Venom

Toujours à l’affût d’un scoop ou d’une tête à faire tomber, le reporter Eddie Brock finit par mettre son nez où il ne fallait pas. Après avoir tenté de démasquer les agissement de Life Foundation, une compagnie pharmaceutique douteuse, le journaliste est désavoué et perd tout ce qui faisait de sa vie un conte de fée. N’ayant plus rien à perdre, Brock tente une dernière enquête dans les locaux de Life où il fini possédé par un de leurs projets secrets : un Symbiote, entité alien destructrice avec laquelle Eddie va devoir apprendre à vivre.

Pourquoi ? Pourquoi Sony persistent-ils donc à vouloir à tout prix donner une vie propre à Venom ? Ce personnage de vilain antagoniste du célèbre homme-araignée Spider-Man est dans les papiers du studio depuis un bon bout de temps, au point d’avoir frôlé le development hell à plusieurs reprises. Depuis le bashage en règle du rôle que lui avait réservé Sam Raimi dans son Spider-Man 3 (2007), les fans espéraient fiévreusement que la créature aurait de nouveau droit de cité, mais trois films estampillés Spider-Man plus tard, Eddie Brock n’a jamais pu revenir faire son mea culpa sur le devant de l’écran. La situation s’est compliquée après la négociation qui a poussé Sony à céder Peter Parker à Marvel Studios qui, avec l’aide de leur Homecoming – et de la mention Univers Partagé du MCU – est parvenu à maintenir le monte-en-l’air dans le cœur des spectateurs.

Mais Venom était toujours là, à attendre son heure, et c’est à Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland) qu’il est revenu de pondre un spin-off sur la nemesis de Spidey en moins de deux ans de gestation.

Un spin-off ? Pas trop, non. Car ce Venom est bien la propriété seule de Sony qui s’est gardé le droit d’exploiter certains vilains du catalogue Marvel leur appartenant toujours à l’heure qu’il est – d’où la prochaine mise en chantier d’un film consacré à Morbius, un autre méchant de l’univers de Spider-Man. De fait, même si la porte reste entrouverte à cette possibilité, aucune mention à Spider-Man ne sera faite en cours de film, un problème de taille quand on sait que les pouvoirs, la raison d’être et le piquant qui caractérisent Venom découlent intimement de l’Araignée. On peut même parler de génétique absolue, car le méchant lui doit jusqu’à son apparence et ses capacités surhumaines.

"Spider-Man? Pourquoi faire! J'ai une grande langue qui bave et je suis vulgaire, les enfants adorent."

« Spider-Man ? Pourquoi faire ? J’ai une grande langue qui bave et je suis vulgaire, les enfants adorent. »

Ainsi, malgré une campagne de promo intensive et la présence d’un solide interprète avec Tom Hardy (qui avait déjà tâté du méchant en incarnant Bane dans The Dark Knight Rises face à Batman), les premiers échos tombés en amont de la sortie étaient loin d’être encourageants et le comédien lui-même s’est récemment illustré en taxant Sony d’avoir supprimé près de quarante minutes de film au montage final – ses préférées, selon ses termes.

Un film dépourvu de son A.D.N ; une tête d’affiche qui renie à moitié son film ; et pour couronner le tout, une classification ordonnée tout public à quelques mois de la sortie, alors que le film avait initialement été promis et vendu comme violent et sans concessions – plus ou moins ce qui doit à Venom sa côte de popularité auprès des fans de comics.

Sérieusement : vous pensiez sincèrement que ça pouvait encore être bien ?

"Moi, Spider-Man 3, j'aimais bien, hein"

« Moi, Spider-Man 3, j’aimais bien, hein »

Taxé d’être le plus mauvais film de super-héros avec le Catwoman de Pitoff et le récent Fantastic Four, Venom est la victime d’un jugement sans appel de la part des fans et de la critique qui annihilent – à raison – cette nouvelle et vaine tentative des studios Sony de se racheter une crédibilité. Supposément plutôt bon réalisateur, Fleischer lutte ici contre la montre et se contente de plier sa commande à la va vite, abordant le personnage de Venom avec à peu près autant de respect et de bienveillance qu’Hitler avec la communauté Tzigane.

