Sur une planète Mars déchirée par les rivalités politiques, une adolescente tente d’échapper à ses poursuivants avec l’aide d’un garde du corps capable de se transformer en géant. Mais THB est aussi l’œuvre dans laquelle Paul Pope a commencé à façonner son style, à la croisée du comics américain, du manga et de la bande dessinée européenne.
La maison d’édition Morgen nous propose en cette fin d’année la traduction luxueuse d’une des premières BD, en auto-édition, de Paul Pope. L’occasion de découvrir et de mieux comprendre certains aspects de l’œuvre d’un des plus grands artistes de la BD indépendante américaine.
Sommaire
- Troubles sur Mars
- Paul Pope, joyau de la couronne
- Esthétique de la fusion
- La clef d’entrée
- Une édition monumentale
- Où se procurer THB de Paul Pope ?
- Ce qu’il faut retenir (FAQ)
Troubles sur Mars
En 2269, sur une Mars colonisée, vit H.R. Watson, fille d’un industriel constructeur de robots, Clovis Watson. Celui-ci envisage de délocaliser son usine loin de la juridiction de V-City où ils vivent. Pour mener à bien ce projet, il doit partir plusieurs jours dans le Nord, sur le nouveau site, accompagné de son garde du corps, M. McHaine, et de son ami, le Dr. Yukimoto. Alors que le fils adoptif de ce dernier, Percy, qui est comme un frère pour H.R., doit lui aussi s’absenter, Clovis s’inquiète de laisser sa fille seule. Pour la protéger, le Dr. Yukimoto donne à H.R. une petite boule de caoutchouc constituée de Tri-Hydro-Bioxygène (THB), une nouvelle substance révolutionnaire. Une fois mouillée, la boule peut se dilater pour déployer un humanoïde de 3 mètres de haut surnommé THB et dont l’intelligence artificielle est dédiée à la protection d’H.R.
Et heureusement, car à peine Clovis parti, sa fille devient la cible d’une lutte de pouvoir. Elle est poursuivie par les Punaises, la police de l’État. Et si elle peut bien sûr compter sur l’aide de son fidèle et très serviable valet-robot Augustus, THB se révèle infiniment plus utile. Encore faut-il ne pas le perdre ou arriver à le mouiller ! H.R. va devoir prendre la fuite et quitter V-City. Pour pouvoir espérer rejoindre son père, elle part pour P-City, une autre ville martienne, où elle retrouve Percy. Elle y fait la connaissance de ses amis, Jackson Suede, sa petite amie Casey et Um Stemsun, dit le Baladin, un Olmari, le peuple autochtone de Mars. Tout ce petit monde va vite devoir s’allier pour protéger H.R. de la Buranchie, le parti à la tête de V-City, qui veut absolument mettre la main sur elle pour faire pression sur Clovis Watson.
La menace viendra de partout, même de là où on ne l’attend pas. Bumble-Buzz, par exemple, semble être une marque très présente dans le monde de THB. On apprend au cours du récit qu’il s’agit d’un personnage de comics (comme Go-Go-Nam) de la maison d’édition de Mean Greene. Ce dernier va s’avérer un ennemi sans scrupules puisqu’il capture H.R., Casey et Bal, décevant beaucoup H.R. L’un des points forts de THB est d’ailleurs la façon dont Pope décrit son personnage principal. H.R. Watson est dépeinte comme une véritable jeune fille avec parfois des réactions immatures ou naïves. C’est un vrai portrait d’ado, comme lorsqu’elle s’endort avant de partir à un rendez-vous important. On retrouve là le côté “character driven” que Pope associe au manga, une influence majeure que l’on voit s’imposer au fil des pages.

Crédits : Morgen
Paul Pope, joyau de la couronne
Au milieu des années 90, Paul Pope, étudiant des beaux-arts de l’Ohio State University, déçu par l’académisme de la plupart de ses professeurs, fait la connaissance de Jeff Smith qui habite lui aussi Columbus. Smith anime depuis 1991 une série en auto-édition qui rencontre rapidement le succès, Bone. Pope s’inspire des conseils de Smith pour se lancer lui aussi dans l’édition indépendante avec Horse Press. Après Sin Titulo (1993), The Corruptor (1993) et The Ballad of Doctor Richardson (1994), Pope entame une série régulière. THB naît alors, d’une simple idée graphique (une petite boule qui se déploie en un géant) que l’auteur traînait depuis longtemps.
