C’est potentiellement le séisme industriel de la décennie à Hollywood. Alors que la date limite du second tour des enchères était fixée à ce lundi, Netflix a officiellement soumis une offre rehaussée au conseil d’administration de Warner Bros. Discovery. Selon Bloomberg, cette proposition est composée majoritairement de cash.
Mais l’affaire prend une tournure personnelle et politique : entre les exigences financières colossales, la surveillance de la Maison Blanche et la colère noire de James Cameron, la bataille pour l’âme de DC Comics et HBO ne fait que commencer.
Voir aussi :
Dossier : Warner Bros. Discovery, le rachat impossible ? (Analyse)
Sommaire
- 74 milliards de dollars : le prix de la discorde
- « Un désastre » : James Cameron atomise Netflix
- La polémique des Oscars et des salles
- Paramount et Comcast toujours en embuscade
- Ce qu’il faut retenir du rachat potentiel
74 milliards de dollars : le prix de la discorde
Si Netflix a sorti le carnet de chèques, cela pourrait ne pas suffire. David Zaslav, l’actuel patron de Warner Bros. Discovery, espère atteindre une valorisation de 30 dollars par action, ce qui évaluerait le groupe à environ 74 milliards de dollars.
Selon plusieurs sources, aucune des offres reçues lors du premier tour mi-novembre n’atteignait ce plafond. C’est d’ailleurs pour cela que Warner a lancé ce “second tour”, invitant les prétendants à revoir leur copie à la hausse. Si le montant n’est pas atteint, Warner n’écarte pas son plan B : scinder l’entreprise elle-même en deux entités (les studios et le streaming d’un côté, les chaînes télé de l’autre) sans passer par une vente externe.
« Un désastre » : James Cameron atomise Netflix

Ce rachat dépasse les simples colonnes de la presse financière. Il inquiète profondément les créateurs, et James Cameron le premier. Invité du podcast The Town fin novembre, le réalisateur d’Avatar n’a pas mâché ses mots. Pour lui, voir Netflix racheter Warner serait tout simplement « un désastre ».
Il a clairement affiché sa préférence pour le concurrent direct :« Je pense que Paramount est le meilleur choix. Netflix serait une catastrophe. Désolé, Ted [Sarandos], mais bon sang… ». Cameron attaque frontalement le PDG de Netflix, rappelant que ce dernier a par le passé déclaré que « le cinéma en salle est mort ».
La polémique des Oscars et des salles

Pourtant, Netflix aurait promis de maintenir les sorties cinéma des films Warner pour rassurer les vendeurs. Une promesse que James Cameron balaie d’un revers de main : « C’est un leurre pour les naïfs » (“sucker bait”).
Le cinéaste s’insurge contre la stratégie actuelle du streaming qui consiste à sortir un film quelques jours en salles uniquement pour le qualifier aux cérémonies de prix. « C’est fondamentalement pourri jusqu’à la moelle », assène-t-il. « Un film doit être fait pour le cinéma. Les Oscars ne signifient rien pour moi s’ils ne célèbrent pas la salle. »
Cameron pose ses conditions : pour qu’il respecte la stratégie de Netflix (et potentiellement celle du futur Warner sous pavillon Netflix), les films devront bénéficier d’une « sortie significative dans 2 000 cinémas pendant un mois ». Une condition que même le futur Chroniques de Narnia de Greta Gerwig aura peut-être du mal à remplir.
Paramount et Comcast toujours en embuscade

Outre l’avis des réalisateurs, Netflix doit gérer la concurrence. Paramount Skydance (le favori de Cameron donc) est très agressif et aurait déjà envoyé quatre offres successives. Contrairement à Netflix qui cible spécifiquement les studios et HBO, Paramount semble intéressé par l’ensemble, y compris les chaînes câblées.
De son côté, la Maison Blanche surveille le dossier. Selon le New York Post, une acquisition de Warner par Netflix pourrait créer une position dominante inédite, capable de dicter seule la distribution des plus gros films d’Hollywood.
Ce qu’il faut retenir du rachat potentiel
Combien coûte Warner Bros. ?
David Zaslav espère en tirer environ 74 milliards de dollars, un montant qu’aucune offre n’avait atteint mi-novembre.
Pourquoi James Cameron est-il furieux ?
Il qualifie le rachat de « désastre », estimant que Netflix ment sur ses intentions de sorties cinéma (« un leurre ») et préférerait voir Paramount l’emporter.
Les films Warner sortiront-ils encore au cinéma ?
Netflix l’a promis, mais James Cameron et de nombreux analystes doutent de la sincérité de cette annonce sur le long terme.




