Sortie en 2024, Zatanna: Bring Down the House est une mini-série en cinq numéros de Mariko Tamaki et Javier Rodríguez, parue dans la collection Black Label. Elle a obtenu le prix Eisner de la meilleure mini-série l’année suivante. Ce n’est pourtant que depuis le 25 septembre 2026 que nous pouvons enfin la découvrir en français. Il est en fait probable que l’on ne l’aurait pas vue en France sans le succès de la ligne Absolute, qui a permis de mettre en lumière le travail de Javier Rodríguez sur Absolute Martian Manhunter. On ne peut que s’en féliciter, cela dit, tant cet album est un petit bijou narratif et graphique.

Sommaire

Zatanna casse la baraque

Nous rencontrons Zatanna à Las Vegas, où elle est la vedette d’un spectacle fauché d’un casino non moins miteux. Fille du grand magicien Zatara, elle n’utilise pourtant pas de pouvoirs mystiques, mais seulement quelques trucs de prestidigitation. La magie, elle a fait une croix dessus dans son enfance après deux terribles drames : la disparition d’un de ses camarades de classe, puis de son propre père. Depuis, elle s’est enfermée dans une routine de l’échec, refusant régulièrement un contrat avec un casino plus important et écoutant des podcasts de développement personnel.

Pourtant, sa vie va radicalement changer en croisant une spectatrice très assidue, sous différents déguisements, de son numéro. Alors qu’elle confronte son inquiétante traqueuse, Zatanna voit une créature démoniaque attaquer son petit théâtre. La mystérieuse observatrice se révèle être une guerrière mystique qui va tenter d’arrêter le monstre tout en poussant Zatanna à utiliser ses pouvoirs, sans succès. Mais lorsque la vie de la guerrière est en jeu, Zatanna se révèle et lui octroie une partie de sa magie, lui permettant de défaire le démon. Cependant, la combattante, qui se fait appeler l’Étrangère, n’en garde pas moins une certaine animosité à l’égard de Zatanna et de son manque d’entrain pour le monde de la magie. Elle l’emmène alors dans un lieu hors du temps, le palais des Ensorceleurs, où elle fait la connaissance de quelques sommités de la magie qui l’accusent d’avoir tué son père !

Page extraite de Zatanna: Bring Down the House.

 

Le voyage de Zatanna

Avec un personnage finalement peu connu du grand public, la scénariste Mariko Tamaki a les coudées franches pour revisiter le personnage de Zatanna, magicienne de l’univers DC que l’on a plus souvent vue peupler les rangs de la Justice League que briller par elle-même. Elle est aidée en cela par le fait d’être publiée au sein du Black Label, collection qui permet de faire fi de toute continuité. Pour autant, la scénariste, qui avait effectué un retravail remarquable d’Harley Quinn par ailleurs, ne s’éloigne que peu de la version canon. Les lecteurs familiers du personnage retrouveront très facilement les marqueurs habituels : le costume avec chapeau haut-de-forme et bas résille, les incantations énoncées à l’envers, l’ombre de son père, le magicien Zatara… Pour faire « hors continuité », Tamaki se contente au final de ne pas évoquer le reste de l’univers DC (à deux exceptions près) et de modifier les origines de Zatanna. Il suffirait donc de quelques modifications cosmétiques pour que ce récit s’intègre dans la grande tapisserie DC.

La scénariste ne s’aventure donc pas dans une profonde relecture du personnage et lui offre encore moins une intrigue révolutionnaire. C’est un très banal « voyage de l’héroïne », déclinaison du « voyage du héros » théorisé par Joseph Campbell, auquel a droit Zatanna. Après avoir vu son quotidien bouleversé par l’Étrangère et les Ensorceleurs, elle sera plongée dans un univers encore plus déstabilisant, sous la forme d’un terrier de lapin que n’aurait pas renié Lewis Carroll, avant de se rendre à Paris avec John Constantine, le sorcier cynique mais réellement amoureux d’elle, qui lui donne les derniers éléments pour confronter son ennemi.

L’intrigue en elle-même n’est donc pas forcément hyper originale, mais on y retrouve, malgré tout, ce qui fait le charme du style de Mariko Tamaki. D’abord, un vrai don pour la peinture des caractères et les dialogues, mais aussi sa façon d’aborder des sujets intimes, comme ici l’étouffement que peut engendrer une figure masculine autoritaire et toxique sur une jeune fille.