Il va se servir de THB comme d’un fourre-tout, pour y caser ses centres d’intérêt, et comme d’un véritable laboratoire. Les initiales H.R. signifient Human Rights en hommage au chanteur du groupe rock Bad Brains. Elle est à la fois, comme il dit lui-même, un mélange de Riot Grrrls (ce mouvement punk rock féministe des années 90), de Paul Atréides (Dune) et du petit frère de Pope ! Il n’hésite pas à caser le morceau Kashmir de Led Zeppelin dans le fil de l’histoire ! Et les décors de V-City font penser aux vieilles villes européennes comme Prague. Un décor idéal pour l’environnement kafkaïen qu’il a inventé.
Il enchaîne également les expérimentations graphiques avec des pages illustrées à l’encre, au crayon à papier, au lavis, mais aussi narratives, avec des incises dans le récit comme la courte histoire “McHaine in the toilet” (au format horizontal), de fausses publicités ou encore la lettre qu’écrit H.R. à sa meilleure amie Lollie. Il met en image de façon hyper dynamique des affrontements absurdes contre un robot, contre des militaires sortis tout droit de Sissi l’impératrice ou encore contre un piano (!). Cinq gros numéros seront publiés entre 1994 et 1995 avant que la série s’interrompe. Contrairement à ce que dit Paul Pope dans sa préface, le dernier volume (l’épisode 5) ne montre pas vraiment son évolution vers le manga. Graphiquement, le style reste très comics, à cette différence près que Pope travaille alors sur quatre bandes (THB #4-5) au lieu de trois habituelles dans la BD nord-américaine (technique qu’il utilise du tout début jusqu’au #3). Et certains passages (notamment le sauvetage de l’héroïne par THB) font alors penser à Superman par Siegel et Shuster ! Paradoxalement, c’est dans cet épisode que la bande d’H.R. se retrouve face à l’éditeur de comics malfaisant. Un coup de griffe à Stan Lee ? Au monde des comics en règle générale ? Pope semble y solder ses comptes avec la BD américaine alors qu’un chapitre déterminant de sa vie s’ouvre alors.
Esthétique de la fusion
Après la fin de THB, Pope part en effet pour le Japon. Il s’est fait repérer par l’éditeur Kodansha et va pouvoir étudier de façon approfondie le style et la narration de la BD japonaise. Le résultat se fait véritablement sentir avec THB: Mek-Power, nouvelle mini-série qui sort en 2000 et qui est la suite directe de la première série limitée. Dans l’intervalle, il aura signé The One Trick Rip-off (Arnaque à l’arraché, Bethy, 1997) et Heavy Liquid (Dargaud, 2007) qui l’auront imposé sur le marché américain et européen.
Il est vrai que là, l’écart graphique entre la première et la deuxième mini-série est flagrant. Le premier combat contre le meka est très impressionnant. Pope utilise un rythme complètement différent. S’il respecte cette fois la règle des 3 bandes à la fois, il utilise beaucoup plus de larges cases et de plans larges qui mettent en valeur la dynamique de l’action et sa science des aplats noirs. En cela, effectivement, on sent toute l’influence du manga qui impose un rythme très différent. Le travail sur le lettrage a son rôle également. Par contre, ce retour ne permet pas de faire beaucoup avancer l’histoire. Tout juste en apprend-on plus sur les Buran-O.R.C (les buranchistes) et sur Clovis Watson dont on découvre qu’il semble en fait s’opposer aux impôts !

Crédits : Morgen
La clef d’entrée
Au détour du récit, Pope nous propose une séquence indépendante intitulée “Sandoz Vanoz, Sandoz Vanoz” qui livre quelques clefs de sa démarche. Lollie, la meilleure amie d’H.R., y trouve un exemplaire de Sandoz Vanoz, livre interdit par Buran O.R.C. Le livre est en effet critique sur son pouvoir : “Pour parvenir à ses fins, la refonte de la société, la punaise doit écraser toutes les différences entre humains parce qu’elles se dressent en travers de ses plans. Elle doit éradiquer tout choix, toute diversité, toute liberté… elle doit éliminer toute opposition. La politique de la punaise doit être une politique du conformisme imposé.”
Alors que la jeune fille continue sa lecture, le livre prolonge sa réflexion : “Mais en réalité, la loi elle-même ne peut créer le bien. Elle ne peut créer la justice… La loi devrait empêcher l’injustice. Une société libre et juste est ce qui résulte lorsqu’une intervention par la force contre des individus n’a pas lieu…” Un discours dont Lollie s’empare aussitôt face à son père : “Qu’est-ce qu’il y a de si bien quand une punaise prend quelque chose à quelqu’un… puis se retourne et le donne à quelqu’un d’autre… en appelant ça une contribution forcée ? C’est une intervention forcée !!”
