Le 16 septembre, les éditions Robinson publient Le Panthéon, une bande dessinée d’aventure steampunk imaginée par Thomas Rivière et dessinée par Mika Souillard.

Né d’une campagne Ulule couronnée de succès avant de poursuivre son parcours en librairie, le projet rend hommage aux grands films d’aventure des années 1980, aux comics américains et à Jules Verne, tout en faisant de Paris un véritable personnage de l’histoire.

Juste avant la sortie de l’album, nous avons rencontré Thomas Rivière. Il revient sur la genèse du projet, ses influences, sa vision du financement participatif, son attachement à la capitale et ses ambitions pour cette nouvelle licence.

Extrait d'une planche de Le Panthéon : L'Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song).

Superpouvoir : Pour commencer, peux-tu nous présenter Le Panthéon ?

Thomas Rivière :

Le Panthéon est avant tout la rencontre avec un artiste extraordinaire : Mika Souillard. Il avait déjà travaillé sur Layla avec Jérémy, une bande dessinée que je recommande vivement tant elle est magnifique.

Nous nous sommes rencontrés à l’époque d’Original Comics, la librairie que nous avions à Paris. Mika était un client, il suivait les vidéos que je réalisais pour Comics Radio, et il m’a proposé que nous réfléchissions ensemble à un projet de bande dessinée.

J’ai commencé à coucher sur le papier toutes les influences qui m’ont construit, toutes les histoires que j’avais envie de raconter. J’ai toujours voulu faire de la bande dessinée. J’ai longtemps dessiné, mais à un niveau très amateur. Puis, lorsque j’ai voulu en faire mon métier, on m’a expliqué qu’il valait mieux choisir une profession plus sérieuse. J’ai donc suivi cette voie : école de commerce, carrière dans l’entreprise… Cela fait aujourd’hui plus de vingt ans que je travaille dans des domaines très éloignés de la création.

Mais je n’ai jamais oublié ma première passion. Comme beaucoup d’enfants, j’ai grandi avec la bande dessinée franco-belge avant de découvrir les comics vers dix ou onze ans. Les magazines comme Titans ou Spécial Strange ont accompagné toute la fin de mon enfance et mon adolescence. Cette passion ne m’a jamais quitté. Depuis vingt ans, les comics occupent une place importante dans ma vie professionnelle, sous différentes formes.

Puisque je ne pouvais pas devenir dessinateur, je me suis naturellement tourné vers le scénario. Je me suis demandé quel type de bande dessinée j’avais envie de lire. Qu’est-ce qui me faisait rêver ? Qu’est-ce qui manquait peut-être aujourd’hui dans le paysage de la BD d’aventure ?

Je suis un enfant des années 1980. J’ai grandi avec Les Goonies, Indiana Jones, Le Secret de la Grande Pyramide, Les Mines du roi Salomon… Tous ces grands films d’aventure m’ont profondément marqué.

Des bandes dessinées d’aventure, il en existe énormément. En revanche, je voulais retrouver cette énergie que je trouve dans les meilleurs comics américains tout en la transposant dans un véritable album franco-belge : un beau cartonné d’une cinquantaine de pages, très soigné, pensé comme un objet.

Deux œuvres ont particulièrement inspiré Le Panthéon. La première est Danger Girl, de J. Scott Campbell. C’est l’une de mes références absolues. Je suis son travail avec admiration depuis près de trente ans.

La seconde est Lady Mechanika, de Joe Benitez, que j’ai eu le plaisir d’éditer en France. Je trouve que cette série propose l’une des plus belles interprétations du steampunk. Le genre possède une identité visuelle extraordinaire, on le voit dans les conventions ou les cosplays, mais il est finalement assez peu représenté en bande dessinée avec cette qualité de design.

Grâce au talent de Mika, je savais que nous pouvions créer un univers visuellement très fort.

Restait ensuite à raconter une histoire. Le Panthéon suit les aventures de deux héroïnes que tout oppose.

D’un côté, Jeanne Batignolle travaille dans une agence de détectives privés. De l’autre, Louise Montsouris, l’épouse d’un puissant industriel parisien, voit son mari disparaître mystérieusement.

Ensemble, elles vont tout mettre en œuvre pour le retrouver. Leur enquête les conduit peu à peu vers une vaste conspiration et leur fait découvrir l’existence du Panthéon, une organisation secrète dont les membres semblent présents partout : parmi les élites comme dans les rues de Paris. À partir de là, elles comprennent qu’elles sont observées, suivies, traquées.

