Dans notre série d'entretiens avec les auteurs qui font du comics "à la française", nous faisons ici un cap à l'ouest avec le très sautillant Fox-Boy et surtout avec son passionnant et passionné créateur : Laurent Lefeuvre !

Bonjour Laurent, pour ceux qui ne te connaissent pas encore, tu as découvert la bande dessinée très jeune, comme beaucoup, mais on pourrait dire que tu as quasiment appris à lire avec les revues Strange et donc avec les comics américains, non ?

Hello ! En même temps que les comics, voire un poil avant, j'ai collectionné les petits formats, ces petites BD en noir et blanc, souples, autrement appelés Pockets. Les plus connus s'appelaient Akim, Zembla ou Blek le Roc. On est vers 1983, j'ai 5-6 ans. Mes premiers comics sont des Arédit, c'est-à-dire du matériel DC Comics. Ce n'est pas vraiment le coup de foudre, car les histoires sont assez enfantines (Batman & Superfriends, Wonder Woman...) rien de stimulant pour moi à cet âge-là. Je préférais déjà les histoires pour des enfants plus grands (8-10 ans).

Laurent Lefeuvre, dessinateur de BD ©Charles Crié/CCAS

Laurent Lefeuvre, dessinateur de BD ©Charles Crié/CCAS

Ensuite, je découvrirai les classiques (Schtroumpf, Lucky Luke et surtout Tintin) à la bibliothèque Municipale de le petite commune dans la périphérie de Rennes où j'ai grandi. Le premier choc, c'est sans doute la série Philémon de Fred. Puis Gotlib. Mais c'est vers 8-9 ans (1985 ou 1986) que je connaîtrai les éditions Lug, avec le n° 116 de Strange. Un numéro d'occase découvert un peu par hasard. D'autres de la même époque arriveront vite entre mes pognes de minot, sans doute parce que la génération qui a beaucoup acheté ces revues à l'époque, avait grandi et s'en fichait un peu. Le choc ! Aujourd'hui encore, c'est mon numéro fétiche.

La suite, ce sont les X-Men par Claremont/Byrne, le Daredevil de Miller, mais aussi Métal Hurlant, les Conan de Buscema ou Pif, tout ça d'occase car on n'achetait pas d'albums, pas plus que de revues en kiosques. Non qu'on était pauvre, mais j'étais déjà un tel boulimique qu'il était plus malin de me les acheter par lot, en pochette plastiques. Tant mieux, car la période déstockée au milieu des années 80 constituait en bonne partie, mon âge d'Or des années 70.

 

Qu’est-ce qui constitue l’essence des comics selon toi ? Est-ce un genre ?

Honnêtement, je ne sais pas quoi répondre. Au final, le franco-belge de l'école Pilote (Gotlib, Fred, Reiser, Gébé, Cabu, mais aussi Gir/Mœbius, Druillet Alexis, Tardi, Pratt ou Hermann) m'ont autant constitué que Gene Colan, Byrne, Miller, Arthur Adams et les autres. Idem pour les dessinateurs Argentins, Italiens ou espagnols des petits formats, même s'il faudra encore attendre une bonne quinzaine d'années pour que je les identifie. Et puis il y a les « auteurs passerelles », inclassables, comme Eisner, Corben, Frazetta, Crumb, Kurtzmann, Reese, ou Bernet qui m'ont marqué. Ce sont donc moins les comics à eux seuls qui me définissent, qu'un bout de territoire sur chacun des continents de la BD. Exception avec les Mangas, avec lesquels le contact ne s'est jamais vraiment fait. À part Akira, évidemment. On ne peut pas s'intéresser à tous (le temps me manque).

 

En 2011, tu as créée le super-héros breton FOX-BOY (le Garçon-Renard), pour le mensuel Louarnig en langue bretonne (traduit en Paotr-Louarn). Je m’en souviens d’ailleurs très bien puisque c’est à cette époque que j’ai découvert ton personnage, lors du festival de Strasbulles où sur la couverture du fascicule nous pouvions y voir un Batman surprenant Fox-Boy en train de taguer sur une cheminée. À ce moment, tu imaginais déjà le succès qu’aurait le garçon renard ?

Honnêtement, si l'on croise les actuels chiffres de vente avec ceux d'un simple numéro de Strange, voire de Spidey, on peut tout à fait considérer que Fox-Boy est une série absolument confidentielle, voire un échec ! J'ai un certain talent (j'ai au moins celui-là) d'avoir de la suite dans les idées, et l'envie chevillée au corps de développer mon propre petit univers. C'est ce qui peut créer l'illusion d'un semblant de succès, sans faire ma modeste ! On dira du moins que je commence à être identifié par le petit cercle de fans nostalgiques de comics à la sauce Lug. Guère plus.

 

Je connais déjà la réponse, mais peux-tu me dire pourquoi c'était si important de créer un super-héros Breton ?

Le credo des alter mondialistes : « Penser global, agir local ». Pourquoi ne pas appliquer ça à nos imaginaires, les relocaliser ! Un certain Bertrand Keufterian qui lutte contre les extraterrestres à Metz ne me dira pas le contraire ! Personnellement, je trouve toujours un peu ridicule de singer les super-héros Américains, en faisant semblant de faire autre chose, alors que ce n'en sont trop souvent que des copies à peine altérées. Des ersatz qui nous rappellent bien vite qu'il ne se passe pas grand chose d'innovant ici, moi inclus sans aucun doute. Alors commençons, pourquoi pas, à ne pas placer ces récits à Times Square, ni même à Paris (l'équivalent français de New-York). Avec un parti pris assez radical, un héros en région, qui connaît cette culture comics et s'en inspire tant bien que mal. Un gamin qui serait lui-même un tête à claque, et pas un boy-scout.