La réalisation est minime, aucune scène marquante ne tire son épingle du lot autrement que par sa fadeur et les personnages sont de grossières esquisses aux motivations plus que binaires. En découvrant le scénario de Venom, on a l’impression d’être un professeur en train de lire la copie d’un élève qui n’aurait révisé que sommairement la veille de l’examen les bases essentielles de ce que doit être un récit palpitant.

Pourtant, l’ennui menace rarement mais le malaise est souvent proche, achevant de faire de ce film un véritable gâchis. Le potentiel d’un tel personnage est énorme et Tom Hardy, costaud et caustique, a tout d’un parfait Eddie Brock, d’autant qu’au rang de ses rares qualités, le film prend le temps de nous exposer son personnage principal, ses motivations, son train de vie, ses ennuis, tout ce qu’il faut pour le rendre attachant aux yeux d’un public qui ne le connaît pas. Du moins, jusqu’à ce qu’il se fasse posséder par le Symbiote et que le jeu de Tom Hardy ne commence à tirer sur le pantomime gênant et au surjeu abusif lorsqu’il s’agit de cohabiter avec l’encombrant parasite alien ou d’échanger avec lui des fions de circonstances. Quant aux autres personnages, entre Riz Ahmed en méchant industriel aux dents longues et Michelle Williams dans le rôle du love-interest sans saveur et vite expédiée, on ne peut pas dire que le développement psychologique soit à l’honneur. C’est dire, Ant-Man faisait mieux sur ce terrain.

Une image qui résume bien l'allégorie de VENOM : des coquilles vides absorbées par de l'infâmie

Une image qui résume bien l’allégorie de VENOM : des coquilles vides absorbées par de l’infâmie

Comment peut-on décemment faire un film sur un méchant si son plus ignoble méfait à l’écran consiste à dire des gros mots ? Car c’est là le majeur souci du film, en plus de nier complètement ses origines au personnage titre : mettre en avant un méchant mais refuser catégoriquement qu’il le soit. Venom devient ainsi un buddy movie fantastique et tout public, à peine digne de La Personne aux Deux Personnes avec Alain Chabat et Daniel Auteuil. À ce stade, il fallait offrir le rôle titre à Will Smith si le politiquement correct devait être de rigueur.

En dehors d’une introduction en forme d’hommage à The Quatermass Xpermiment, Venom ne délivre aucune grammaire visuelle et les combats et poursuites sont interchangeables, voire jamais filmés pour de vrai. Venom-monstre est plutôt bien fait et crédible mais aussi antinomique que cela puisse paraître, il existe de « belles » merdes.

Où sont les thèmes forts relatifs à Venom ? La jalousie ; le besoin de reconnaissance ; la haine, le poids du double ; l’héritage du pouvoir ; le besoin de tuer le père ? Même les motivations d’Eddie Brock dans Spider-Man 3 étaient mieux dessinées et compréhensibles et il n’avait pas une demi-heure de temps d’écran.

La peur de Sony de perdre du terrain dans l’entertainement, la large méconnaissance de son sujet et la mauvaise gestion du projet ont tué Venom. Tué ? Peut-être pas encore. Si le film a mauvaise presse, les chiffres semblent suivre au box-office et les scènes post-générique prévoient déjà d’étendre le monde de Spider-Man sans Spider-Man à l’écran sur d’autres métrages.

Mais comme un Symbiote, le public peut vite se lasser d’un hôte et force sera à Sony d’admettre que la survie de sa licence passera fatalement par l’ingestion de sa créature par le Spider-Man en place dans le MCU – car on ne va pas se mentir, c’est ce qu’on veut tous.

Venom est un film de méchant pour enfants, paresseux, victime des mauvais choix d’exécutifs et voué à l’échec bien avant sa sortie. Une purge boueuse et malhonnête, comme aurait dû l’être le personnage éponyme.

Video Thumbnail

À lire aussi