Dans une petite ville, à l’équinoxe, la tradition veut que l’on jette des lampions dans la rivière. La légende veut que ces lampions, arrivés au bout de leur trajet, se transforme en étoiles et rejoignent le  ciel.  Chaque année, une bande de gamins s’amusent à suivre durant un temps les lampions à vélo. Cette fois, cependant, c’est différent. Ils font le serment de ne pas s’arrêter et de suivre la rivière jusqu’à vérifier si la légende est vraie. Parmi eux, Ben est le plus motivé.  Le petit groupe part dans sa quête,  bientôt suivi, de loin, par Nathaniel, gamin mis à l’écart à cause de son goût pour la science. Les pères de Ben et Nathaniel sont meilleurs amis, mais Ben refuse tout contact avec lui, par crainte du jugement du groupe . Bien vite, cependant, celui-ci s’étiole sur le chemin, laissant Ben et Nathaniel seuls. Ils vont alors commencer un étrange voyage.

Commencé comme un comics numérique de 80 pages, Le Serment des Lampions (This was our Pact) a été grandement étoffé pour sa publication papier pour devenir un roman graphique de plus de 300 pages (1). Jusqu’ici,  son auteur, Ryan Andrews, n’avait signé que de courts récits, réunis pour parti dans l’album Je n’ai rien oublié (Delcourt, 2015). Avec Le serment des lampions, il a la possibilité de s’exprimer sur la longueur et en couleurs.

Delcourt décrit – à juste titre – le livre comme se situant entre Les Goonies et Miyazaki. L’histoire commence en effet comme un récit d’aventures classique, dans le cadre particulièrement reconnaissable d’une petite ville américaine, avant de plonger dans un univers intemporel et déstabilisant, un univers complètement imaginaire et poétique, mais où la science de Nathaniel permet de se sortir de mauvais pas.

Ryan Andrews est un artiste qui est passé par la Californie (où il a étudié le dessin et l’animation) avant de partir s’installer à Fukuoka, au Japon. À mi-chemin entre les deux cultures, Andrews livre un récit hors-norme, un conte fantastique moderne, où deux enfants trouveront l’amitié, au travers d’un périple fantastique où ils croiseront le route d’un ours parlant, d’une sorcière exubérante, d’un chien qui marche sur l’eau ou d’une caverne remplie d’étoiles.

Andrews ne s’embarrasse pas de sous-entendus, tout entier tendu dans le plaisir simple de raconter une histoire, de faire travailler son imagination, de provoquer des émotions. Onirique, mélancolique parfois, Le Serment des Lampions est un livre qui traite d’amitié, du temps qui passe et du passage de témoin entre générations.  Qui plus est, il est soutenu par un graphisme d’une grande beauté, au trait lâché et au travail de couleurs particulièrement soigné.

Ciblé plus particulièrement vers un lectorat adolescent aux États-Unis (le livre est nommé dans la catégorie « Meilleure publication pour jeunes lecteurs de 9 à 12 ans » aux Eisner Awards), Le serment des lampions est pourtant une lecture transgénérationnelle de qualité. L’édition relié de Delcourt est d’ailleurs de belle facture et ravira petits et grands lecteurs, pour peu qu’ils aient gardé la bonne habitude de se faire transporter dans l’imaginaire d’un auteur.

 

(1) Un chroniqueur américain s’est d’ailleurs amusé à comparer les deux versions et l’évolution des planches dans un très intéressant billet (en anglais).

 

Le Serment des Lampions (This Was Our Pact), Delcourt, 336 pages, 24,95 €. Sortie le 27 mai 2020. Traduction de Lauren Triou et lettrage de Nicolas Bertrand.

 

 

 

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