Deadpool 2

Deadpool est heureux. Dans la vie, tout lui sourit : il a une femme merveilleuse, des projets d’avenir et plein de méchants à zigouiller avec ses super-pouvoirs et sa quasi-immortalité.

Mais les choses sont sur le point de changer lorsqu’un événement inattendu et l’arrivée de Cable, un mutant capable de voyager dans le temps, le force à se porter au secours de Russel, un jeune mutant pyromane au comportement violent.

Il aura fallu moins de deux ans à Wade Wilson pour devenir la nouvelle coqueluche des geeks. Vulgaire, amoral et irrévérencieux, le mercenaire à la grande gueule s’est imposé comme un remède miracle à un trop plein de productions super-héroïques sur grand écran. Un succès auquel son interprète (et producteur) Ryan Reynolds n’est pas étranger. Passionné par le personnage, le comédien s’est battu bec et ongle avec la Fox et le réalisateur Tim Miller pour offrir en 2016 une adaptation « dans les clous » de la bande-dessinée crée en 1991 par Fabian Nicieza et Rob Liefield, fortement malmenée dans un Wolverine: Origins de sinistre mémoire.

Le triomphe aidant (Deadpool deviendra le sixième plus gros succès au box-office U.S de l’année), une suite se devait d’être mise en chantier. Exit Tim Miller, bonjour David Leitch, grosse révélation de l’actionner avec son corrosif John Wick, salué pour ses scènes d’actions dantesques et sa violence graphique – en gros, tout ce dont Deadpool a besoin.

Deadpool 2

L’apanage d’une bonne suite, c’est qu’elle tente de nouvelles choses et se veut plus jusqu’au-boutiste que l’opus précédent en amenant son protagoniste sur des territoires vierges. Un changement de réalisateur est souvent l’occasion d’expérimenter et d’offrir au spectateur quelque chose qu’il n’aurait pu s’imaginer. C’est malheureusement là que le bât blesse pour ce Deadpool 2 qui ne remplit pas toutes ses promesses.

Probablement surveillé de près par Reynolds et les équipes exécutives, le pourtant très doué David Leith n’arrive jamais à amener son histoire et ses personnages vers les même hauteurs qu’avait atteint le premier film. Pire : ses scènes d’action manquent autant de panache que d’inventivité. Difficile de se souvenir d’une seule séquence réellement marquante dans ce second film tour à tour trop bavard (l’apanage de Deadpool, vous me direz), trop rushé ou s’étouffant avec son côté méta – qui faisait justement son charme – et du fan-service à outrance. Les effets spéciaux ne sont pas non plus à la hauteur et le scénario s’affadit au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans le convenu et la volonté de ne rien tenter.

La tentative la plus courageuse étant de plonger Wade Wilson dans le tragique, mais l’A.D.N même d’un film et d’un personnage reposant sur le troll ne permet pas à l’équilibre de se faire et toute tentative d’émouvoir rate immanquablement.

Moins violent et multipliant les références, Deadpool 2 souffre d’un excès de confiance en soi qui lui fait perdre tout sens du rythme et de l’enjeu. On a tendance à l’oublier car il nous a fait rire mais, au-delà de l’humour, le premier film était d’un classicisme confondant et ne s’avérait surprenant qu’au regard du système de production qui l’a vu naître.

Domino (Zazie Beets) dans Deadpool 2

Tant qu’il y aura des films de super-héros, il sera nécessaire qu’il y ait un Deadpool pour désamorcer les travers de la production Hollywoodienne, c’est évident et à souhaiter. Mais force est de constater qu’en deux ans, les surprises positives ont été nombreuses du côté de Marvel et que s’il était une bouffée d’air frais salvatrice il y a deux ans entre un X-Men: Apocalypse sans surprises et une production DC / Warner déclinante, ce bon mercenaire n’est plus aussi pertinent aujourd’hui qu’il a pu l’être, d’autant qu’il bouffe littéralement toute la place, sans permettre aux autres de respirer.

Vous qui espériez X-Force dans le film, comme nous le promettait les bandes-annonces, ne vous bercez plus d’illusions, l’équipe n’est pas réellement là et est plus sujet à une énorme blague sans vraie conséquence. N’introduisant que trop brièvement ses personnages, Leith semble vouloir volontairement effacer tout ce qui pourrait nuire au personnage central qui ne quittera pour ainsi dire jamais le cadre, ne réduisant ses comparses qu’à de vulgaires (et parfois oppressifs) faire-valoir.

Si les personnages de Colossus et Negasonic Teenage Warhead, membres des X-Men déjà présents dans le premier film, sont de retour, leurs rôles sont sous-exploités et n’ont finalement aucun impact réel dans les événements. Parmi les nouveaux personnages, seule Domino (Zazie Beetz) semble avoir été privilégiée mais son pouvoir relatif à la chance devrait permettre toute les folies. Or, encore une fois, la paresse manifeste (et même avouée verbalement à l’écran) des scénaristes ruine tout un panel de potentiels jamais rencontrés.

Cable (Josh Brolin) dans Deadpool 2

En termes de potentiels, le personnage culte de Cable (joué par un Josh Brolin qui conquiert actuellement littéralement la galaxie dans Avengers: Infinity War) était supposé être la grosse nouveauté de cette histoire. S’il est d’un charisme indéniable, son background et ses pouvoirs (eux aussi presque illimités) ne sont que très basiquement survolés et introduits bien trop maladroitement – en plus d’être incroyablement simplifiés par rapport au comics. Pourquoi est-il doté d’un bras mécanique ? L’argument le plus détestable du monde qu’est « lisez-un-comics-et-vous-saurez » n’aura jamais été plus odieux.

Dernier avertissement pour les lecteurs des comics relatifs aux X-Men : de nombreuses références et personnages au monde des mutants sont présents dans le film et il est assez probable que leur traitement vous déçoivent et comme nous vous comprendrons. Dans un souci de ne pas spoiler, nous éviterons d’aborder le sujet par ici.

La presse se divise déjà au sujet de Deadpool 2 et c’est bien légitime car il y a matière à être déçu. Le divertissement fonctionne mais c’est tout ce qu’il se contente de faire – fonctionner. Malgré quelques idées très amusantes mais rares,  cette seconde aventure du mercenaire le plus barré de la galaxie nous donne la désagréable impression de regarder patiemment un pote un peu gênant en train de contracter l’anus pour dégazer le pet le plus long qu’il sera capable de produire.

Planté sur ses lauriers, peut-être victime de ses importants reshoots et possiblement peu gâté face au raz-de marée Avengers: Infinity War qui a de nouveau imposé le divertissement super-héroïque comme un intense moment d’implication émotionnelle, Deadpool 2 définirait-il les nouvelles limites de l’humour et du contrôle abusif de studios ?

Si le premier vous a vraiment plu, vous y trouverez probablement votre compte mais si le film ne rencontre pas son public, il y a fort à parier que Ryan Reynolds aura du mal à revenir se moquer de ce travers-là. Son auto-dérision a elle aussi ses limites.

Deadpool 2

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