Summer of 84

Au cours de l’été 1984, alors qu’une vague de meurtres secoue la région, le jeune Davey Armstrong trompe l’ennui avec sa bande de copains. Ce dernier ne va pas tarder à porter ses soupçons sur son voisin Wayne qu’il suppose être le fameux tueur. Mais il y a un hic : Wayne est policier.

Années 80 et Amblin

Produit en 2017 et inédit en salles dans l’hexagone, Summer of 84 est le second film du trio canadien François Simard, Anouk Whissell et Yoann- Karl Whissell, déjà aux commandes du tout aussi inédit mais réjouissant Turbo Kid (2015). À six mains, ces réalisateurs, concepteurs et scénaristes ont plus d’une fois fait montre d’un certain talent à épouser une nostalgie très en vogue actuellement dans le divertissement généralisé. En témoignent le succès de Stranger Things sur Netflix ou celui en clubs de la musique retro-wave.

Une recette qui ne change pas avec ce Summer of 84 qui, comme son nom l’indique, nous embarque dans l’Oregon en l’an de grâce 1984, année charnière de mystères et d’intenses moments de pop-culture, puis ce qu’on note les sorties successives de S.O.S. Fantômes, de Gremlins ou encore d’Indiana Jones et le Temple Maudit – sans parler du titre quasi prophétique du livre annuellement nommé par George Orwell. Mais au vu de l’offre ciné de l’époque, difficile de ne pas faire le lien avec les productions AMBLIN, ces films doudous tels que les Goonies, E.T et autres dans lesquels des enfants endossaient le rôle de héros face à de nombreux dangers, souvent d’origine surnaturelle.

Or, point de créatures dans Summer of 84 qui se veut davantage comme une intrigue de banlieue croisant les jeux de rôles adolescents et une ode au passage à l’âge adulte. Ainsi renvoyé à une époque où l’internet n’était pas dans les foyers, le spectateur va faire la connaissance d’une vraie petite bande d’agréables archétypes d’ados types – le rebelle, le gosse en surpoids, le geek et le leader – qui vont tous s’inventer un ennemi commun à affronter afin de tromper leur ennui, à moins bien sûr que cet adversaire de l’ombre qui ne leur parvient que par les journaux télévisés ne soit bel et bien un résident de leur quartier ?

Baby-sitter et nostalgie

Ce doux scénario paranoïaque tutoie de près le Fright Night de Tom Holland et L’Ombre d’un Doute du grand Alfred Hitchock mais à la sauce nostalgie pure. Si le mystère reste entier jusqu’aux dernières minutes du film, le déroulement général de Summer of 84 se veut davantage porté sur le vécu et le ressenti de Davey, son personnage principal qui, entre deux rebuffades avec ses parents, va devoir gérer ses hormones et ses sentiments pour sa belle voisine et ex-babysitter Nikki, le crush idéal de tout jeune garçon qui se respecte dans ces années-là et dont les apparitions à l’écran ne seront pas sans émoustiller des souvenirs de premier amour au son de la bande-originale retro eighties d’enfer composée par Le Matos.

Ceci étant dit, tout cette nostalgie pourrait donner à certains cinéphiles la désagréable impression que tout est fait pour fournir un bel objet formaté dans un certain genre tournant déjà en vase clos depuis quelques temps et à moins d’y être très sensible, on pourra peut-être reprocher au film cette systématisation qui consiste à nous renvoyer vers un passé pré-réseaux sociaux plus ou moins idéalisé. Mais qui, dans l’absolu, fonctionne parfaitement car une telle intrigue ne saurait se résoudre de la même manière dans un récit moderne.

En sus d’excellents acteurs (parmi lesquels Judah Lewis dont les traits fins et l’attitude débonnaire avait déjà servi à un autre trip retro dans le très sympathique The Baby-Sitter, de McG), Summer of 84 a surtout le don d’offrir un final choc apte à désamorcer toutes les idées reçues sur ce type de film et ce coup de poing asséné à nos certitudes achève de faire du film une surprise que L’Atelier d’Images nous fournit ici dans une belle copie, agrémentée d’un bêtisier, de bandes-annonces et surtout d’un commentaire audio des réalisateurs. Un contenu d’autant plus rare que le format physique se fend de moins en moins de ce genre d’initiative pour des « petits films ».

Pour sa fin inattendue, sa B.O retro et feel good, ainsi que sa nostalgie générale, Summer of 84 est un bel exercice et un divertissement accompli qui ravira les curieux et les aficionados de films de genre.

Summer of 84

Vintage kids on the block

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