Marjane Satrapi, autrice, réalisatrice et artiste franco-iranienne, est morte à Paris le jeudi 4 juin 2026. Elle avait 56 ans. Son entourage a transmis l’annonce à l’AFP. Son nom restera indissociable de Persepolis, œuvre autobiographique majeure qui a fait entrer son histoire intime, l’exil iranien et la mémoire politique dans l’imaginaire de millions de lecteurs et de spectateurs.
Ses proches ont évoqué une artiste emportée par le chagrin, un peu plus d’un an après la mort de son mari, Mattias Ripa, producteur, acteur et scénariste, disparu en avril 2025.
Sommaire
- Une disparition annoncée par ses proches
- Persepolis, une œuvre intime devenue universelle
- Du dessin au cinéma, une reconnaissance internationale
- L’Iran, l’exil et la liberté au cœur de son œuvre
- Ce que Marjane Satrapi laisse à la bande dessinée
- Ce qu’il faut retenir de Marjane Satrapi
- Sources et références
Une disparition annoncée par ses proches
La mort de Marjane Satrapi a été annoncée jeudi 4 juin 2026 dans un communiqué transmis à l’AFP. Ses proches évoquent une artiste brisée par le deuil, un an après la perte de Mattias Ripa, qu’elle avait publiquement décrit comme l’amour de sa vie.
Arrivée en France en 1994, naturalisée française en 2006, Marjane Satrapi n’a jamais cessé d’être une voix politique autant qu’une créatrice. Derrière la célébrité de Persepolis, il y avait une artiste multiple, engagée, souvent drôle, qui refusait d’être réduite à un seul livre ou à une seule image.
Persepolis, une œuvre intime devenue universelle
Publié par L’Association à partir de 2000, Persepolis est l’un des récits les plus importants de la bande dessinée contemporaine. En noir et blanc, avec un trait d’une apparente simplicité, Marjane Satrapi y raconte son enfance en Iran, la révolution islamique, la guerre, la répression, l’exil, et la difficulté de se construire entre plusieurs mondes.
Ce qui rend l’œuvre si puissante, c’est précisément son refus de l’abstraction. Persepolis passe par les repas de famille, les disputes, les peurs d’enfant, les colères d’adolescente, l’humour, la honte, la solitude. Le récit politique reste toujours incarné. C’est ce qui l’a rendu si accessible, si transmis, si lu.
Marjane Satrapi refusait les clichés sur l’Iran. Elle rappelait que la vision occidentale de son pays natal se résumait trop souvent à quelques images imposées par le pouvoir. Persepolis montrait autre chose : une société complexe, cultivée, contradictoire, traversée par la peur mais aussi par la liberté intérieure.
Pour beaucoup de lecteurs, cette bande dessinée a été une porte d’entrée vers l’histoire contemporaine iranienne. Pour beaucoup d’auteurs et d’autrices, elle a prouvé qu’un récit personnel pouvait porter une mémoire collective sans rien perdre de sa puissance littéraire.

Du dessin au cinéma, une reconnaissance internationale
Marjane Satrapi a co-réalisé l’adaptation de Persepolis au cinéma avec Vincent Paronnaud. Sorti en 2007, le film d’animation reçoit le Prix du jury au Festival de Cannes, puis deux César en 2008 : meilleur premier film et meilleure adaptation.
Le passage au grand écran aurait pu affadir le trait du livre. Il l’a prolongé. L’animation en noir et blanc a conservé la force graphique de la bande dessinée tout en lui donnant une nouvelle ampleur émotionnelle. Marjane Satrapi y a refusé, comme dans ses livres, l’illustration décorative. Elle a choisi une forme directe, lisible, pour faire entendre une histoire bien plus complexe qu’elle n’en a l’air.
Le succès de Persepolis au cinéma lui a ouvert un espace rare : celui d’une artiste venue de la bande dessinée capable de passer au grand écran sans renier son langage d’origine. Elle a ensuite poursuivi avec Poulet aux prunes, adapté de sa propre bande dessinée, puis avec The Voices, Radioactive et Paradis Paris.