On a là, déjà un postulat qui nous évite de tomber d'emblée dans un mauvais sous-Batman parisien, aussi proche de l'original qu'un sosie d'Elvis ne le serait du vrai. Le côté breton tient au fait que c'est ma région, et que j'en connais certains potentiels non exploités. Alors va pour Rennes comme ville de départ !

S’il semble presque évident maintenant pour les maisons d’édition d’avoir une ligne de « comics » avec parfois une production made in France, c’était moins le cas à l’époque. Du coup, comment s’est déroulé ton arrivée chez Delcourt ?

Grâce à Thierry Mornet. Son enthousiasme, sa gentillesse, sa connaissance des séries et des auteurs. Dès qu'il en a eu l'occasion avec le label Comics Fabric, il m'a sollicité pour y développer un reboot de mon petit perso. J'en profite pour lui tirer mon coup coup de chapeau !



Trailer - Fox Boy Tome 2 de Laurent Lefeuvre

Trailer - Fox Boy Tome 2 de Laurent Lefeuvre


 

Depuis 2016, tu collabores également à la revue Super PIF, avec de nouvelles aventures de Fox-Boy. Ces épisodes seront-ils disponible également en album ? 

C'est juste, mais la Revue Pif étant actuellement en mutation, Fox-Boy n'en fera plus partie dans la version qui arrivera en kiosque à l'automne. J'ai eu l'honneur d'en découvrir le concept le mois dernier dans les bureaux de l'Humanité où Pif tient sa rédaction, et le résultat est très audacieux, moderne, et résolument tourné vers la jeunesse de 2018. Bon point !

Et en effet, les récits parus dans PIF seront développés, enrichis, et réinscrits dans la continuité du personnage, pour convenir au lectorat de la série en albums, plus âgé que celui de Pif.

Quel est l’avenir du héros ?

À court terme ?


Oui.

Un troisième tome qui arrivera un peu plus tard que prévu, à cause d'un certain Artbook, dont j'imagine tu vas bientôt me parler, auquel il faudra ajouter une bonne centaine de pages aux 112 initialement prévues. À plus long terme, tout dépendra de l'accueil des lecteurs sur ce troisième tome. Ce ne sont pas les projets qui manquent, et je vais probablement continuer d'alterner Fox-Boy avec un autre projet, comme l'album « Comme un Odeur de Diable » paru l'été dernier chez Mosquito. Et puis il y a aussi un court-métrage consacré à Fox-Boy, dont le tournage va bientôt commencer. Bref, ce ne sont pas les envies qui manquent.

 

Avec Mickaël Géreaume, en ce moment tu es en plein crowdfunding pour la réalisation d’un fantastique ART-BOOK : ATELIER / WORKSHOP, qui a pour but de nous faire voyager dans tes univers, comment est venu cette idée ?

C'est une idée de Mickaël. Je n'en voyais pas forcément l'intérêt : Tout le monde a sa page « The Art of... », que je trouve souvent assez pompeux, voire ridicule (comme ça c'est dit). Du coup, m'ajouter dans le lot me semblait déplacé, et prétentieux. C'était il y a un an. Entre temps, le Kirby & Me est sorti, et même si je m'étais impliqué dans cette opération, le résultat m'a stupéfait, autant que la façon dont Mickaël a pensé et préparé la campagne Ulule. Et puis, il a su trouver les mots pour me convaincre qu'on pouvait faire autre chose qu'un simple sketchbook ou recueil d'images. D'où l'idée d'un tour d'horizon de mon atelier, accompagné de making of (je prends souvent des photos pour mon blog, pour donner des pistes à ceux qui veulent s'essayer au dessin). Il s'agit donc moins d'un « How to » (Comment dessiner les Mangas, ou les Super-héros), qu'un exemple de parcours, celui d'un autodidacte, avec les différents domaines où j'ai exercé (BD, illustration, scénario, affiches, dessin animé, etc.).

 

Où en est le financement actuellement et comment faire pour rejoindre l’aventure ?

Au moment de répondre à vos questions (jeudi 10 mai), nous sommes à J-6 de la clôture de cette campagne. Nous en sommes actuellement à 33 000 € récoltés (sur les 7000 € souhaités pour valider le projet au départ). Ces surplus nous ont permis de customiser la bête en monstre de combat. Ainsi, d'un simple livre de 112 pages, format comics, souple, nous sommes actuellement à un format géant de 200 pages, hardcover, toilé, avec poster inclus et autres goodies, sans avoir augmenté le prix.

La philosophie, c'est « Tout dans le livre ! » Nous nous récupérerons avec l'excédent du tirage, et des livres que nous vendrons après (mais un peu plus cher, forcément).

Pour ceux qui le veulent, vous avez jusqu'au 15 mai, minuit, pour commander votre exemplaire, par ici !

 

Sans oublier que tu fais aussi partie du comité d'organisation du festival Quai des Bulles. Comment arrives-tu à gérer toutes ces casquettes ?

Ma foi, comme tout le monde : une chose après l'autre !

 

Si tu pouvais avoir un seul super-pouvoir, ce serait lequel ?

L'ubiquité ! Jaimie Maddrox a un de ces BOLS ! Ou alors Flash, pour pouvoir mener de front tout mes projets en même temps. Merci à Superpouvoir.com !

 

Merci à toi et à bientôt sans doute !

Voir le blog de Laurent Lefeuvre.

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Delcourt

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