Jenny Sparks est la nouvelle série de Tom King, accompagné aux dessins de Jeff Spokes. Comme à son habitude, l’auteur va reprendre un personnage existant et emblématique issu de l’imagination d’un grand scénariste (dans ce cas Warren Ellis), le remettre à sa sauce en enlevant tous ses traits profonds et proposer un récit sur dieu et les métahumains à base de digressions philosophiques et de flashbacks.
Les fans apprécieront, les autres trouveront le récit correct. Une histoire dans la moyenne basse de ce que peut proposer Tom King à qui l’on peut encore reprocher de ne traiter que superficiellement son sujet et son personnage principal.

© DC Comics
Bref résumé de Jenny Sparks
Jenny Sparks, l’esprit du XXe siècle, s’était éteinte le 31 décembre 1999. La voilà pourtant ressuscitée le 11 septembre 2001, puis recrutée après des années d’errance par la Justice League en tant que force capable de contrôler les métahumains lorsque ces derniers dérapent. Et c’est le cas dans la série puisque Captain Atom (un vieux personnage de DC aux pouvoirs quasi-divins) vient de prendre en otage plusieurs personnes, utilisant ses pouvoirs illimités pour modifier la structure même de la réalité et dont la seule revendication est d’être considéré comme un dieu. La Ligue de Justice n’étant pas capable de l’arrêter, cette dernière fait donc appel à Jenny.
Un personnage difficile à prendre en main
Le personnage réhabilité cette fois-ci par Tom King n’est pas n’importe lequel. En effet, Jenny Sparks est l’incarnation absolue du talent de Warren Ellis et de son passage sur The Authority. Développée comme « l’esprit du XXe siècle », Jenny Sparks a marqué les lecteurs par son attitude non conformiste et son caractère bien trempé. Mais Ellis avait su en faire autre chose. Un véritable symbole de son amour pour les récits noirs et un hommage à la bande dessinée. C’est la quintessence de la série Authority et de l’époque où les auteurs s’interrogeaient sur les surhommes, parfois en les déconstruisant, parfois en les exagérant.
Autant dire que passer derrière Warren Ellis n’est pas chose aisée, mais Tom King n’en a cure : il a déjà repris à son compte Rorschasch ou d’autres héros emblématiques de l’univers DC. Si la sauce a surtout fonctionné sur Mister Miracle, depuis c’est une succession de récits très hétérogènes, côtoyant le plutôt réussi (Human Target, Vision, sa nouvelle série Wonder Woman), le très convenu (Supergirl : Woman of Tomorriw, Superman : Up in The Sky) et les accidents industriels (Heroes in Crisis, Danger Street, Strange Adventures, Batman/Catwoman) avec souvent une accumulation de lieux communs et de sujets qui lui sont propres. Si parfois c’est très honnête, cela peut vite devenir assez horripilant, avec souvent un léger manque d’humilité.
Jenny Sparks, comme je le disais plus haut, est dans la moyenne des récits de Tom King, avec une histoire qui ronronne un peu au départ, qui prend une tournure intéressante au bout de trois ou quatre épisodes, mais qui se termine de manière extrêmement convenue.

