Le nouveau long-métrage de DC Studios, Supergirl, devait asseoir le nouvel univers cinématographique de la firme après Superman. Porté par Milly Alcock, le film a finalement démarré avec seulement 37,1 millions de dollars en Amérique du Nord, avant de s’effondrer de 77 % dès son deuxième week-end.

Plusieurs facteurs expliquent cet échec : des critiques divisées, une campagne promotionnelle qui n’a jamais réussi à créer l’événement, et un personnage de Kara Zor-El encore mal identifié par le grand public. Nous les avions déjà détaillés.

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Une enquête du Hollywood Reporter vient compléter le tableau. Derrière le résultat en salles se cachent des projections tests décevantes, des divergences créatives entre James Gunn et le réalisateur Craig Gillespie, plusieurs jours de tournage additionnels, et deux montages concurrents départagés devant des panels de spectateurs.

Supergirl raconte donc aussi l’histoire d’un film que DC Studios n’est jamais parvenu à stabiliser.

Sommaire

Des projections tests inquiétantes après un tournage prometteur

Sur le papier, Supergirl cochait toutes les cases. Le film adapte l’excellent comic book Supergirl: Woman of Tomorrow, signé Tom King et Bilquis Evely, et sa réalisation revenait à Craig Gillespie, remarqué pour Moi, Tonya et Cruella.

Le cinéaste maîtrise les récits d’héroïnes complexes : il a dirigé Margot Robbie dans Moi, Tonya, performance nommée aux Oscars. Mais Supergirl restait sa première incursion dans un blockbuster de super-héros à ce niveau de budget.

James Gunn, lui, ne cachait pas sa confiance. En 2024, le coprésident de DC Studios avait salué le scénario d’Ana Nogueira au point d’avancer Supergirl dans le calendrier du DCU, expliquant que la qualité du script justifiait de le faire passer devant plusieurs projets déjà en développement.

Le tournage s’est achevé en mai 2025. Quelques mois plus tard, les premières projections internes auraient commencé à inquiéter Warner Bros. et DC Studios.

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Selon les sources du Hollywood Reporter, les différentes versions du film oscillaient entre 60 et 70 points sur 100 auprès des spectateurs tests. Une première projection à l’automne 2025, puis une deuxième tout aussi mitigée en décembre, n’ont rien arrangé.

Ce genre de score n’a rien d’alarmant en soi : les projections tests font partie du processus standard des studios et servent surtout à repérer des problèmes de rythme ou de ton. Chez Supergirl, elles ont visiblement déclenché une reprise en main beaucoup plus profonde de la postproduction.

La scénariste Ana Nogueira et la productrice Chantal Nong sur le tournage du film Supergirl

La scénariste Ana Nogueira et la productrice Chantal Nong sur le tournage de Supergirl (Warner Bros.)

Deux montages concurrents pour sauver Supergirl

Face à ces réactions décevantes, DC Studios aurait entrepris de développer sa propre version du film, en parallèle de celle défendue par Craig Gillespie.

Le scénariste Jeremy Slater, passé par un projet avorté sur The Authority, aurait participé à l’écriture de nouvelles scènes. Neuf jours de tournage supplémentaires auraient suivi, centrés notamment sur la bataille finale.

Impossible de connaître l’étendue exacte de ces retouches. Le rapport suggère toutefois que certaines séquences ont été retravaillées pour mieux ancrer le film dans la mythologie du DCU, avec un rôle renforcé pour Lobo (Jason Momoa).

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Studio et réalisateur ont par ailleurs fait appel à des monteurs différents. Craig Gillespie s’appuyait sur Tatiana S. Riegel, sa collaboratrice sur Moi, Tonya et Cruella ; James Gunn misait sur Fred Raskin, monteur des trois Gardiens de la Galaxie et de Peacemaker.