Mon objectif était de réaliser une bande dessinée qui ne laisse jamais le lecteur reprendre son souffle : beaucoup d’action, beaucoup d’humour, un duo d’héroïnes aux personnalités très différentes et une vraie dynamique de buddy movie.

Je pense évidemment à des films comme L’Arme fatale ou Le Dernier Samaritain, où les personnages se répondent avec des répliques percutantes tout en étant entraînés dans une succession de scènes d’action.

Nous avons travaillé ensemble pendant deux ans sur cet album. Nous avons ensuite lancé une campagne Ulule qui a rencontré un véritable succès. Plus de mille lecteurs nous ont fait confiance. Mais je me suis rapidement dit que cette bande dessinée méritait de toucher un public encore plus large.

J’ai alors eu la chance de rencontrer les éditions Robinson, au sein du groupe Hachette, qui ont accepté de publier Le Panthéon en librairie.

L’album sort donc le 16 septembre 2026 dans toute la France.

Superpouvoir : Le Panthéon est déjà publié en anglais et sera bientôt traduit en néerlandais. Tu attaques donc le marché international. Quand tu crées une nouvelle licence, est-ce que tu réfléchis déjà à ce qu’elle pourrait devenir en dehors de la bande dessinée ? Un jeu de société, un jeu de cartes, une adaptation…

Thomas Rivière :

Cela fait plus de vingt ans que je travaille dans l’univers de la propriété intellectuelle et du licensing, donc forcément, j’y pense. Mais je connais aussi les réalités de ce métier.

Avant d’imaginer des produits dérivés ou des adaptations, il faut d’abord construire une véritable communauté de lecteurs. Une bande dessinée qui démarre avec un premier tirage de 5 000 exemplaires n’est pas encore une licence capable de soutenir tout un programme de produits dérivés.

Chez Robinson, le premier tirage est justement de 5 000 exemplaires, ce qui est déjà une très belle performance dans le contexte actuel du marché. Les libraires nous ont accordé leur confiance. Le réseau Canal BD a répondu présent, tout comme la Fnac et Cultura. Les commandes sont très encourageantes et, normalement, la quasi-totalité du tirage devrait être en place pour la sortie.

C’est déjà très enthousiasmant. Maintenant, il faut que les lecteurs soient au rendez-vous. Si nous vendons ces 5 000 exemplaires, ce sera déjà une formidable réussite. Ensuite, on verra jusqu’où cette aventure peut aller.

Évidemment, j’aimerais qu’un jour Le Panthéon dépasse largement le cadre de la bande dessinée. Mais ces choses-là ne se décrètent pas. Elles se construisent avec le temps.

Les produits dérivés existent parce que les lecteurs ont envie de prolonger leur relation avec un univers qu’ils aiment. Entre deux albums, ils ont envie de continuer à vivre avec ces personnages.

Pour l’instant, la priorité reste donc très simple : faire découvrir la bande dessinée au plus grand nombre.

Superpouvoir : En restant dans l’univers de la bande dessinée, as-tu envisagé une adaptation au format webtoon, avec une lecture verticale sur smartphone ?

Thomas Rivière :

Ce n’est pas d’actualité, mais ce n’est absolument pas exclu. Aujourd’hui, la priorité était déjà de faire exister cette bande dessinée.

Première étape : la créer. Deuxième étape : lui permettre d’arriver en librairie afin qu’elle touche davantage de lecteurs que lors de la campagne Ulule. Ensuite, tout reste possible.

Pour un webtoon, je pense qu’il faudrait davantage de contenu. Aujourd’hui, Le Panthéon compte 52 pages. Certains éditeurs étrangers nous ont d’ailleurs expliqué qu’ils préféraient attendre le deuxième tome avant de publier la série, simplement parce qu’un seul album représente encore trop peu de matière.

Nous allons donc continuer à construire cet univers. Grâce au succès de la campagne Ulule, Mika a pu travailler dans de très bonnes conditions. Moi, j’ai mon activité professionnelle à côté, donc nous ne sommes pas soumis à une pression de calendrier.

