The Walking Dead - saison 8

Cette semaine, la décriée huitième saison du show star de AMC, The Walking Dead, s’est achevée sur une note plus positive qu’elle ne le laissait entendre mais à la teneur scénaristique souvent incompréhensible. Des personnages vidés de toute substance, des choix mal venus et un visionnage en forme de chemin de croix vont de paire avec des audiences tiédasses et un bad-buzz proche d’un clash gratuit sur enfant handicapé. D’où notre questionnement, monsieur AMC ne vaudrait-il pas mieux arrêter ?

ATTENTION, CET ARTICLE CONTIENT DES SPOILERS !

Le moment que l’on attendait toutes et tous fébrilement, puis fiévreusement, puis la bave aux lèvres d’anticipation malsaine est enfin arrivé: Negan et les Sauveurs sont vaincus.  Non pas par un retournement du sort, une vague de zombies ou bien même un meurtre bien sale pour se défouler, non ! Mais par le pouvoir de l’amour et du pardon.

Le décès de Carl Grimes au début de la reprise du show il y a deux mois avait menacé de faire fondre un câble à son Rick de paternel, tour à tour miséricordieux, puis lâche sans coeur (c’est dire, il en devenait presque aussi agaçant de bêtise que Morgan). Au point qu’on en aurait presque ardemment désiré sa défection immédiate au profit d’un nouveau leader, comme Maggie qui était toute indiquée. Mais nenni ! Après un faux suspens et un affrontement mano à mano qui sent l’atroce manque de moyens et d’implication, Negan est juste égorgé par Rick, qui exhorte qu’on le sauve et le maintienne en vie. Pour l’exemple et pour lui bourrer le crâne d’idées pacifistes façon Alex DeLarge dans Orange Mécanique. Un duel au sous-sol (pas au sommet, faut pas déconner) sans vraie saveur et, pour le coup, sans morts violentes ou défection d’un des personnages principaux. Pourtant, ça n’aurait pas été du luxe au vu du trop plein qui commence à faire saturer la distribution.

Mais entre les jeux de pouvoirs visant à détrôner Negan, les zombies qui débarquent de temps à autre pour faire valoir leurs vilaines bobines brillamment maquillées (le mushroom zombie ou les swamp zombies vont rester dans les anales) et une volontée de plus en plus affirmée de faire se languir la caméra sur des gros plans d’yeux larmoyants et de survivants qui rentrent au bercail au ralenti, force est de constater que le show n’a plus de place à accorder aux personnages secondaires qui faisaient tout le sel de l’intrigue.

Soyez francs : vous souveniez-vous seulement que Jésus existait ? Ou qu’il n’était pas mort ? Ce personnage qui avait été présenté comme le sang neuf nécessaire contre le faisandage progressif et inéluctable de l’intrigue se contente ici de faire deux coucous rapides sur toute la saison, dont un dans le dernier pour rappeler à Morgan que tuer, bah dans les faits, c’est mal, même si on a tuer tous tes copains. Et Andrew, le gars sympa auquel on a envie de s’attacher très très fort mais qu’on ne fait apparaître qu’avec parcimonie au point de pouvoir en faire un deux ex machina plus gratos qu’un exemplaire de 20 minutes et de nous faire oublier, exactement, pourquoi on avait de la sympathie pour lui au départ.

Des atouts laissés de côté pour permettre à d’autres personnages plus anciens et bankable de faire ce qu’ils font en pilote automatique depuis trois saisons: faire la gueule et être bad-ass. Au premier rang, Daryl. Celui qui est la caution « humidificateur de sous-vêtements » du show doit espérer ne pas être payé à la ligne tant ses répliques sur cette saison doivent totaliser la longueur d’un avant-bras de nouveau-né (et prématuré, avec ça). Puis Carol, cette brave quadragénaire devenue aussi terne que sa couleur de cheveux, arrivée à l’opposée négatif du spectre des émotions qu’elle jouait au départ. Et ce personnage d’enfant grotesque, le jeune Henry, protégé de Morgan et d’Ezechiel, LE pétard mouillé des derniers épisodes (ce qui, pour un gus à dreadlocks, la fout salement mal, vous avouerez). Cette image fausse d’une jeunesse mal coiffée qu’on peut encore préservée pour un avenir plus radieux (à mon humble avis, il existe une corrélation dans cette série entre coupe au bol moche et personnages de jeunes garçons pénibles).

