescents férus d’aventures, de films de monstres et d’exploration spatiale. Les deux auteurs veulent rendre le comic-book le plus réaliste possible et en phase avec son temps. D’ailleurs l’action ne se situe pas dans une ville fictive comme Metropolis ou Gotham mais en plein cœur de New York avec ses buildings et ses endroits caractéristiques. Les quatre membres du groupe et leurs ennemis sont traités comme des êtres humains, avec leurs faiblesses, leur courage et leurs fragilités plutôt que comme des super-héros devant servir d’exemple.

Cette nette évolution ne s’accompagne pourtant pas au départ de chiffres de vente exceptionnels. Le magazine a du mal à décoller ! Et pourtant Lee est confiant dans sa réussite : il n’a en effet jamais reçu autant de courrier de lecteurs concernant une série depuis la création de Timely. Alors que l’éditeur d’Atlas/Marvel reçoit en général une ou deux lettres par semaine (la plupart du temps de lecteurs mécontents), ce sont des dizaines de missives qui arrivent en quelques jours sur sa table !

Le succès est en route. Et c’est ce que nous verrons dans la prochaine partie.

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