Sandoz Vanoz semble en fait un livre complètement libertarien. À travers lui, Pope nous explique un des traits majeurs de cette philosophie : le principe de non-agression. Pour les libertariens, on doit vivre et laisser vivre et toute intervention sur la vie individuelle, notamment par l’État, mais aussi par ses congénères, devient une agression. Ça n’est guère surprenant de la part de Pope qui avait signé, trois ans auparavant, une histoire du Batman de Weimar, une version alternative du héros dans l’Allemagne des années 30, qui sauve les archives de Ludwig von Mises, économiste de l’école autrichienne et inspiration majeure du libertarianisme (Batman Chronicles #11, DC Comics, hiver 1997-98).
Mais Pope soutient également la légitimité à se révolter : “Quiconque en est conscient doit défier une mauvaise idée…” Et il est vrai qu’il semble valoriser les marginaux, les artistes. La vie de bohème que mènent les amis d’H.R. est une réponse à la bureaucratie conformiste et rigide de Buran-O.R.C qui feint la tolérance pour mieux abattre la révolte. “C’est pour cela qu’ils ont construit des places publiques“, dit Pope qui invoque le souvenir de la place Tian’anmen.
Une édition monumentale
THB est donc un jalon d’une importance capitale pour la réception du travail de Pope en France. Il permet de voir évoluer son graphisme, des débuts, brouillons et anarchiques mais d’une énergie folle, au mélange de plus en plus maîtrisé de comic book, de manga et de BD européenne. Il permet également de préciser les influences visuelles autant qu’intellectuelles de l’auteur.
Pour une telle œuvre, Morgen a eu raison de mettre les moyens avec une superbe édition. Plus de 400 pages où s’étale le sublime noir et blanc de Pope sur un papier épais, avec reliure cartonnée, signet, tranche-fil, jaquette-poster et en bonus, une lithographie inédite signée Luz (Vernon Subutex). Un bien bel objet qui vaut certes le prix (49,90 €), mais qu’on pourra mettre sans hésitation tout en haut de sa liste de cadeaux pour Noël. Un second tome est prévu pour conclure cette première publication française, avec une lithographie de Frank Quitely cette fois. Morgen nous propose là une édition capitale d’un récit majeur des années 90, dans un superbe écrin, confirmant que l’éditeur sera de ceux avec qui il faudra compter dans les années à venir.
Voir aussi :
Éditions Morgen : les sorties BD et comics de l’automne 2026, de Paul Pope à Ram V
Où se procurer THB de Paul Pope ?
THB – Tome 1, écrit et dessiné par Paul Pope, est disponible en France depuis octobre 2026 aux éditions Morgen. Ce premier volume d’intégrale propose une édition de 456 pages grand format en noir et blanc, reliée, accompagnée d’une lithographie de Luz.
L’ouvrage est proposé au prix de 49,90 €, sous la référence ISBN 9782387250940. Il est disponible en librairie ou en ligne, notamment sur la fiche officielle de Morgen et chez Fnac.
Découvrir THB de Paul Pope aux éditions Morgen.
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Ce qu’il faut retenir (FAQ)
De quoi parle le comics THB de Paul Pope ?
L’histoire se déroule sur Mars en 2269 et suit H.R. Watson, une adolescente poursuivie par une police corrompue. Pour lui échapper, elle peut compter sur THB, un garde du corps qui prend la forme d’un géant de trois mètres au contact de l’eau.
Qui est Paul Pope, le créateur de THB ?
Paul Pope est un auteur américain de bande dessinée indépendant, également connu pour Heavy Liquid, Batman : Année 100 et Battling Boy. Il a commencé à publier THB dans les années 1990, développant un style influencé par les comics américains, le manga japonais et la BD européenne.
Pourquoi THB est-il important dans la carrière de Paul Pope ?
Cette série fait partie de ses premières œuvres en auto-édition. Elle lui a permis d’expérimenter différentes techniques de dessin et de narration, avant de développer davantage les influences du manga dans ses travaux ultérieurs.
THB est-il disponible en français ?
Oui. Les éditions Morgen ont publié le premier volume de l’intégrale en octobre 2026, proposant pour la première fois cette œuvre en traduction française.
Combien coûte THB tome 1 chez Morgen ?
Le premier volume est commercialisé au prix de 49,90 €. Il s’agit d’une édition grand format de plus de 400 pages, accompagnée d’une lithographie signée Luz.
Un tome 2 de THB est-il prévu ?
Oui. Un second volume est annoncé pour compléter cette publication française, avec une lithographie de Frank Quitely.
Où acheter THB de Paul Pope ?
Le premier tome est disponible en librairie et auprès des principaux revendeurs de bande dessinée. Les informations sur l’édition française figurent sur le site officiel des éditions Morgen.