L’Iran, l’exil et la liberté au cœur de son œuvre
L’Iran n’a jamais quitté l’œuvre de Marjane Satrapi. Dans Broderies (2003), elle donnait la parole à des femmes iraniennes à travers des conversations intimes, parfois drôles, parfois crues, révélatrices d’une société où les femmes survivent entre contraintes, désir et lucidité.
Dans Poulet aux prunes, récompensé à Angoulême en 2005, elle revenait à l’Iran par une voie plus mélancolique. L’histoire d’un musicien qui perd le goût de vivre après la destruction de son instrument devient une méditation sur l’amour, l’art et le renoncement.
Son engagement ne s’est pas limité à ses livres. Ces dernières années, elle avait notamment coordonné Femme, vie, liberté, roman graphique collectif publié en soutien au mouvement né après la mort de Mahsa Amini.
En janvier 2025, elle avait refusé la Légion d’honneur. Dans une lettre adressée à la ministre de la Culture, elle expliquait ne pas pouvoir accepter cette distinction en raison de ce qu’elle percevait comme une hypocrisie française vis-à-vis de l’Iran, notamment la situation des dissidents, des artistes, des ressortissants français retenus dans le pays. Ce n’était pas un geste symbolique facile. C’était la même exigence de liberté qu’elle avait mise dans toute son œuvre.

Ce que Marjane Satrapi laisse à la bande dessinée
Marjane Satrapi laisse une place immense dans la bande dessinée contemporaine. Elle a contribué à élargir le regard porté sur le médium, en montrant qu’une bande dessinée pouvait être autobiographique, politique, populaire, accessible et littérairement ambitieuse, sans avoir à choisir entre ces dimensions.
Elle a aussi ouvert un espace pour d’autres artistes, notamment des femmes, qui ont vu dans son parcours la preuve qu’il était possible de raconter le monde depuis une expérience personnelle, sans s’excuser d’y mettre son corps, son histoire, sa colère et son humour. Pénélope Bagieu, en apprenant la nouvelle, a salué une artiste qui avait “ouvert une porte”. La formule dit bien ce que la bande dessinée lui doit.
Marjane Satrapi avait cette qualité rare : elle pouvait parler de dictature sans donner de leçon, parler de douleur sans pathos, parler de liberté sans slogan creux.
Ce qu’il faut retenir de Marjane Satrapi
Quand Marjane Satrapi est-elle morte ?
Marjane Satrapi est morte à Paris le jeudi 4 juin 2026, à l’âge de 56 ans. Son décès a été annoncé par son entourage dans un communiqué transmis à l’AFP.
Quelle est l’œuvre la plus connue de Marjane Satrapi ?
Son œuvre la plus connue est Persepolis, bande dessinée autobiographique publiée par L’Association, dans laquelle elle raconte son enfance en Iran, la révolution islamique, la répression et son départ vers l’Europe.
Persepolis existe-t-il aussi en film ?
Oui. Marjane Satrapi a co-réalisé l’adaptation animée de Persepolis avec Vincent Paronnaud. Le film a reçu le Prix du jury au Festival de Cannes en 2007 et deux César en 2008.
Quels autres livres de Marjane Satrapi peut-on lire ?
Parmi ses œuvres importantes, on peut citer Broderies, Poulet aux prunes, Le Soupir, Les Monstres n’aiment pas la lune ou encore sa participation au roman graphique collectif Femme, vie, liberté.
Pourquoi Marjane Satrapi avait-elle refusé la Légion d’honneur ?
En janvier 2025, Marjane Satrapi avait refusé la Légion d’honneur pour dénoncer ce qu’elle considérait comme une attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran. Elle avait présenté ce refus comme un geste de solidarité envers les Iraniens, en particulier les femmes, la jeunesse et les dissidents.
Pourquoi Marjane Satrapi est-elle si importante pour la bande dessinée ?
Elle a contribué à faire reconnaître la bande dessinée autobiographique et politique auprès d’un très large public. Avec Persepolis, elle a montré qu’un récit personnel pouvait raconter l’Histoire, l’exil, la dictature et la liberté avec une force accessible à tous.
Sources et références
Pour établir cet article, nous nous sommes appuyés sur l’annonce publiée par Le Monde avec l’AFP, ainsi que sur les informations officielles du Festival de Cannes, de l’Académie des César et de la Fondation Princesse des Asturies.





