Après le succès à la fois critique et publique de Batman: White Knight et de sa suite Batman: Curse of the White Knight, Sean Murphy revient avec le troisième volet de sa saga White Knight en proposant une réinterprétation de l’univers Batman Beyond. Néanmoins, la lecture de ce nouveau titre laisse planer une question : Murphy serait-il à court d’idées ?

Un Batman dystopique

L’action de Batman: Beyond the White Knight se situe plusieurs années après la fin de Curse of the White Knight. Bruce Wayne est désormais en prison et son entreprise est tombée entre les mains de son ex-employé, Derek Powers, qui a transformé le GTO de Jack Napier en une milice privée ouvertement fasciste (cela est dit à travers les dialogues, mais n'est jamais montré) commandée par Dick Grayson.

L’ambiance visuelle et scénaristique est donc rapidement posée : Gotham City ressemble désormais à un mélange entre le Los Angeles de Blade Runner et la Delta City de Robocop, Derek Powers présentant des caractéristiques très (trop) similaires au personnage du Old Man du film Robocop.

Et les petits problèmes commencent dès le début de l’histoire. Bien que l’exploitation du thème Beyond soit à l’honneur et que Terry McGinnis apparaissent dans les premières planches du nouveau titre de Sean Murphy, le nouveau Batman n’aura finalement qu’un temps de présence assez limité et se retrouvera par la suite relégué à un simple "plot device" allant même jusqu'à être réduit à un simple Deus-ex Machina, servant notamment à transformer Derek Powers en Blight, un élément essentiel à l’univers de la série animée Beyond mais se justifiant assez peu dans l’univers White Knight.

Bien que le personnage soit mis en avant sur les couvertures, Terry McGinnis n'occupe finalement qu'un rôle très secondaire (®Urban Comics)

Des thèmes vus et revus

Le contexte dystopique est donc abordé de façon frontale par Sean Murphy dans Batman: Beyond the White Knight, mais malheureusement sans originalité, se contentant de ressasser des thématiques déjà déblayées au cinéma ou en BD (pensée pour les univers de L’Incal ou de Judge Dredd par exemple).
Tout y est présent : une ville futuriste contrôlée par un puissant capitaliste adepte des nouvelles technologies, une milice fasciste à son service ayant remplacé les forces de police et un antihéros (en l’occurrence Bruce Wayne) complètement livré à lui-même face à cette menace, mais qui finira par s’allier avec un mouvement de résistance souterrain (ici la Bat-family) et rencontrera un comparse "imaginaire" (ici une IA) qui l’aidera à progresser dans son aventure. Ce petit descriptif assez classique du genre vous rappellera sans doute le récent The Last Ronin de Tom Waltz, Kevin Eastman et Peter Laird.

Seulement voila, là où The Last Ronin parvenait à proposer quelque chose de nouveau pour l’univers des Tortues Ninja autour d’une intrigue très resserrée, Batman: Beyond the White Knight nous ressert malheureusement des thèmes déjà abordés dans Curse of the White Knight. Les exemples sont d’ailleurs frappants : la Bat-family est une nouvelle fois divisée et Bruce devra tout faire pour la réunir, Bruce Wayne/Batman est une nouvelle fois confus à propos de son identité, et là où Batman tentait de sauver Harley Quinn dans Curse of the White Knight, il tentera cette fois de sauver Jackie (la fille de Jack et de Harley).

Il est cependant intéressant de voir que le cœur émotionnel du récit se recentre une nouvelle fois autour de Harley Quinn. La dynamique du triangle amoureux entre elle, Bruce et Jack se poursuit tout au long du récit et permet à Sean Murphy de proposer les meilleurs passages de Beyond the White Knight avec des planches de dialogues plus dynamiques et touchantes que toutes les planches d’action du récit réunies.

Cette dynamique du trio est cependant mise à mal par le développement d’une galerie de personnages trop importante. Sean Murphy avait su prendre une décision radicale au cours des deux précédents arcs, à savoir : réduire le nombre de personnages (alliés et antagonistes) présent dans l’univers de White Knight de manière à recentrer son récit sur des aspects plus cohérents avec les thèmes que l’auteur souhaitait traiter.

Jason Todd (Red Hood) et Dick Grayson (Nightwing) : deux personnages aux arcs narratifs trop similaires dans le dernier titre de Sean Murphy (®DC Comics)

Gotham City : un simple décor d’arrière plan

Mais le plus décevant dans ce Batman: Beyond the White Knight est le traitement réservé à la ville du chevalier noir : Gotham City. Sean Gordon Murphy avait su faire de la métropole fictive de l’univers DC Comics un personnage à part entière, en s’interrogeant dans White Knight sur l’impacte réel des actions de Batman sur la ville et surtout sur les quartiers populaires et leur population, posant ainsi une critique plutôt intéressante de la figure du justicier.

Dans Curse of the White Knight, le scénariste avait poursuivi dans cette thématique en s’intéressant à la corruption des élites urbaines et à la nature du pouvoir réel. Dans Beyond the White Knight tout cela à malheureusement disparu, l’oppression du GTO maintes fois répétée dans les dialogues n’est jamais mise en images (la BD étant un art visuel, on se demande bien comment cela a pu échapper à l'auteur) et le gang de fanatiques vouant un culte à Azraël n’est jamais perçu comme véritablement dangereux. La menace qu’il représente est encore une fois évoquée en guise d’exposition aux cours de dialogues.

Gotham City n'est plus désormais qu'un décor d'arrière plan, bien loin de la ville "vivante" que Sean Murphy avait créé précédemment (®DC Comics)

Un Interlude anecdotique

Comme c’était déjà le cas pour Curse of The White Knight avec le one-shot intitulé Von Freeze, Beyond the White Knight intègre une histoire consacrée à Jason Todd et sa transformation en Red Hood. Construite autour de deux numéros situés au milieu du tome, cette histoire est avant tout l’occasion de pouvoir admirer les planches de Simone Di Meo. Le scénario de Clay McCormack se révèle cependant très anecdotique et n’apporte aucun élément que les lecteurs assidus de l’univers White Knight n'auront déjà compris. Le titre ne servant qu’a mettre en image des dialogues prononcés dans les précédents arcs de White Knight (était-ce bien nécessaire ?) et à introduire le personnage de Gan qui n’aura finalement aucune importance sur l’intrigue de Beyond, si ce n’est de participer au combat final contre Blight.

La fin de White Knight ?

Le passage de flambeau entre Bruce Wayne et Terry McGinnis n’aura donc pas eu lieu, en tout cas pas de manière organique et, en définitive, Batman: Beyond the White Knight se pose comme l’arc narratif le plus anecdotique de la trilogie White Knight (en mettant de côté Batman White Knight: Harley Quinn). L’univers Beyond ne servant qu’à justifier une ambiance futuriste et à un introduire un nouvel antagoniste, à savoir Derek Powers dont le potentiel en tant qu’ennemi de Batman est bien présent. Mais l’exécution de son arc narratif en dents de scie laisse planer un goût d’inachevé après la conclusion du tome. Le constat est d’ailleurs le même pour Terry McGinnis, que l’on imagine très mal en tant que nouveau Batman à temps plein dans une suite teasée par un cliffhanger extrêmement convenu sur la toute dernière planche du comic book.

Concernant l’édition française, comme à son habitude Urban Comics a bien soigné la présentation du titre avec une bonne traduction de Benjamin Rivière et la présence de plusieurs planches préparatoires en fin de tome.

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