Seize ans après la parution de son deuxième arc narratif sur Batman (Dark Knight Strikes Again, publié de 2001 à 2002 aux États-Unis), le grand Frank Miller revient sur le Chevalier Noir dans un récit en neuf chapitres (plus appendices) sobrement intitulé Dark Knights III en France (Dark Knights III : The Master Race outre-Atlantique).

Pour l’occasion, le célèbre auteur s’entoure de plusieurs grands noms de l’industrie du comic américain : Brian Azzarello au scénario, Andy Kubert au dessin de tous les chapitres principaux du livre ainsi que John Romita Jr. et Eduardo Risso sur les appendices, Klaus Janson à l’encrage et enfin, Brad Anderson, Alex Sinclair et Trish Mulvhill à la couleur. Ça en fait, du beau monde !

Après les évènements du second tome de la saga (qui avait vu le Chevalier Noir mener une vendetta contre Lex Luthor et Brainiac, alors à la tête du gouvernement américain qui règne sur son pays, et contre celui qui le protégeait alors : Superman), Bruce Wayne est déclaré mort et les super-héros sont partis en exil. Superman est donc parti se terrer dans sa Forteresse de solitude et Wonder Woman est repartie parmi les siennes, sur l’île de Themyscira, avec sa fille Lara et son jeune garçon Jonathan. Mais quand les habitants de la ville kryptonienne miniature de Kandor retrouvent leur taille initiale, les héros sont forcés de sortir de l’ombre pour rétablir l’ordre sur Terre.

C’est sans doute ce qu’il y a de mieux dans ce dernier opus de la trilogie Dark Knight de Miller, on retrouve de plus en plus de personnages issus de l’univers DC. Green Lantern, Atom, Wonder Woman, Hawkgirl et Hawkman… si tous avaient déjà fait leur apparition dans le second volume, ils se voient ici jouer un rôle important et recevoir des morceaux d’intrigue qui leurs sont propres (notamment grâce aux différents appendices) tels les pièces d’un grand puzzle qui trouvent leur place à mesure que l’histoire avance. Plus on approche de la conclusion de l’aventure, donc, et plus on a l’impression d’avoir un récit Justice League dans les mains, plutôt qu’un Dark Knight. C’est également un plaisir de revoir Carrie Kelley, qui gravit une fois de plus les échelons super-héroïques (depuis Dark Knight Strikes Again, où elle avait adopté une nouvelle identité en devenant Catgirl), prend de l’importance et devient de plus en plus intéressante.

Là où ça pêche toutefois, c’est que les grands méchants de cette aventure manquent de profondeur. Là où Frank Miller et Brian Azzarello trouvent de supers idées pour opposer de nouveaux adversaires toujours plus impressionnants et puissants aux héros de la Terre, il leur manque un minimum de charisme.

Comme quoi, Bruce Wayne a encore un peu de force dans les bras.

La partie graphique est un point sensible du livre, les dessins de Frank Miller sur le second acte de la trilogie n’ayant pas fait l’unanimité auprès des lecteurs. En s’alliant à Andy Kubert, Frank Miller marque un très bon point et comble les lacunes que certains auraient certainement trouvées. Si on le retrouve néanmoins sur certains appendices, on voit tout de même que l’implication du dessinateur n’est pas la même entre le tome deux et le tome trois, bien que parfois trop inégale. Les couleurs sont sombres alors que nous sommes plongés dans les rues chaotiques de Gotham, mais parsemées d’explosions de couleurs – correspondant aux pouvoirs des kryptoniens ou aux diverses explosions (matérielles, cette fois).

Urban Comics a mis les petits plats dans les grands, pour l’occasion, et a sorti cet opus en quatre tomes distincts d’une centaine de pages chacun, puis en une intégrale, publiée ce mois de janvier dernier au prix de 35€. La série a d’ailleurs intégré, comme aux États-Unis, le Black Label, la ligne adulte de comics estampillés DC. Traduit par Jérôme Wicky et lettré par Stephan Boschat (du studio MAKMA), la dernière œuvre de Frank Miller a (une fois de plus) facilement de quoi intégrer les grands classiques de la bande dessinée consacrée au Chevalier Noir.