Infidel est la toute première histoire de Pornsak Pichetshote, un ancien éditeur de la défunte ligne Vertigo, le label adulte de DC Comics. Ayant supervisé auparavant de véritables pépites (Sweet Tooth et surtout Unknown Soldier), il pouvait être intéressant de voir ce qu’il allait donner en tant que scénariste, cette fois-ci chez Image Comics. Et l’auteur nous propose un comics plutôt intéressant accompagné de splendides dessins disponible ce mois-ci chez Urban Comics.

L’horreur à chaque étage

Aisha est une jeune femme qui vient d’emménager dans un nouvel appartement avec son nouveau compagnon et sa petite fille issue d’un précédent mariage. Aisha est de culture musulmane et elle a du mal à se faire accepter dans cet immeuble, où un incident grave a crée de nombreuses tensions entre les différents occupants. De plus, Aisha a du mal à tisser des liens avec sa nouvelle belle-mère, très protectrice envers sa petite fille. Mais elle accepte la situation et tente de s’intégrer au mieux, aidée en particulier par sa meilleure amie, Medina. De terrifiants cauchemars commencent alors à perturber ses nuits. Ce qui ne serait pas vraiment un problème si elle ne se rendait pas compte au fil des jours que ces apparitions et ces monstres existent réellement ! Que cachent-ils ? D’où sont-ils issus ? Quelle force noire les nourrit et leur donne de la force ? C’est ce que vous découvrirez dans Infidel, un recueil complet constitué de 5 épisodes publiés en 2018 aux Etats-Unis par Image Comics.

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(image : © Image Comics)

Infidel : Une intrigue originale

Comme on pouvait s’y attendre avec un rédacteur issu de la ligne Vertigo, Pornsak Pichetshote prend pour Infidel un concept très classique (la maison hantée) et tente de le tordre au maximum en y apportant une touche de modernité, à savoir la xénophobie et le racisme. C’est très original et, ne nous le cachons pas, dans l’air du temps. On pouvait en revanche se demander si la transition entre le travail d’éditeur et celui de scénariste allait se faire de manière naturelle. Souvent cela fonctionne (Pete Tomasi, Bob Harras), parfois moins (Dan Didio, CB Cebulski). Et après la lecture d’Infidel, on peut se dire que l’on est plutôt dans le cadre d’une reconversion réussie. Pornsak Pichetshote nous démontre, en tout cas dans la 1ère partie de l’histoire, qu’il possède de grandes qualités de scénariste. Les dialogues sonnent juste et le message est délivré de manière plutôt subtile, sans trop appuyer le discours. Et il est toujours préférable, lorsqu’on a un tel message à faire passer, de le distiller à petites doses plutôt que de l’asséner à grands coups de marteau-piqueur. Pornsack Pichetshote nous dévoile en outre une héroïne très attachante, non seulement de par son vécu, mais aussi dans sa relation avec les autres. Les réactions d’Aisha et ses interactions avec le reste du casting sont fluides et naturelles, tout comme sa meilleure amie Medina. C’est assurément l’un des points forts du récit.

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(image : © Image Comics)

Aaron Campbell : un futur grand accompagné par un coloriste de renom

L’autre point fort d’Infidel, c’est sans conteste la prestation graphique d’Aaron Campbell. Plutôt habitué à des productions Dynamite comme Green Hornet ou The Shadow, il crève ici véritablement les planches de son comics, avec des compositions terrifiantes et des idées graphiques parfaitement réalisées. Son style réaliste, qui constitue la grande partie de l’ouvrage, est une sorte de croisement entre du Alex Maleev période Daredevil, du Tomm Cocker et du Declan Shalvey. C’est sombre, photoréaliste mais avec une touche personnelle. Il alterne parfois avec des planches qui semblent peintes ou en tout cas plus travaillées. Il adapte donc son style pour coller au mieux à l’histoire et ça marche ! Il faut dire que son travail est superbement mis en valeur par l’un des meilleurs coloristes de comics de ces dernières années : José Villarrubia. Ce dernier effectue comme d’habitude une prestation formidable, réhaussant l’impression d’horreur lorsque le besoin s’en fait sentir et donnant une véritable dimension supplémentaire au récit. Il est partie intégrante de l’histoire, ce qui semble logique lorsqu’on sait qu’il édite aussi la série. Infidel est d’ailleurs son 1er travail en tant qu’éditeur. Comme quoi, cette histoire prend un malin plaisir à inverser les rôles !

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(image : © Image Comics)

Une idée peut-être pas menée jusqu’au bout

On pourra toutefois émettre quelques petites réserves sur la seconde partie de l’histoire. En effet, dès que l’héroïne principale se retrouve en situation d’incapacité, le récit s’embrouille un peu. Il faut dire qu’il ne repose alors plus que sur ses personnages secondaires qui, en dehors de Medina, ne sont pas assez développés pour maintenir un suspense ou un intérêt constant. Globalement, ils ne servent qu’à terminer l’histoire et le récit redevient alors un peu trop classique. Mais c’est déjà pas mal. Les idées auraient toutefois pu être un peu plus poussées, mais pour une première tentative, c’est quand-même très encourageant. Infidel est donc un comics plutôt original, splendide graphiquement et dont la première partie est très réussie avant de retomber dans une fin classique. Une lecture vraiment recommandée.

 

Infidel (Infidel #1-5), Urban Indies, 184 pages, 17.06 €. Sortie le 08 octobre 2021. Traduction de Julien Di Giacomo et lettrage de Cromatik L-tée.

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