1945. Les États-Unis ont triomphé des forces de l’Axe sans l’aide de leurs super-héros. Flash, Green Lantern, Hawkman, Hourman, Starman, Sandman et consorts ont l’impression de ne plus être utiles et se sont retirés sur la pointe des pieds. Seul Tex Thompson, alias Mr. America, alias Americommando, a grâce aux yeux des américains pour son combat derrière les lignes ennemis.

Une popularité qu’il utilise pour commencer une carrière politique. Au fil des années,  il va gravir les échelons et devenir un candidat sérieux à la présidence en mettant en place une nouvelle génération de héros dont le fer de lance est Dynaman et en profitant du Maccarthysme pour mettre l’ancienne en coupe réglée.

Pendant ce temps, ses camarades masqués doivent gérer « la vie d’après ». Johnny Quick regrette les moments d’adrénaline et se remet mal de son divorce avec Liberty Belle. Cette dernière essaie de se construire une nouvelle vie de femme indépendante, malgré son nouveau compagnon, John Law, alias Tarentula, écrivain en mal d’inspiration et sombrant dans l’alcoolisme. Starman est tombé dans la dépression suite à son implication dans les recherches ayant mené à la création de la bombe atomique. Hourman tente désespérément d’améliorer sa formule Miraclo dont il est devenu dépendant. Green Lantern a renoncé à son anneau et dirige maintenant un empire de communication. Paul Kirk, Manhunter, lui, erre à travers les États-Unis, amnésique et poursuivi par de mystérieux tueurs  car il détient sans le savoir un secret capital sur Thompson.

Scénariste anglais, James Robinson est un amateur d’histoire et de continuité qui rêvait de se frotter à l’Âge d’Or de super-héros. Avec The Golden Age, il revient sur la période de l’après-guerre. La Société de Justice d’Amérique s’est dissoute dans la victoire. Empêché de combattre les forces nazies en Europe, le groupe a perdu toute crédibilité envers le public.

Robinson trouve ainsi une astuce qui explique pourquoi les super-héros n’ont pas gagné le conflit à eux tout seul et pourquoi le public s’est désintéressé d’eux. Une désaffection qui correspond à l’abandon réel des lecteurs pour le genre super-héroïque après la guerre, au profit d’autres types d’histoire.

The Golden Age nous montre ainsi une époque rayonnante et pleine d’espoir. La victoire a donné confiance à l’Amérique, mais lui a aussi donné un nouvel ennemi, l’U.R.S.S. Robinson dresse le portrait croisé d’individus qui ont tiré un trait sur leur vie d’avant, une vie costumée pleine d’adrénaline et de dangers, mais qui peine à s’ajuster à leur nouvelles vies civiles, pointant les travers d’une société qui relègue toujours les femmes à l’arrière-plan et qui sombre petit à petit dans la paranoïa anti-rouge.

Les personnages et leur scénariste établissent ainsi un constat désabusé dans un récit chorale où chaque personnage a sa propre voix. Un récit qui mènera jusqu’à une bataille épique où la vérité sur Tex Thompson et Dynaman sera révélée, mais à laquelle tous les héros ne survivront pas.

Parfois comparé à Watchmen, The Golden Age confronte ainsi des héros conçus à une période plutôt naïve à la réalité du monde et aux affres du doute. C’est aussi un des pics de la carrière du dessinateur Paul Smith dont le trait minimaliste, mais d’une grande rigueur, apporte un style d’une élégance folle, rappelant les grands dessinateurs réalistes de comic-strips comme Alex Raymond.

Les quatre numéros en Prestige Format de The Golden Age sont sortis en 1993-94, dans la collection Elseworlds, un label servant à raconter des histoires déviant de la continuité régulière. Cependant, à l’opposé de certains albums présentant un Batman chevalier de la Table ronde ou un Superman communiste, The Golden Age ne varie que de quelques menus détails, au point que James Robinson a pu s’en servir comme base pour sa série au long cours Starman et que Geoff Johns en a inclus de larges éléments dans sa reprise de la JSA quelques années plus tard.

Comme à son habitude, Urban livre une adaptation soignée, aussi bien en terme de traduction que de bonus, notamment avec l’inclusion d’une postface d’Howard Chaykin (qui connaît bien les années 50) et aussi d’un épisode plus ancien tiré des archives de DC.

DC Special #29 date de 1977 à une époque où l’univers DC est encore séparé en un multivers de Terres. Les héros de la Société de Justice évoluent sur Terre-2 et ce numéro spécial raconte la formation du groupe, une histoire qui n’avait jamais été évoquée auparavant.

Ce large flash-back fait alors parti de la modernisation  de l’équipe entreprise depuis 1976 par des scénaristes comme Gerry Conway et Paul Levitz. Levitz est d’ailleurs le scribe derrière cet épisode qui raconte comment les héros de la Seconde Guerre Mondiale se sont réunis en 1940 pour empêcher l’invasion de la Grande-Bretagne par l’Allemagne nazie. Bien que produit en 1977, ce récit retrouve (volontairement ou involontairement ?) le charme désuet et naïf des intrigues de l’époque où l’on ne s’embarrassait guère de cohérence.

Graphiquement, le duo Joe Staton et Bob Layton aura fait mieux ailleurs. Peut-être est-ce la longueur inhabituelle de l’épisode, mais leurs styles semble se déliter au fil des pages, avec un dessin de plus en plus approximatif et un encrage moins serré amenant des planches franchement gênantes comme celle de l’arrivée de Superman ou la planche finale de réunion de l’équipe.

The Golden Age (The Golden Age #1-4 + DC Special #29), Urban Comics (DC Confidential #4), 240 pages, 22,50 €. Sortie le 23 octobre 2020. Traduction de Jérôme Wicky, lettrage de Sabine Maddin et Stephan Boschat pour Makma. 

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