The Walking Dead - saison 8

Reste le retournement de situation plus ou moins inattendu qu’est Eugène. Lui qui est la cause de la victoire, après avoir saboter sciemment les armes des Sauveurs qui n’ont plus que leurs scrutums vides pour pleurer (et s’y moucher, tant qu’à faire, eux qui se vantaient d’en avoir une paire énorme peuvent maintenant se la repasser au fer). Faut-il y voir un plaidoyer contre l’usage des armes au Etats-Unis ? Après l’échec d’Henry à se servir d’un long rifle sur une trentaine de types prisonniers, on serait tenté de le croire mais les messages subliminaux sur la société, à force, sur ce format, on en a plus rien à foutre. AMC nous a réduit à l’état pseudo végétatif et bête de ses personnages: on veut du sang, de la douleur et des larmes. Du zombies craspec ne permet plus de maintenir un spectateur éveillé. Il veut se sentir concerné et quand on est plus réduit qu’à un archétype, c’est difficile de rester impliqué.

Pour faire passer son message de paix et de reconstruction, The Walking Dead renonce à tout bon sens, toute notion de logique. Il convoque même le burlesque si nécessaire (faire vomir un personnage sur un autre pour s’enfuir… on en est là ?) et gave son intrigue de factions et personnages qui auraient gagné à foutre le camp du show, pour nos nerfs et pour le bien de l’histoire. D’autant que cette dernière de s’annonce pas sous les meilleures auspices. Mais que voulez-vous ? Pour fuir cette série, il faut dire du mal de la prod ou soutenir les petits copains renvoyés. Faut ce qu’il faut et ce qui leur faut surtout, c’est de l’argent.

Dans les faits, la série POURRAIT s’achever comme ça. Sans suite et sur des inconnus. Si de nouvelles et étranges factions ont été introduites (les dealeuses de disques, l’hélicoptère, la plus grosse horde jamais affrontée en approche…), c’est avant tout au sein du groupe de Rick que les choses vont se diviser. Negan est dans les rangs, bien vivant et Maggie est bien décidée avec l’aide de Daryl, à faire payer Rick in petto pour l’avoir épargné. Ce petit groupe familial va maintenant intriguer les uns sur les autres, sans logique aucune, car The Walking Dead a la fâcheuse tendance à rendre ses personnages plus cons que des girouettes qui changent d’avis dès que quelqu’un pète, c’est consternant.

Voilà qui nous mène probablement vers une nouvelle salve de 16 épisodes longs et chiants que la nouvelle showrunner a tout intérêt à limiter à une dizaine ou mieux: une mini-série de 6 épisodes en reflet de la première saison, pour boucler la boucle, voire un long téléfilm de trois heures. L’audience de ce final est le pire de toute l’histoire de la série. Il serait temps d’en tirer des conséquences et des résultats.

Oui, on en a marre de The Walking Dead et pourtant, allez savoir, on la continue, presque par masochisme et les dirigeants d’AMC semblent ne pas vouloir s’en séparer alors que d’autres shows plus méritants et originaux se font saccager la tronche chaque saison pour des audiences rompues à la connerie.

Pour The Walking Dead, on renverse l’adage : les moyens vont justifier la fin.

 

[caption id="attachment_11246" align="aligncenter" width="1002"]The Walking Dead - Saison 8 Un duel au soleil… Pour un avenir pas radieux du tout. [/caption]

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