Black Panther.

Retenez bien ce nom. Car sous le signe de ce premier épisode en solo, le personnage de T’challa, roi du Wakanda, est en phase de devenir le nouveau fer de lance du Marvel Cinematic Universe et ce grâce à Ryan Coogler (Creed) qui a donné ses lettres de noblesses à ce super-héros notable entre tous.

L’histoire se passe quelques temps après Civil War. T’Challa se prête au rituel qui va faire de lui le souverain officiel du Wakanda, un pays d’Afrique à la technologie ultra-avancée reposant sur le vibranium, un minerai aux multiples vertus. L’arrivée de ce nouveau et jeune monarque marque le début de grandes promesses, car d’aucuns au Wakanda souhaiterait que leur pays, qui a toujours jalousement gardé secret sa technologie, s’ouvre au reste du monde et lui vienne en aide, là ou d’autres tribus et factions plus traditionalistes s’y refusent obstinément, de peur d’entraîner guerres et conflits. Mais des forces implacables se liguent déjà contre le nouveau roi dans le monde extérieur et ces dernières ne sont guère étrangères au Wankandiens.

Black Panther

Crée en 1966 par Stan Lee et Jack Kirby dans le numéro 52 des 4 Fantastiques, T’challa, aka La Panthère Noire, a commencé très fort ses premiers pas au cœur des publications de la Maison des Idées en poutrant tout bonnement et simplement la famille Storm à grands coups de stratagèmes. Après une entrée aussi fracassante, celui qui est le premier super-héros Noir de l’histoire de la bande-dessinée américaine se verra offrir plusieurs séries dédiées et une place au sein des puissants Avengers. Un parcours éditorial qu’épouse à merveille le T’challa incarné par Chadwick Boseman depuis Civil War et qui se paye également le luxe d’être le personnage le mieux introduit de cette riche saga – rappelons que le Wakanda avait déjà été visité par les Avengers dans l’inégal Age of Ultron de Joss Whedon.

Equilibré dans son scénario, riche en personnages d’ores et déjà iconiques et chargé du message politique le plus marquant depuis le premier Iron-Man, le Black Panther de Ryan Coogler peut se targuer d’arriver à faire cohabiter divertissement à grande échelle et mythologie fascinante héritée du comics originel ici modernisé, tout en incarnant une certaine idée de communauté et de fierté sans pour autant devenir un film communautaire.

Car c’est avant tout d’origines et de responsabilités dont traite ce premier film dédié à Black Panther – nul doute qu’il y en aura d’autres. En un sens, Coogler arrive même à s’imposer comme un quasi auteur, grâce à des thématiques qui lui sont chères et à des personnages d’élus en proie au doute. En effet, nombreux sont les points communs qui relient T’Challa et Adonis Creed, du film du même nom qui hérita de la légende de Rocky Balboa. Tour deux sont des personnages en pleine recherche identitaire, devant briller aux yeux d’un père disparu et dont la figure victorieuse fait toujours autorité autour d’eux. Marchant dans les pas de leurs géniteurs, les héros de Coogler se doivent de briller, de se faire respecter et de prouver leur grandeur respective. Un héritage parfois digne d’une montagne tant les enjeux propres au monde du Wakanda sont lourds de conséquences.

Alliés comme ennemis vont pousser le souverain dans ses derniers retranchements, ne prenant parfois pas de gants pour mettre T’challa face à certaines réalités, comme des pays extérieurs qui souffrent de la guerre, les inégalités raciales, l’immigration forcée et le partage nécessaire des richesses. Ce contexte et ce discours très actuels achèvent de faire du film le plus pertinent et prenant des films de super-héros jamais vu depuis bien des années, surtout au sein d’un univers cinématographique qu’on a souvent taxé de ne plus rien risquer.

Si le message du film est clair et ses intentions fort louables, ce dernier n’est pas exempt de certains défauts, comme des scènes d’action trop vite expédiées, une logique un peu branlante en ce qui concerne la mythologie de base de la Panthère Noire et les actions de certains protagonistes – Erik Killmonger en tête. Interprète principal de Creed, Michael B. Jordan prête ses traits à ce méchant pourtant hors du commun, dont les motivations se dessinent au fur et à mesure de ses apparitions pour notre plus grand plaisir. Un peu à l’instar du Vautour dans Spider-Man : Homecoming ou de Zemo dans Captain America : Civil War (ou encore du General Zod dans le Man of Steel de la concurrence), Killmonger est un opposant très marquant dont les motivations sont identifiables et compréhensibles, ce qui en fait une nemesis à la complète hauteur du héros éponyme. Si l’on peut aussi citer au générique la présence de M’baku l’Homme-Singe (Winston Duke) et le pourtant essentiel Ulysse Klaue (impeccable Andy Serkis lui aussi introduit dans Ultron), deux autres méchants cultes de l’univers de Black Panther, on regrettera leur manque de développement, voire même une certaine gratuité à leur présence.

Du côté des alliés, outre la famille royale composée de Ramonda (Angela Basset), Letitia Wright (Shuri) et l’honorable Zuri (Forest Whitaker), on notera surtout la présence des Dora Milaje (les « Adorées ») jouées par Lupita « Star Wars » Nyong’o (Nakia) et Danai « The Walking Dead » Gurira (Okoje), deux guerrières aux points de vues opposés mais complémentaires dans le grand ordre des choses. Ajoutons à cela le chef de tribu W’Kabi (Daniel « Get Out » Kulaaya) et le toujours très attachant Everett K. Ross (Martin « Le Hobbit » Freeman), dont les actions sont souvent décisives dans le scénario, malgré un temps d’écran parfois réduit.

Toutefois, c’est dans son design fou et sa conception artistique que Black Panther séduit. Vaisseaux, technologies, concept, costumes à couper le souffle… On est clairement en face du film Marvel le plus fouillé et travaillé depuis des lustres. Chaque partie de sa conception est au service du film, jusque dans la moindre note de musique traditionnelle composée par Ludwig Göransson. On a même hâte d’avoir accès à la touche pause pour pouvoir profiter de chaque détail dont fourmille les plans du métrage.

En quoi Black Panther va-t-il briller de plus en plus ? Car c’est un personnage qui s’ouvre sur le monde, toujours prêt à voir les failles de ses murs et à se remettre en question sans ego. Un leader certes fantasmé mais qui est bien partie pour prendre la relève au sein d’une troupe d’Avengers dont les rangs risquent d’être salement décimés par l’arrivée de Thanos et de son Ordre Noir dans le très attendu Infinity War en avril prochain. Et des décisions de T’Challa dans Black Panther découlait le sort de nombreux héros dont nous craignons la disparition ? Plus que deux mois pour retrouver la Panthère Noire en action.

Black Panther est un rouage essentiel de l’avenir du MCU et risque fort de faire figure d’exemple à suivre au sein d’une production super-héroïque un peu branlante.

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