Depuis quelques jours nous faisons un focus sur l’association Phylactères, qui publie plusieurs comics « made in France ». Nous étions avec les créateurs de V.H.B., puis avec les deux auteurs de Bertrand Keufterian et de la Zone 57. Aujourd’hui, nous refermons la parenthèse avec Fonichon et son fameux Sperman !

Aux abords de la ville de Nonsi, les plans machiavéliques d’un scientifique vont conduire à la naissance du plus gland des surhommes : Sperman. Découvrez également les premières aventures du Correctionneur et de la Vessie Verte.

fonichon dessine sperman

Fonichon dessine Sperman

Superpouvoir : Bonjour Fonichon, tu es le scénariste, dessinateur et créateur de la série, comment t’es venu cette idée ?

Fonichon : Hello !
C’était une nuit, à l’arrière d’une voiture. Avec ma sœur et son copain… Bon, j’avoue que ça commence bizarrement, le fait est que nous remontions du sud de la France…

1998. Je comatais donc durant le voyage, à l’époque j’étais déjà fan des BD de Gotlib et Maester, et de leurs personnages hauts en couleurs, bien qu’en noir et blanc. Je me disais qu’il fallait que je trouve enfin mon perso, reconnaissable et marrant. A l’époque il y avait une pub pour des barres chocolatées, avec un agent secret qui devait sauver une bimbo attachée à une bombe, celle-ci faisait signe avec ses doigts à James bond de couper le fil mais lui comprenait qu’elle voulait des Twix, et la bombe finissait par exploser. Ca me faisait rire, et je suis parti dans mes délires pour créer des histoires de James Bande, agent secret un peu débile qui devait sauver une bombe anatomique. Mais au bout du trajet, l’air Lorrain m’a fait penser que cette idée de personnage était peut être un peu trop facile, pas assez engagée. Je voulais un truc plus couillu. D’une certaine façon, je pense avoir réussi…

Je lisais quelques comics mais n’étais pas encore très érudit en la matière, et l’idée d’un super héro un peu con à la place de l’agent secret m’a laissé imaginer des horizons plus vastes et des perspectives plus intéressantes. La nuit suivante j’ai fait les premières planches, et ça a fait rigoler les copains de la fac, objectif atteint.

Ensuite, j’ai vraiment commencé à développer le personnage en retravaillant les planches pour NON?SI ! 1, 2, et 3, avec une suite et des couleurs. Les dessins, la colo, le cadrage, découpage… n’étaient pas parfait(e)s mais le personnage, je crois, donne une grande part de sa valeur à cette humble BD.

 

spermag n°1

Spermag n°1 (Fonichon)

Superpouvoir : Que lis tu comme comics et ce qu’on appelle « French Comics » ?

Fonichon : Je lis tout ce que sort l’association Phylactères, c’est déjà pas mal. Après je suis assez bon public pour tout ce qui se fait tant que le résultat me parle en terme de travail, de perfectionnisme (ou simplisme, ce qui n’est pas contradictoire), mais aussi de remise en question. C’est pour ça que je place VHB en haut de l’échelle, même si les autres BD Phylactères gardent une grande valeur à mes yeux. Il y a aussi d’autres titres comme Hoplitéa, ou le Patrouilleur qui méritent le détour. Parfois j’aimerais plus de BD humoristique dans ce milieu, mais c’est plutôt rare je trouve.

spermag n°2 par Loïc Muzy

Spermag n°2 par Loïc Muzy

 

Superpouvoir : Comment définiriez-vous ce qu’est un comic-book et comment Sperman pourrait s’en revendiquer ?

Fonichon : J’ai été élevé à la BD franco-belge à travers les albums de Tintin, Lucky Luke, Astérix, ainsi qu’au journal de Mickey… Puis j’ai découvert Fluide Glacial à l’adolescence, et ne me suis réellement intéressé aux Comics US que sur le tard. Mon image du comics est assez simple du coup : Le format du papier, la qualité d’impression, le nombre de cases par planche (et donc le rythme de narration) sont importants. Le côté feuilleton aussi, et le travail collectif me semblent importants, j’aime lire des comics car on y voir souvent des interprétations multiples de personnages et d’univers. Ça c’est génial.