Notre objectif est simple : réaliser la meilleure bande dessinée possible. Quand on entre dans une librairie, il arrive souvent qu’une couverture soit magnifique… puis qu’en ouvrant l’album, on découvre un dessin beaucoup moins soigné, ou parfois même un autre dessinateur.

Je ne voulais surtout pas cela. Je voulais que chaque page soit au niveau de la couverture.

C’est pour cette raison que Mika a consacré près de deux ans au dessin des 52 planches. C’est énorme, mais c’était le prix à payer pour obtenir le niveau de qualité que nous recherchions.

Aujourd’hui, nous commençons déjà à recevoir les premiers retours des lecteurs ayant participé à Ulule, ainsi que ceux de journalistes et de créateurs de contenu qui ont pu découvrir l’album en avant-première.

Les réactions sont très encourageantes. Nous allons maintenant appliquer la même exigence au deuxième tome. Ensuite, si des opportunités se présentent, comme une adaptation en webtoon, de nouveaux éditeurs étrangers, ou d’autres projets, nous les étudierons.

J’aimerais évidemment voir Le Panthéon publié en librairie au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, en Espagne… Il reste énormément de territoires où la bande dessinée peut trouver son public.

Première case de la première planche de Le Panthéon : L'Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song).

Superpouvoir : Tu as choisi de passer par Ulule avant même de chercher un éditeur. Est-ce que tu considères aujourd’hui le financement participatif comme une étape presque incontournable pour un auteur indépendant ?

Thomas Rivière :

Je ne dirais pas incontournable, mais c’est un formidable outil… à condition d’accepter tout ce que cela représente. Une campagne Ulule demande un travail colossal.

Les lecteurs ne s’en rendent pas toujours compte, mais c’est extrêmement prenant. Toi qui en as déjà organisé, tu sais très bien à quel point cela demande du temps et de l’énergie. C’est aussi pour cela que je ne multiplie pas les projets de financement participatif.

Au départ, j’ai financé moi-même les cinq premières pages, avec mes économies. À ce moment-là, j’aurais pu présenter le projet à plusieurs éditeurs. J’en connais beaucoup, puisque je travaille dans cet univers depuis longtemps.

Je l’ai d’ailleurs montré à l’un d’eux. Sa réaction a été très simple : il voulait modifier quasiment tout ce que j’avais réalisé.

C’est là que j’ai compris que si je voulais raconter cette histoire telle que je l’avais imaginée, je devais conserver le contrôle du projet.

Je ne prétends pas que tout est parfait. On peut toujours améliorer une œuvre. Mais au moins, c’est la bande dessinée que je voulais faire.

Et surtout, j’ai conservé tous les droits. Les droits d’adaptation, les droits de licence, les droits d’exploitation internationale… Le contrat signé avec Robinson porte uniquement sur l’édition française dans les pays francophones. Le reste m’appartient.

Je trouve que c’est très important, parce qu’on ne sait jamais ce qu’une création peut devenir. Peut-être qu’elle disparaîtra des librairies dans quelques semaines. Ou peut-être qu’elle rencontrera son public. Personne ne peut le savoir.

Ce qui comptait pour moi, c’était d’aller au bout de cette aventure en restant maître de mes choix.

Superpouvoir : Finalement, Ulule t’a aussi permis de prendre le temps nécessaire pour réaliser l’album dans les meilleures conditions.

Thomas Rivière :

Exactement. Aujourd’hui, lorsqu’un auteur présente un projet à un éditeur traditionnel, les avances sur droits sont souvent devenues très faibles. Pour un album comme Le Panthéon, on peut espérer une avance comprise entre 15 000 et 20 000 euros, à partager entre le scénariste et le dessinateur.

À partir de là, il faut produire l’album en six ou huit mois pour que le dessinateur puisse en vivre. Forcément, cela a un impact sur la qualité. Nous avons fait le choix inverse.

Nous avons pris deux ans pour réaliser les 52 planches, sans courir après les délais. Cela nous a permis d’aller au bout de chaque image, de chaque décor, de chaque scène.

Lorsque nous sommes arrivés chez Robinson, nous ne présentions plus un projet : nous apportions un album terminé. Cela change complètement la discussion avec un éditeur. Nous étions en position de négocier, sans devoir renoncer à nos choix artistiques. Surtout, nous sommes restés maîtres de notre calendrier.

Je préfère prendre davantage de temps et proposer une bande dessinée dont je suis fier plutôt que de sortir un album plus vite, mais moins abouti.

