Alors que son vieil alias Captain Marvel triomphe actuellement avec le milliard de dollars quasi-obligatoire au box-office, voici que l’avatar de la Distinguée Concurrence, Shazam!, débarque sur les écrans avec un fracas somme toute très mesuré. En effet, Shazam! a toujours été un héros discret malgré la gouaille folle qui le caractérise et qui, aux yeux du grand public, pourrait le rapprocher d’un Deadpool.

Or, il n’en est rien. Si l’humour fait bel et bien partie intégrante du film de David F. Sandberg (Annabelle 2, d’ailleurs la poupée apparaît brièvement en cameo au début du film), son aspect métatextuel fonctionne à un tout autre niveau. Ainsi, l’action de Shazam! se situe bel et bien dans le même univers initié par Warner avec Man Of Steel et il sera fait mention de l’Homme d’Acier, du Dark Knight et autres Aquaman à de nombreuses reprises, afin de soutenir la comparaison avec ce nouveau héros pas comme les autres.

Toucher Dieu du doigt… ou pas. 

Revenir à l’essentiel

La force de cette adaptation de Shazam! est de savoir revenir à l’essentiel, aux fondements mêmes du récit super-héroïque – le pouvoir, les responsabilités et tout le tintouin, vous connaissez. Mais la grandeur de cette charge repose désormais non sur un personnage troublé ou une figure cool, mais sur les épaules d’un enfant, avec tous les défauts et l’enthousiasme que cela sous-entend. Pour le meilleur ou pour le pire, Shazam! est un film sur l’enfance, joué par des enfants et, cela rassurera certains pisse-froid, pas forcément pour les enfants.

Au contraire d’un Arthur Curry peu attachant et au comportement régressif, Billy Batson respire l’authenticité, et l’irresponsabilité juvénile avec laquelle il accueille ses nouveaux dons ne semble jamais forcée ou mal amenée, car l’histoire va passer plus d’une bonne moitié de son scénario à les explorer. A ce titre, le duo que forment Asher Angel (Billy Batson) et l’excellent Jack Dylan Grazer (Freddy, également vu dans le rôle de l’asthmatique Eddy Kasprack dans Ça) fait une grande partie du sel de cette adaptation. Touchants et drôles, les deux gamins bouffent littéralement la pellicule, probablement encore plus que Zachary Levi à qui il revient d’incarner Shazam! en personne et qui pour le coup s’en sort également très bien entre deux séquences de cabotinage nécessaire.

Plus cartoon que d’autres films estampillés DC, Shazam! retrouve l’aspect séminal des histoires de comics classiques. En effet, le rôle de Shazam! est bel et bien double, à deux visages et ces deux identités distinctes vont à nouveau être un souci majeur quant aux enjeux que rencontreront Billy et ses amis, qu’il s’agisse de se cacher de sa famille d’adoption (dont le père est incarné par Cooper « The Walking Dead  » Andrews) ou du super-vilain de service, le docteur Thaddeus Sivana.

Karl Lagerfeld croise sa dernière création : « C’est moche, c’est vulgaire, la cape c’est passé de monde ».

Un méchant classique

Ce méchant, parlons-en. Bien que le script lui prête des ambitions on ne peut plus basiques, le personnage joué par Mark Strong (qui trouve ici un rôle un peu plus à sa mesure que l’oubliable Sinestro de Green Lantern) se paye le luxe d’obtenir toute l’introduction du film. Entre tragédie et pathétique, l’histoire de ce méchant classique de Shazam! / Captain Marvel s’inscrit avec logique dans les thématiques de l’enfance et de la famille qui habitent le métrage et justifient son existence. Comme dans les grands récits du type, les deux opposants obéissent à une certaine verticalité morale : Billy devient un héros car la vie l’a obligé à  grandir trop vite,  là où Sivana, constamment rabaissé par ses proches depuis sa prime jeunesse, n’obtient du pouvoir que tardivement, ce qui le fera régresser vers des instincts colériques d’enfant-roi à qui tout doit revenir. Pour l’accompagner, une galerie de sept créatures quasi lovecraftiennes incarnant les Sept Pêchés Capitaux, dont le design grisâtre de gargouilles et les yeux rouges flamboyant renvoient immanquablement aux chiens infernaux de Ghostbusters ou aux infernaux petit êtres de The Gate.

Et ce ne sont pas là les seules références nostalgiques et réjouissantes que l’on peut déceler dans Shazam!. Sérieusement, quel divertissement des années 2010 peut se targuer de citer le BIG de Penny Marshall (film des années 80 mettant en vedette un jeune garçon devenu subitement adulte après un vœu qui va le projeter dans la peau de Tom Hanks) ?

Tu peux pas test ? Pourtant, des tests, Shazam va en bouffer pendant une heure et demi de film.

Entre classicisme et originalité

La seule crainte que l’on pouvait avoir de ce Shazam! était le cochage par trop systématique de son cahier des charges et force est de constater que l’écueil est difficilement évité. Emprunt de « formule », Shazam! accuse une direction artistique assez inexistante (sauf les Sept Créatures pré-citées), en sus d’un déroulement en trois actes un peu trop typique d’une Origin-Story basique. Comme le CV de son réalisateur le laissait deviner, la commande de Warner est sommairement pliée, sans grande ambition artistique ou créative et avec son lot de facilités scénaristiques. Bref, juste de quoi offrir un divertissement haut en couleurs et familial à un public qui semble désormais acquis à la cause des films de super-héros faciles d’accès. Une volonté complètement assumée à l’écran quand, pendant une scène de combat opposant Shazam à Savina, un petit garçon ébahi laisse tomber ses figurines Batman et Superman. Warner assume de ne plus reconnaître l’héritage laissé par les films de Zack Snyder, ce que Aquaman semblait déjà avoir amorcé avec un ton plus décomplexé et un scénario ultra balisé. Regrettable ? Certes et c’est un comble pour un label DC qui a toujours su se démarquer de Marvel par un ton plus adulte et des thématiques souvent plus graves.

Le mythe si original de Shazam! le dispute à celui déjà trop classique du récit de super-héros au cinéma et cette répétitivité pourrait pousser de nombreuses critiques à ne pas savoir l’évaluer à sa juste valeur. Une valeur à laquelle son héros doit se révéler être à la hauteur et c’est en grande partie grâce à ce personnage central si attachant qu’est Billy Batson que le divertissement prend par son honnêteté et sa volonté pure de divertir franchement. Est-ce un mal ? Il est clair que non car s’il est bien un héros qui peut se permettre de se montrer immature, c’est bien Shazam!.

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