Au départ, on a bossé à 5 sur Spermag, avec comme motivateur Lokorst, qui a allumé l’étincelle pour se lancer sur un projet de titre à part entière pour développer mon univers. David Bulle, Jim’HaÏ et moi étions au dessin, mais on discutait tous les trois les designs et les idées de scènes, et Asid finissait avec les dialogues, ce qui fait aussi l’originalité du titre : tant qu’on dessine on ne sais pas exactement ce qui va être dit, c’est compliqué et en même temps ça donne des choses sympa auxquelles on aurait pas pensé autrement.

Pour répondre entièrement à la question, Spermag ne se revendique pas French Comic, mais c’est vrai qu’il est souvent catalogué tel quel. Tant mieux, il trouve sa place dans certains festivals et certains rayons… Mais c’est plutôt une caricature de comics, french ou US, mais une caricature bienveillante.

 

Superpouvoir : Avec un tel sujet et de telles planches parfois osées, comme le lectorat réagit ?

Fonichon : Les planches ne sont pas tellement osées, sauf quand Jim’Haï dessine et s’approprie les éléments graphiques de narration. Mais c’est tellement potache que ça passe, à croire qu’on s’imagine en lisant ça que c’est un ado boutonneux qui l’a créé. Tant mieux.

Le lectorat, c’est celui/celle qui lit, donc souvent, c’est que ça plaît, non ? J’ai eu des retours plutôt bons sauf des gens qui ne sont pas lecteurs de comics en général. Ces derniers ont du mal à saisir de nombreux gags. Quand il faut expliquer les réf’, c’est moins drôle.

Par contre, rares sont ceux qui imaginent que des personnages comme la Vessie Verte et le Correctionneur ont une raison d’être qui a été murement réfléchie, plis sur le front, et quand je commence à essayer d’expliquer ça durant les salons, c’est pas du tout crédible… Alors tant pis, on aime ou on aime pas, c’est tout, j’ai arrêté d’étaler que l’un représente toutes les capacités dont dispose tout un chacun sans les mettre à profit, et l’autre une propension à agir de façon autoritaire à priori, sans réelle réflexion. C’est souvent à ce moment que Lokorst me disait de me taire alors j’arrête…

 

Superpouvoir : Quels sont les projets de Sperman pour l’avenir ?

Fonichon : Finir le troisième arc et sortir un album. Les planches sont bien avancées, mais on aimerait que les lecteurs puissent lire toutes les histoires dans un même bouquin, et les transmettre à leurs enfants, et aux enfants de leurs enfants pour l’éternité. On va y ajouter plein de petites choses qui sont encore en préparation.

Mais pardon, ce sont les projets des auteurs… Sperman, lui eh bien il va commencer sa vie parce que si tu as lu la BD, on en est qu’aux préliminaires.

 

Superpouvoir :  Si tu pouvais avoir un superpouvoir et un seul, lequel choisirais-tu ?

Fonichon : Ça dépend du contexte : si d’autres personnes ont un super pouvoir, alors j’hésite entre maitriser l’espace temps ou pomper les super-pouvoirs des autres (cf. Heroes). Allez, je prends l’espace temps.

Si je suis le seul, alors un truc simple comme voler, passer à travers les murs ou la télékinésie peut suffire. Disons télékinésie, ça doit être reposant.

Enfin, si c’est dans la réalité, sans aucun doute le superpouvoir d’achat ! Mais j’ai déjà la science infuse alors je suis grillé ?

Superpouvoir : Merci beaucoup pour cet échange.

Procurez-vous les exemplaires de SPERMAG sur la boutique en ligne de Phylactères.

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