La jeune Zatanna ratant un tour de magie sur une page extraite de Zatanna: Bring Down the House.

 

La BD, c’est magique !

Mais l’attraction principale reste avant tout le festival narratif et graphique de Javier Rodríguez. Il utilise tous les outils de narration à sa disposition. Ayant commencé sa carrière étasunienne comme coloriste, il maîtrise donc parfaitement cette partie, utilisant différentes couleurs en aplats pour signifier les changements de lieux ou d’humeur, par exemple. Son découpage aussi est particulièrement inventif, notamment avec l’utilisation de cases où les personnages apparaissent plusieurs fois pour signifier le mouvement et le temps qui passe sans utiliser les blancs intericoniques (les gouttières). Il triture, détourne les formes, les cases. Il sait les déformer, les intégrer aux décors, comme dans le flashback de la forêt (chapitre 2), ou nous emmener dans le terrier du lapin (chapitre 3). Il sait aussi adapter son style, comme lorsqu’il singe les illustrateurs des années 1950-1960 pour illustrer les pages parisiennes. Ses designs aussi sont originaux (le décor du palais des Ensorceleurs), et ses expressions faciales sont très fines. Bref, Javier Rodríguez, c’est sans conteste le Steve Ditko contemporain. On retrouve la maîtrise narrative et la folie imaginative que Ditko pouvait insuffler à ses pages de Doctor Strange.

Page extraite de Zatanna: Bring Down the House dessinée par Javier Rodríguez.

Zatanna: Bring Down the House est donc un album de haute qualité. Même si le personnage n’est pas le plus en vue, il faut clairement lui laisser sa chance, d’autant que, comme à l’accoutumée, Urban propose une édition française de qualité. Le seul bémol qu’on aurait à signaler, c’est ce choix d’avoir gardé le titre américain (qui est aussi le nom du spectacle de Zatanna) alors que le traducteur, Mathieu Auverdin*, en a trouvé une excellente traduction qui résume bien notre avis : Zatanna casse la baraque !

 

* Mathieu Auverdin retrouve ici Javier Rodríguez, puisqu’il traduit également Absolute Martian Manhunter, dont l’indispensable tome 2 est sorti lui aussi le 25 septembre 2026.

Où se procurer Zatanna: Bring Down the House ?

Zatanna: Bring Down the House, de Mariko Tamaki et Javier Rodríguez, traduit par Mathieu Auverdin du Studio MAKMA, est publié en France chez Urban Comics dans la collection DC Black Label. Cette édition complète de 184 pages réunit les cinq numéros de la mini-série initialement publiée chez DC Comics.

L’album est proposé au prix de 20,50 €. Vous pouvez le commander via le lien ci-dessous ou le retrouver chez votre libraire.

Couverture de Zatanna: Bring Down the House par Mariko Tamaki et Javier Rodríguez chez Urban Comics dans la collection Black Label.
Découvrir Zatanna: Bring Down the House chez Urban Comics

 

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Ce qu’il faut retenir (FAQ)

De quoi parle Zatanna: Bring Down the House ?
La mini-série revisite les origines de Zatanna, qui a renoncé à la véritable magie après plusieurs traumatismes de son enfance. Sa rencontre avec une mystérieuse guerrière va pourtant la contraindre à renouer avec ses pouvoirs et avec le monde mystique qu’elle cherchait à fuir.

Qui sont les auteurs de Zatanna: Bring Down the House ?
Le scénario est signé Mariko Tamaki et le dessin, les couleurs et une grande partie de l’identité graphique de l’album sont l’œuvre de Javier Rodríguez.

Zatanna: Bring Down the House a-t-il remporté un prix Eisner ?
Oui. La série a reçu en 2025 le prix Eisner de la meilleure mini-série.

Faut-il connaître les comics DC pour lire Zatanna: Bring Down the House ?
Non. Publié sous le label DC Black Label, le récit est conçu hors de la continuité principale et peut se lire indépendamment, même si les lecteurs connaissant déjà Zatanna retrouveront de nombreux éléments familiers du personnage.

Quelle est l’édition française de Zatanna: Bring Down the House ?
Urban Comics publie l’intégralité de la mini-série en un album de 184 pages, traduit par Mathieu Auverdin et proposé au prix de 20,50 €.

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