Au printemps 2026, Warner Bros. aurait organisé des projections à l’aveugle pour départager les deux versions. Celle de Gillespie durait environ onze minutes de plus, avec davantage de place laissée au rythme de l’aventure, à certains choix musicaux et à Krem des Collines d’Ocre (Matthias Schoenaerts). Celle du studio insistait, elle, sur les connexions avec le reste du DCU.

Aucune des deux n’a vraiment convaincu. Le montage du studio n’aurait devancé celui de Gillespie que de deux points, un écart minuscule sur lequel DC Studios a pourtant tranché en sa faveur, sans que cela dissipe la moindre inquiétude.

Jason Momoa en Lobo avec le réalisateur Craig Gillespie sur le tournage de Supergirl

Jason Momoa en Lobo et le réalisateur Craig Gillespie sur le tournage de Supergirl (Warner Bros.)

James Gunn et Craig Gillespie en désaccord sur le film

Ces deux montages traduisent surtout des visions créatives différentes. Parler de guerre ouverte entre James Gunn et Craig Gillespie serait sans doute exagéré.

Certaines sources évoquent un vrai manque d’alignement artistique, d’autres relativisent et y voient des tensions classiques de fabrication d’un blockbuster. Une chose semble acquise : le film en salles ne correspond pas totalement à la version que son réalisateur avait en tête.

Le choix musical résume bien ces divergences. James Gunn, qui accorde toujours une place centrale à la musique populaire dans son cinéma, aurait voulu Girls Just Want to Have Fun de Cyndi Lauper pour la bataille finale. Craig Gillespie défendait The Middle de Jimmy Eat World, chanson finalement retenue dans la version distribuée.

Le détail paraît anecdotique. Il révèle pourtant deux lectures différentes du personnage et du ton recherché : les discussions ne portaient pas seulement sur quelques coupes de montage, mais sur l’identité même du film.

La promesse d’un DCU accueillant pour les cinéastes déjà fragilisée ?

Ces révélations placent DC Studios face à une contradiction embarrassante.

À leur arrivée, James Gunn et Peter Safran avaient promis un studio accueillant pour les cinéastes, capable de préserver la personnalité de chaque réalisateur, à l’opposé de l’ancienne gestion chaotique des productions Warner et de la méthode jugée très centralisée de Marvel Studios.

Supergirl révèle les limites de cette promesse. Quand un studio engage près de 300 millions de dollars entre production et promotion, difficile de laisser un réalisateur garder seul la main face à des projections tests inquiétantes.

L’intervention de James Gunn n’a rien d’étonnant en soi. Elle pose néanmoins une vraie question : le DCU peut-il laisser chaque cinéaste exprimer sa vision tout en construisant un univers partagé cohérent ?

Jusqu’ici, Gunn avait surtout éprouvé sa méthode sur des projets qu’il écrivait ou réalisait lui-même : Superman, Peacemaker, Creature Commandos. Supergirl marque l’un de ses premiers vrais tests d’encadrement à distance d’un réalisateur au style déjà affirmé.

Ce résultat ne condamne pas la méthode DC Studios dans son ensemble. Il révèle en revanche que la relation entre producteur et cinéaste n’a pas suffi à régler à temps les problèmes soulevés en postproduction.

Craig Gillespie et Milly Alcock sur le tournage du film Supergirl

Le réalisateur Craig Gillespie et Milly Alcock sur le tournage de Supergirl (Warner Bros.)

Un échec économique désormais difficile à contester

Les chiffres en salles ont confirmé les craintes du studio.

Supergirl a démarré à 37,1 millions de dollars en Amérique du Nord, avant de ne rapporter que 8,6 millions lors de son deuxième week-end, soit une chute de près de 77 %. Une telle dégringolade est d’autant plus inquiétante qu’elle suit un lancement déjà décevant.

Pour comparer, le très moqué Morbius avait ouvert à 39,1 millions de dollars en 2022. Le rapprochement ne dit rien de la qualité des deux films, mais il situe bien la faiblesse commerciale du démarrage de Supergirl.

Avec un budget de production estimé autour de 170 millions de dollars et une campagne promotionnelle dépassant les 100 millions, le film devrait se solder par une perte sévère pour Warner Bros. Discovery.

