Justice League par Jorge Jimenez

Urban continue de publier New Justice, le renouveau des séries de la Justice League, piloté par Scott Snyder. Après l’album No Justice qui a vu la Ligue forcée d’évoluer sous la menace des Titans Omega, Lex Luthor ne fait plus partie de l’équipe et est redevenu un vilain.

Luthor est en effet persuadé que l’humanité se fourvoie à poursuivre un idéal moral inatteignable. Pour lui, la fatalité a fait des êtres humains des êtres faibles, dominés par leurs pulsions et il est inutile d’aller contre cette nature, mais au contraire de l’embrasser. Il décide de mettre en place une Légion Fatale (Legion of Doom) qui réunit plusieurs ennemis majeurs des membres de la Ligue de Justice. Sinestro, Gorilla Grodd, le Joker, Cheetah et Black Manta rejoignent ainsi Luthor dans sa quête de contrôle de sept énergies qui lui permettront de façonner le monde à sa volonté.

Avec Sinestro, il accède au pouvoir de la haine que dirige le corps ultraviolet. Avec Grodd, il prend le contrôle de la force statique, contrepoint de la force véloce de Flash. Il retourne ces forces contre la Justice League au moment où la Totalité, l’énergie créatrice de l’univers, s’est écrasée sur Terre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Scott Snyder est généreux avec ses lecteurs. Création d’une équipe de vilains, apparition de deux forces destructrices de l’univers, enquête autour de la Totalité… Chacun de ses aspects auraient suffit à remplir une arche narrative. Snyder les concentre en une seule et l’on peut donc dire que l’on ne s’ennuie pas à la lecture de ces neuf premiers numéros. Il superpose les menaces et les coups de théâtre au point que l’accumulation peut s’avérer assez lourde à digérer, d’autant qu’un minimum de connaissance de l’univers DC est nécessaire. Dans cette démarche, Snyder évoque un peu Roy Thomas, scénariste et éditeur chez Marvel, qui a passé son temps à tenter de classer et d’ordonnancer les créations de Stan Lee et Jack Kirby dans un tout cohérent. Ici, Snyder semble également vouloir s’ingénier à rapatrier et à ranger des éléments des séries solos de chaque membre de la Ligue (ici le spectre de couleurs de Green Lantern et la force statique chez Flash) pour établir de façon définitive la cosmogonie de l’univers DC. L’idée en soi n’est pas mauvaise, mais souffre d’une volonté d’en mettre beaucoup trop, créant une impression de lourdeur, d’autant que Snyder pratique l’ellipse et les phrases absconses à haute dose, ce qui ne facilite pas forcément la lecture.

Bien heureusement, entre les chapitres de la saga s’intercalent des épisodes-interludes écrits par James Tynion IV, consacrés exclusivement à la Légion Fatale et qui sont souvent bien plus clairs que les numéros de Snyder eux-mêmes.
Celui-ci semble en tout cas plus inspiré par certains personnages. Il présente un Luthor manipulateur en diable, ayant des plans dans les plans dans les plans, et il faut avouer qu’il soigne le portrait de son vilain principal. Quasiment tout est raconté de son point de vue, au point qu’il bouffe litteralement la vedette aux membres de la Ligue de Justice. Ceux-ci passent une bonne partie de l’intrigue à s’agiter comme des pantins, ballottés au gré des événements, sans réelle conviction. La caractérisation des personnages est faite à la truelle (Superman est gentil, Batman ronchonne, John Stewart culpabilise encore et encore…) et la cohérence de l’équipe est assuré par un gag assez lourd sur qui sait le mieux imiter Batman. Il faut attendre un très maladroit épisode 9 pour s’intéresser un peu à ce qui se passe dans la tête des plus grands héros terriens. Seul le Limier Martien arrive à tirer son épingle du jeu tout du long. On sait depuis No Justice que Snyder a décidé de réhabiliter J’onn J’onzz comme le cœur du groupe, objectif très louable et bien assuré pour le coup. C’est le seul personnage dont les doutes et atermoiements sont développés un tant soit peu.

Graphiquement, l’album tient toutes ses promesses. Si Jim Cheung ne signe que deux numéros (le début et la conclusion de l’histoire principale) avec son talent habituel, Jorge Jimenez illustre le reste de l’intrigue avec dynamisme et enthousiasme. C’est incontestablement lui qui fait le sel de cette reprise de la Justice League et qui lui donne vie. Les deux épisodes interludes consacrés à la Légion Fatale sont, quand à eux, pris en charge par Doug Mahnke et Mikel Janin, deux artistes qu’on peut rarement prendre en défaut.

New Justice, t.1: La Totalité (Justice League #1-9), Urban Comics, 232 pages, 19 €. Sortie le 29 mars 2019. Traduction d’Edmond Tourriol, lettrage de Stephan Boschat et Cyril Bouquet pour MAKMA.

New Justice t.1 : La Totalité (Urban Comics)

New Justice t.1 : La Totalité (Urban Comics)

Justice League par Jim Cheung

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