J’ai d’ailleurs déjà deux autres projets en préparation. Ils avanceront à leur rythme. Je ne veux pas me mettre de pression inutile. L’important est que chaque album conserve le même niveau d’exigence du début à la fin.

Je tiens aussi beaucoup au fait qu’un lecteur retrouve le même dessinateur sur toute la série. Dans les comics américains, il arrive souvent qu’un artiste soit remplacé en cours de route pour tenir les délais.

Je comprends les contraintes de production, mais, en tant que lecteur, j’ai toujours trouvé cela frustrant. Je voulais offrir une expérience cohérente du début à la fin.

Superpouvoir : Tu évoques justement deux autres projets. Est-ce qu’ils se déroulent dans le même univers que Le Panthéon ?

Thomas Rivière :

Non, pas du tout. Le seul véritable point commun, c’est Paris. J’adore cette ville. J’habite à proximité, j’y travaille quotidiennement et je passe énormément de temps à m’y promener. Son architecture, son histoire, son atmosphère… Je trouve que c’est un décor extraordinaire.

Tous mes prochains projets auront donc Paris comme point d’ancrage.

Si tout se passe bien, l’un d’entre eux pourrait même faire l’objet d’une campagne Ulule dès cet automne. Sinon, ce sera probablement au début de l’année 2027.

Superpouvoir : Paris est déjà au cœur du Panthéon et semble également devenir le fil conducteur de tes futurs projets. Est-ce que c’est aussi une façon, pour toi, de mettre en valeur le patrimoine culturel français ?

Thomas Rivière :

Oui, je crois. Paris fait rêver le monde entier. Quand on pense à la France, on pense immédiatement à Paris : la ville de l’amour, les grandes maisons de luxe, les monuments, les cafés… Cette image est incroyablement forte, que ce soit en Asie, en Amérique ou ailleurs.

Ces dernières années, Paris a aussi énormément rayonné à travers le sport ou des séries comme Lupin. C’est un décor exceptionnel, et je pense qu’il reste encore énormément d’histoires à raconter.

Chaque dessinateur apporte son propre regard sur cette ville. Dans Le Panthéon, nous explorons un Paris steampunk. Mes prochains projets auront des atmosphères complètement différentes.

Je travaille notamment sur une bande dessinée beaucoup plus proche de la grande tradition franco-belge, dans l’esprit de Franquin. Une autre sera plus sombre, avec un dessinateur dont le style évoque ce que Mike Mignola fait de mieux, avec une ambiance qui pourra rappeler Tim Burton.

À chaque fois, Paris sera le point de départ, mais jamais le même Paris. J’aimerais montrer toutes les facettes de cette ville.

Bien sûr, Paris ne résume pas la France. J’ai grandi dans le sud, j’ai fait mes études en Normandie et je voyage constamment à travers le pays. Nous avons un patrimoine exceptionnel.

Mais il faut reconnaître que Paris continue de fasciner des millions de personnes. Et parfois, découvrir Paris à travers une bande dessinée est plus agréable que de s’y retrouver coincé dans les embouteillages du périphérique…

Superpouvoir : Merci beaucoup, Thomas. Rendez-vous dès aujourd’hui pour découvrir Le Panthéon dans toutes les librairies.

Thomas Rivière :

Merci beaucoup. À très bientôt.

 

Le Panthéon : L'Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

Le Panthéon : L’Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

 

Avec Le Panthéon, Thomas Rivière signe une première bande dessinée qui assume pleinement ses influences tout en revendiquant une approche très personnelle de l’aventure. Le succès de la campagne Ulule lui a permis de conserver la maîtrise de son projet, avant de convaincre les éditions Robinson de lui offrir une diffusion nationale.

Reste désormais l’étape la plus importante : la rencontre avec les lecteurs.

Le premier tome du Panthéon est déjà disponible en librairie. Et au vu des nombreux projets déjà évoqués par son auteur, cette plongée dans un Paris steampunk pourrait bien n’être que le début de l’aventure.

Le Panthéon : L'Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

Le Panthéon : L’Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

Le Panthéon : L'Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

Le Panthéon : L’Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

Le Panthéon : L'Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

Le Panthéon : L’Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

Le Panthéon : L'Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

Le Panthéon : L’Enlèvement de Jacob (Thomas Rivière & Mika Song)

 

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