Multiversity

Nombreux sont ceux qui attendaient impatiemment que l’événement Multiversity, écrit par Grant Morrison et publié entre 2014 et 2015 aux États-Unis, arrive en France. Grâce à Urban Comics, leur souhait vient d’être exaucé.

Mais pourquoi la demande est-elle aussi élevée, me direz-vous. La réponse est simple : Multiversity, c’est une ode aux comics, tant dans leur nature que dans leur histoire. Une sorte d’essai qui met le lecteur et le medium même au centre du récit et livre un véritable guide du Multivers (que l’on retrouvait récemment dans les sagas Batman Metal et Final Crisis). On reconnait bien le travail méticuleux et les connaissances approfondies de Grant Morrison et les artistes qui l’accompagnent dans cet ambitieux projet sont absolument fabuleux. En somme, si Multiversity est aussi demandé, c’est tout simplement parce que c’est un authentique bijou.

Ce comic book au format familial se compose de plusieurs chapitres apparemment sans lien (excepté les deux numéros qui ouvrent et ferment la marche) d’une cinquantaine de pages. On y voit notamment Grant Morrison y revisiter l’assassinat de Kennedy à la sauce Watchmen (dans Pax Americana), parodier les Avengers (Le palais des héros, soit Multiversity #1) et réécrire l’histoire grâce à un Superman nazi (dans La fin de la splendeur).

Comme je le disais, les invités au dessin cartonnent. Ivan Reis, que l’on connaît notamment grâce aux impressionnants Blackest Night et Brightest Day, prête ses crayons aux deux numéros de Multiversity. On retrouve également Chris Sprouse sur Conquérants de l’anti-monde, Ben Oliver ivre un #Terremoi magnifique (c’est toujours un plaisir de retrouver Ben Oliver quelque part), et Cameron Stewart dessine un Captain Marvel (Shazam) retro et flamboyant dans Captain Marvel et le jour qui n’eut jamais lieu. Enfin, Dans lequel nous brûlons (soit le fameux Pax Americana) a été laissé aux soins de Frank Quitely (qui a sorti son gaufrier à neuf cases pour l’occasion, à la manière de Dave Gibbons sur Watchmen), Cartes et légendes (un chapitre qui sert de guide du Multivers) à ceux de Marcus To et Scott McDaniel et Ultra Comics est vivant reçoit le traitement Doug Mahnke.

Avec une tête d’affiche comme celle-ci, il est donc déjà très difficile de résister, mais le tout est sublimé par la plume de Grant Morrison qui nous amène d’un bout à l’autre du Multivers. On apprend ainsi qu’un virus corrompt le Multivers à travers un comic book, que le scénariste écossais introduit à la manière d’une sorte de comicception, soit en nous faisant lire un comic dans un comic. Plusieurs héros sont donc pêchés à partir de chaque Terre et rassemblés afin de combattre cette menace ensemble sous le nom de Cosmic Neighbourhood Watch et secourir Nix Uotan, le Superjuge.

Au final, Multiversity, c’est une œuvre majeure de l’univers DC contemporain. Grant Morrison l’a vendu comme un livre ne nécessitant aucune connaissance sur le Multivers, et on peut dire que le pari est tenu. Quoi que le connaisseur aurait le plaisir de découvrir tous les petits clins d’œil parsemés ça et là dans le planétaire.

La version française d’Urban Comics s’accompagne de deux cartes du Multivers, dont une détachable en fin de volume. En plus de montrer la place qu’occupe chaque Terre dans ce fameux planétaire, elle donne quelques détails sur certains aspects du Multivers qui sont à peine mentionnés dans le projet de Morrison tels que l’Ultima Thule ou le Mur de la Source.

Si beaucoup n’ont pas eu la patience d’attendre la version française de The Multiversity, les autres lecteurs n’auront plus la moindre excuse pour éviter le virus qui a imprégné ce livre et envahi le marché français. Alors, rendez-vous en librairie : la superbe traduction assurée par Laurent Queyssi, de l’agence de traduction MAKMA, et lettrée par Christophe Semal et Laurence Hingray du studio Myrtille vous attend. Mais, prends garde, cher lecteur : « si tu tiens à la vie, tu ne dois pas lire cette BD » !