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Un mauvais départ
Jenny Sparks ne commence pas très bien. Et c’est à cause d’un réel problème de caractérisation : on ne sait pas pourquoi Jenny est ressuscitée, on ne comprend absolument pas ses motivations et surtout, King ne nous éclaire pas quant à sa personnalité. En gros, il ne reprend que la surface du personnage crée par Ellis, ne gardant que sa forme (les gros mots, la cigarette et le caractère de cochon) et laissant de côté sa profondeur. Il devient donc difficile pour le lecteur d’éprouver quoi que ce soit envers cette Jenny Sparks.
Mais ce n’est pas le seul personnage qui soit totalement modifié par King. L’auteur nous propose ainsi une nouvelle version de Captain Atom, un héros quasi-divin qui a été l’inspiration pour le Dr Manhattan de Watchmen et qui peut faire tout ce qu’il désire. Ses pouvoirs et sa quasi-divinité ont d’ailleurs été traités de fort belle manière dans une série passée inaperçue : Captain Atom durant le New 52. De fait, ce n’est pas non plus si original que ça, et c’est surtout que King se moque du traitement qui a été fait quinze ans plus tôt. Il réutilise la caricature du personnage, un dieu tout puissant qui pète les plombs. On se dit donc que cela part assez mal.
Un milieu de récit haletant
À sa décharge, le récit de Tom King prend toutefois corps au bout de quelques épisodes. La huis clos du bar commence à devenir assez intéressant et mine de rien, la réflexion autour des pouvoirs quasi-divins et de leur utilisation fonctionne. C’est à mon sens la partie la plus intéressante. Elle peut rappeler (de manière très très éloignée) des récits comme 8 000 000 000 Genies ou encore l’épisode 24 hours de la série Sandman.
La relation qui commence à s’installer entre Jenny et Captain Atom devient assez intense, surtout qu’on ne comprend pas vraiment pourquoi elle le pousse à bout. Tout cela est mis en lumière par les dessins très réussis de Jeff Spokes, que je ne connaissais pas du tout mais qui livre des pages très agréables à lire dans un style qui pourrait faire penser à du Yannick Paquette, mâtiné de Bryan Hitch. Les planches sont vraiment réussies et le dessinateur est très à l’aise lorsqu’il s’agit de décrire les postures corporelles ou bien les expressions. C’est l’un des points forts de la série, puisque Jenny Sparks le laisse dans sa zone de confort : des dialogues, pas beaucoup d’action et peu de décors.

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Une fin décevante
La fin reste toutefois décevante. Les explications de Jenny quant à ses décisions face à Captain Atom sont assez fades et ne reposent surtout que sur une explication extrêmement convenue et un peu décevante quant à l’intensité qui avait pu être développée dans la cinquantaine de pages précédentes. Et je trouve l’évolution de Jenny très précipitée et surtout assez bateau.
En réalité, ce qu’il se passe avec Captain Atom ne semble pas avoir, tout au long du récit, une importance capitale concernant l’état d’esprit de Jenny. C’est elle qui nous raconte son évolution dans les trois ou quatre dernières pages, et je trouve cela un peu trop maladroit. Avec une morale de fin digne d’une série télévisée pour adolescents sur Netflix. « ta force, tu la trouves en toi-même « ! Sérieux ? Tout ça pour ça ? Et surtout, cette morale aurait pu s’appliquer à quasiment n’importe quel superhéros peu utilisé ! C’est dommage !
Je n’ai pas compris quel était l’intérêt de faire revivre à Jenny les plus grosses catastrophes du XXIe siècle. Je vois bien l’idée du XXe siècle qui se heurte au XXIe mais je trouve que cela n’a pas beaucoup de sens. Tom King ne m’a pas réussi à me présenter cet aspect de manière claire.
Et pourtant, Jenny Sparks est loin d’être un récit raté. Ceux qui adorent Tom King trouveront que c’est un bon récit tandis que ceux qui ne voient que ses facilités scénaristiques ne pourront s’empêcher d’être déçus. Pour ma part, je suis un peu entre les deux, la moitié du récit arrivant à proposer des situations assez fortes qui ne sont malheureusement pas mises en valeur par un début et une conclusion qui frôlent trop souvent la caricature.

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Ce qu’on retient de Jenny Sparks
Points forts
- Les dessins solides et expressifs de Jeff Spokes, particulièrement dans les scènes de dialogue.
- Un milieu de récit prenant, avec une tension bien construite autour du huis clos et de la confrontation avec Captain Atom.
Points faibles
- Un début caricatural, avec une Jenny Sparks réduite à des jurons et des clichés de surface.
- Une caractérisation faible du personnage, qui laisse peu d’emprise émotionnelle au lecteur.
- Une conclusion naïve, aux accents moralisateurs, qui ne tient pas la promesse du récit initial.
Jenny Sparks, par Tom King et Jeff Spokes, traduit par Jérémie Manesse, disponible depuis le 11 juillet 2025 chez Urban Comics, 216 pages, 22,5 euros.





