Avec la loi 16 juillet 1949, les comics sont censurés et modifiés pour protéger la jeunesse. Il leur faudra attendre quelques années pour qu’ils soient réhabilités. Même si les années 80 ont marqué l’explosion de la bande dessinée, le processus de réhabilitation des comics débute à la fin des années 60, en France. Cet article est tiré d’un travail de recherche effectué par Maxime Le Dain, traducteur de comics. Après avoir abordé l’historique de la bande dessinée dans un premier article, nous vous proposons ce deuxième volet sur l’explosion du phénomène « bande dessinée ».

La réhabilitation progressive des bandes dessinées

À cette époque, la bande dessinée endosse deux visages distincts. D’un côté, il s’agit d’un pur divertissement de jeunesse, diffuseur de valeurs morales traditionnelles et de l’autre, il s’agit d’un vecteur de liberté hérétique, incarné par les petits formats.
Au même moment, les années 60 marquent également la vague des comix, nom donné par les auteurs de bandes dessinées alternatives américaines. Le magazine Actuel va être un des acteurs principaux de cette vague. En effet, il traduit et édite les grands noms de cet underground. Dès lors, une pléiade de thèses, de revues critiques et de salons voit le jour. On peut notamment citer le festival d’Angoulême, créé en 1974. Aussi, les premiers éditeurs spécialisés dans la bande dessinée étrangère vont émerger.

Le précurseur est Fershid Bharucha, directeur de la collection Special USA des éditions Glénat. Parallèlement, des fumetti érotiques italiens sont traduit chez l’éditeur Elvifrance, qui remporte un grand succès.

bande dessinée de la collection Special USA.

Batman Judge Dredd – Collection Special USA.

L’avènement de la loi de 1949

À l’aube des années 90, un véritable tournant s’opère avec l’arrivée des bandes dessinées adultes, davantage référencées et « littéraires », et l’apparition d’un public expert. De ce fait, les maisons d’édition n’ont plus le droit à l’erreur et ne peuvent plus se permettre d’économiser sur la traduction et le lettrage. Même chez les super-héros, les traducteurs et les lettreurs finissent par être crédités en tête d’épisode. Cette période marque l’avènement de l’application de la loi du 16 juillet 1949. Cet épisode va permettre la réédition de nombreuses séries, autrefois saccagées par les modifications effectuées dans les années 70.

L’émergence du manga

Les années 90 marquent également la percée du manga. Les grands éditeurs – Glénat et Tonkam – s’emploient à diffuser les séries japonaises malgré l’inattention portée à l’égard des spécificités de la bande dessinée nippone. Confiées à des personnes peu expérimentées et novices en japonais, les traductions sont médiocres voire abominables. Par ailleurs, le sens de lecture est souvent « occidentalisé » et les cases inchangées, ce qui rend la lecture complexe et déroutante. En dépit de ces défauts, les ventes ne tardent pas à exploser. D’abord critiqués et accusés de tous les maux, les mangas vont progressivement être normalisés au sein de l’édition française.

manga publié chez Glénat.

Tome 1 du manga EvangelionGlénat.

Aujourd’hui, l’engouement est toujours présent et les mangas fascinent toujours dans l’hexagone. Ils touchent un large public, des plus petits aux plus grands, grâce à leur diversité incontestable en matière d’histoires. Ainsi, la France est l’un des plus gros consommateurs de ces bandes dessinées venues du Japon.

Les retombées de cette expansion

Les bandes dessinées étrangères ont fini par s’imposer sur le marché, qui connaît une surproduction sans précédent. En dépit de ce dynamisme, beaucoup d’éditeurs mettent la clé sous la porte. Concernant la traduction, il est relativement simple pour un traducteur passionné d’obtenir ses premiers contrats. Toutefois, les fluctuations constantes des collections et les changements éditoriaux sont des obstacles à prendre en compte.

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