La création de Paul Dini et Bruce Timm a bien évolué depuis 1992.

Tout commence avec Batman The Animated Series au début des années 90. Paul Dini et Bruce Timm, les créateurs de la série animée, ont besoin de personnages pour servir de faire-valoir au Joker, l’ennemi juré de Batman. Pour se faire, Dini s’inspire d’une scène onirique du feuilleton quotidien Des jours et des vies (Days of our Lives), où son amie, l’actrice Arleen Sorkin, s’habille en clown. Timm désigne alors un personnage affublé d’un costume d’Arlequin, ce personnage bouffon de la comedia dell’arte. La prononciation anglaise de l’Arlequin donnera alors son nom à la nouvelle venue, Harley Quinn. Arleen Sorkin est alors toute désignée pour prêter sa voix au nouveau personnage qui fera sa première apparition le 11 septembre 1992 dans le 22e épisode de la première saison du show, Chantage à crédit (Joker’s Favor).

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Paul Dini – « Days of Our Lives » scene that inspired « Harley Quinn » character from « Batman »

La création de Paul Dini et Bruce Timm a bien évolué depuis 1992. Tout commence avec Batman The Animated Series au début des années 90. Paul Dini et Bruce Timm, les créateurs de la série animée, ont besoin de personnages pour servir de faire-valoir au Joker, l'ennemi juré de Batman. Pour se faire, D

Fou d’amour pour « Mr. J », Harley Quinn est l’assistante fidèle du Joker, supportant ses plans machiavéliques, mais subissant aussi toutes ses rebuffades, ses retournements et sa violence. Harley Quinn s’impose vite comme une comparse certes comique, mais aussi semi-tragique, ses sentiments n’étant pas partagé par « son poussin ». Dès l’année suivante, elle fait son apparition sur papier dans le numéro 12 du comic book s’inspirant du dessin animé, Batman Adventures (septembre 1993) par Kelley Puckett et Mike Parobeck.

Couverture de Batman Adventures #12 par Mike Parobeck (DC Comics).

L’année d’après, c’est dans le numero spécial Batman Adventures: Mad Love que Dini et Timm délivrent en personnes les clés des origines d’Harley. Née Harleen Frances Quinzel, elle est une jeune psychiatre idéaliste à l’asile d’Arkham et est persuadée que le Joker est soignable. Cependant, à trop contempler l’abîme, c’est elle qui se perd. Elle tombe follement amoureuse du psychopathe avant de renter définitivement dans son monde sous le costume d’Harley Quinn. Mad Love gagnera un Eisner Award du meilleur épisode isolé en 1994 et sera même finalement adapté en animation dans un épisode de New Batman Adventures, par Paul Dini lui-même en 1999.

Couverture de Batman Adventures : Mad Love par Bruce Timm (DC Comics).

La même année, Dini encore va intégrer Harley dans la continuité de l’univers DC dans un numéro spécial, Batman: Harley Quinn (octobre 1999), illustré par Yvel Guichet. Dès l’année suivante (décembre 2000), Harley Quinn gagne son comic book mensuel, écrit par Karl Kesel et dessiné par Terry Dodson, avant de laisser la place à A.J. Lieberman et Mike Huddleston au numéro 26 (janvier 2003). La série stoppe au numéro 38 (janvier 2004). Elle intègre ensuite les Secret Six qu’elle quitte cependant rapidement (Birds of Prey #104-108, mai-septembre 2007) avant de s’associer à Holly Robinson, une comparse de Catwoman, et Mary Marvel dans la série DC Countdown (#51-#1, juillet 2007- juin 2008).

Couverture de Batman : Harley Quinn par Alex Ross (DC Comics).

En parallèle, Harley apparaît au fil des années dans les nombreuses productions animées de la Warner comme Superman: The Animated Series, Static Shock, Justice League ou encore la web-série Gotham Girls, qui donnera lieu à une mini-série BD Batman: Harley and Ivy (juin-aout 2004), toujours par les fidèles Dini et Timm. La féministe Poison Ivy deviendra d’ailleurs une amie très proche, essayant de l’éloigner de l’influence néfaste du Joker.

Une amitié qui sera mise en scène dans une nouvelle série comics, Gotham City Sirens (#1-26, août 2009-octobre 2011), où Paul Dini (bien sûr) et Guillem March mettent en scène Quinn, Ivy et Catwoman. Quinn y oscille entre l’indépendance et sa dépendance affective au Joker.

Couverture de Gotham City Sirens #23 par Guillem March (DC Comics).

En 2009, Paul Dini, qui écrit le jeu vidéo Arkham Aylum, fait bien évidemment intervenir sa création, mais c’est une des dernières fois où Arleen Sorkin double le perso. Elle laisse la place à Tara Strong, une habituée des doublages Warner, pour la suite de la licence, et à une tripotée de doubleuses pour les longs-métrages d’animation.

En 2011, avec le New 52 qui voit l’univers DC repartir de presque zero, Harley devient une figure prééminente du Suicide Squad, ce groupe de vilains qui remplissent des missions pour le gouvernement américain en échange de remises de peines. Elle retombe néanmoins sous la coupe du Joker dans les pages de Batman #13-14 (décembre 2012-janvier 2013) avant de lui tourner le dos (définitivement ?). En 2014, une nouvelle série régulière est mise en chantier, écrite par le duo Amanda Conner et Jimmy Palmiotti et dessiné par Chad Hardin. La série se termine au numéro 30 de septembre 2016 pour mieux être relancée au numéro 1 le mois suivant. Ce volume continuant toujours à l’heure où sont écrites ces lignes sous la houlette du scénariste Sam Humphries. Le ton y est plus enjoué et infléchit en tout cas la vision du personnage qui glisse doucement de vilaine à anti-héroine à la Deadpool, avec qui elle partage le même humour second, voire troisième, degré.

Couverture d’Harley Quinn vol.2 #1 par Amanda Conner (DC Comics).

Surtout, cette Harley Quinn s’inspire beaucoup de l’interprétation du personnage par Margot Robbie dans le film Suicide Squad (2016) de David Ayer. Une version plus punk et sexy que la création originale de Dini et Timm. La Harley version Robbie est en tout cas si populaire que l’actrice n’hésite pas à pousser le personnage en avant, profitant du film Birds of Prey (et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn) – dont elle est productrice – pour imposer encore un peu plus son image. DC Comics en sera d’ailleurs quitte à imposer au forceps aux Birds of Prey une Harley Quinn qui n’avait jusque-là jamais fait parti du groupe. Une mini-série Harley Quinn and the Birds of Prey, par Jimmy Palmiotti et Amanda Conner, a été mise en chantier ainsi qu’une série Birds of Prey par Brian Azzarello et Emanuela Lupachino (devenue depuis un simple numéro spécial réunissant les quatre  premiers épisodes). Le tout sous le DC Black Label qui a vu également bon nombre d’autres projets pour le personnage comme Harleen de Stepjan Sejic ou encore Joker/Harley: Criminal Sanity de Kami Garcia et Mike Mayhew.

Aujourd’hui, Harley Quinn est la star très envahissante de Birds of Prey, fait l’objet d’un culte chez les cosplayers et est même revenu à ses premiers amours puisqu’elle est la vedette d’une série animée sur la plate-forme DC Universe. Le personnage est encore jeune (il a fêté ses 25 ans en 2017), mais a finalement déjà bien évolué, passant de simple vilaine faisant de la figuration à une icône trash-pop, capable à la fois de porter un discours féministe et un regard décalé sur son statut de personnage de comic books.

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