Milly Alcock en Supergirl avec le réalisateur Craig Gillespie

Milly Alcock en Supergirl et le réalisateur Craig Gillespie sur le tournage de Supergirl (Warner Bros.)

Une sortie numérique anticipée, dès fin juillet 2026, a été évoquée, avec la date du 28 juillet qui circule aux États-Unis. Warner Bros. n’a toutefois rien confirmé officiellement à ce stade : mieux vaut donc considérer cette date comme une hypothèse plutôt qu’un fait acquis.

Peter Safran a lui-même admis que le film n’avait pas répondu aux attentes du studio au box-office, tout en présentant cet échec comme un accident isolé au sein d’une stratégie DCU à laquelle il dit continuer de croire.

James Gunn et Peter Safran peuvent-ils encore redresser le DCU ?

À court terme, l’échec de Supergirl ne devrait pas coûter leur poste à James Gunn ou Peter Safran.

Leurs contrats arriveraient toutefois à échéance entre fin 2026 et 2027, selon plusieurs sources, en pleine transition chez Warner Bros. Discovery, dont le rachat par Paramount fait l’objet de multiples contestations judiciaires aux États-Unis.

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Rachat de Warner : pourquoi Netflix a jeté l’éponge face à Paramount

Les dirigeants de DC Studios devront rapidement démontrer que Supergirl reste un accident de parcours, et non le symptôme d’un problème plus large.

Le DCU ne manque pas d’occasions de se rattraper : la série Lanterns, le film Clayface et Man of Tomorrow, la suite de Superman, diront beaucoup de la solidité réelle de cet univers partagé.

Réduire Supergirl à une nouvelle victime d’une prétendue lassitude envers les super-héros serait trop simple. Le public se déplace toujours pour un film qui lui paraît important, original ou spectaculaire. Ici, les problèmes semblent avoir commencé bien avant la sortie en salles, à une époque où DC Studios hésitait encore sur le montage, le ton et l’identité même du film.

Ce que raconte réellement l’échec de Supergirl, ce n’est pas un désamour du public pour les super-héros, mais l’incapacité du studio à transformer un personnage intéressant, une actrice convaincante et un comic book remarquable en une vision claire et cohérente.

Kara (Milly Alcock) sur l'affiche officiel du film Supergirl.

Ce qu’il faut retenir des coulisses de Supergirl (FAQ)

Pourquoi deux montages différents de Supergirl ont-ils été réalisés ?
Face à des projections tests mitigées, DC Studios aurait développé sa propre version en parallèle de celle défendue par Craig Gillespie.

Quel montage de Supergirl est sorti au cinéma ?
Celui supervisé par le studio et James Gunn, qui n’aurait devancé la version de Craig Gillespie que de deux points lors des projections tests.

James Gunn et Craig Gillespie se sont-ils disputés ?
Plusieurs sources évoquent de vraies divergences artistiques, sur le montage comme sur la musique. D’autres relativisent et parlent de tensions créatives classiques.

Des scènes supplémentaires ont-elles été tournées ?
Oui, environ neuf jours de tournage additionnel, consacrés surtout à la bataille finale et à certaines connexions avec le DCU.

Pourquoi Supergirl est-il considéré comme un échec au box-office ?
Le film a ouvert à seulement 37,1 millions de dollars en Amérique du Nord, avant de perdre près de 77 % de ses recettes au deuxième week-end, un résultat très insuffisant au regard de son budget.

Supergirl sortira-t-il rapidement en VOD ?
Une sortie numérique le 28 juillet 2026 circule aux États-Unis, mais Warner Bros. ne l’a pas encore confirmée officiellement.

L’échec de Supergirl menace-t-il James Gunn et Peter Safran ?
Pas dans l’immédiat. Mais les performances des prochains projets DCU seront déterminantes, alors que leurs contrats arriveraient à échéance entre 2026 et 2027.

Sources : The Hollywood Reporter, Variety, Deadline

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