Dans la série Russie, la mère patrie est entrée en 2017 dans la danse des super-slips avec Guardians. Face à Hollywood , un petit russe tient-il la route ? Le Dr Dominique s’est risqué à le visionner.

Entre russe et américains, il y a toujours eu une course aux armements, pour savoir qui avait la plus grosse. Cette course qui s’était calmée après la chute de l’URSS,  semble partie pour vivre un joli revival avec les coups de men09tons des faux amis Donald et Vladimir.

Cette surenchère permanente a été transposée dans de nombreux d’aspects de la vie courante, mais peu dans le domaine culturel, où les États-Unis depuis le plan Marshall et ses obligations en matière de libre circulation des biens pour l’Europe, notamment cinématographique, a bien cadenassé le marché mondial. À l’époque de la lutte contre le communisme, le cinéma est devenu un outil de propagande culturelle véhiculant « l’American Way of Life », une machine de guerre des idées qui a contribué à donner une image manichéenne du monde.

Concrètement, dans les films les américains c’était les gentils, les russophones, les méchants. C’était binaire, et ça se conjuguait bien avec la bipolarité de l’époque. Le cinéma russe tourbillonnant de créativité avant la deuxième guerre mondiale a peu à peu perdu de sa superbe. Et les effets se sentent encore aujourd’hui.

Reprise de la guerre froide ?

Dans la course effrénée que se livre Marvel tout seul pour exploiter ses différentes franchise de super-héros, il n’y avait évidemment peu de chance de voir les russes débarquer, si ce n’est pour jouer les rôles de méchants. Mais c’était sans compter sur la sortie en 2017 de Guardians de Sarik Andreasyan. Allons-nous assister avec ce film au retour de l’ours soviétique ?

Et bien non, le film se révélant assez décevant. Pour le pitcher en quelques mots, il raconte l’histoire de personnages génétiquement modifiés pendant la Guerre Froide, par une organisation secrète gouvernementale appelée « Patriot ». De nos jours, August Kuratov, l’ancien chef de l’organisation devenu un brin barjot, et qui s’est sévèrement tripatouillé les gènes pour se donner un brin de muscle et une trogne à sortir d’un film de Romero, veut prendre le contrôle du monde. Le Patriot part à la recherche de ses anciens cobayes, pour former le groupe des « Guardians » et se dresser contre lui.

Guardians se présente comme une sorte de mélange entre X-Men et les 4 Fantastiques, et met en scène 4 héros aux pouvoirs différents : l’un va vite, un autre contrôle la pierre, la troisième a le pouvoir d’être invisible et d’être super résistante, et le quatrième se change en ours. Avantage non négligeable par rapport aux X-Men, ils sont tous plus ou moins immortels également.

Prends garde à toi Thanos, les Guardians sont là !

Retenez bien ces pouvoirs, parce que c’est ce qui va principalement définir les personnages du film, leur fonction. Certes ils ont tous un background compliqué qui est évoqué, mais juste effleuré. Et c’est la le problème majeur de ce film, il effleure son sujet et ne s’y plonge jamais totalement.

La tendance actuelle est aux films qui dépassent les deux heures, quand ce n’est pas les trois qu’ils approchent. Celui-ci atteint petitement les une heure et demie. Une heure et demie ça peut être suffisant, et même pour certaines activités nécessiter l’application d’un solide lubrifiant.

Rusher n’est pas joué

Mais là, c’est court, très court. Du coup, tout est rushé. De l’histoire aux personnages, dès le générique le décor est planté. Les épisodes qui amènent à la confrontation finale avec le méchant sont joués en accéléré. C’est également le cas du climax de fin, qui par le biais d’une facilité scénaristique, que je vous laisse découvrir, est aussi rapidement évacuée.

Et pourtant ce film a certaines qualités, notamment la capacité du réalisateur à faire des plans, à la limite du travail d’un publicitaire qui lécherait l’image avec l’ardeur d’un collectionneur de timbres postes. Mais pour être iconiques, ces plans ne doivent pas être multiples et dans Guardians, la réalisation en balance dans tous les sens.

Dès lors, le film n’en est plus mais devient un jeu vidéo, à mi chemin entre le RPG et le FPS, mais où on n’aurait droit qu’aux cinématiques. On découvre succinctement les personnages et leur histoire, on apprend à maîtriser leurs pouvoirs, et on poursuit la quête jusqu’à l’affrontement final… où l’on aimerait finalement plus être acteur que spectateur et jouer l’un des personnages de l’histoire !

Guardians est-il armé pour concurrencer les productions américaines ? Soyons clair, non. Le film a fait un joli bide. Ses défauts, son manque de corps, l’ont recalé comme un vin de vigne a fort rendement, en faisant de lui un succédané d’une histoire maintes fois racontée à Hollywood. Non qu’on ne puisse raconter la même histoire, la seule condition étant d’y apporter un truc nouveau. Là tout est convenu, et d’une grande platitude.

Il ne faut pas pour autant tout jeter de Guardians, quand face à l’overdose de productions américaines à gros budgets, celle de super-héros russe n’est que balbutiante. D’autant que si l’on sait que le budget n’était que de 5 millions de dollars, on se demande comment le réalisateur aurait pu tirer mieux de sa matière brute.

Prenons donc Guardians comme un essai, une tentative de pénétrer un marché, en triturant les codes occidentaux pour les adapter à l’âme slave. Tentative pour l’instant ratée, mais qui n’est pas déplaisante pour autant. Et si le film permet d’ouvrir la voie à une voix russe super héroïque, il aura été un précurseur, qui même raté aura su inspirer.

 

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