Classics Illustrated est une série de comics devenue mythique. Créée en 1941 par Albert Kanter, elle se propose d’adapter des classiques littéraires dans ce nouveau média qui intéresse tant les jeunes (à l’époque en tout cas), les comic-books. Dès le premier numéro,  qui adapte les Trois Mousquetaires, le succès est immédiat. Il continuera jusqu’en 1969, permettant de convertir en BD des centaines de romans. Bon nombre de jeunes américains auront ainsi leur premier contact avec des œuvres littéraires de premier plan grâce à cette collection. Moby Dick d‘Herman Melville y comptera deux versions, l’une par Louis Zansky en 1947 et une autre par Norman Nodel en 1956.

En 1990, First Comics s’associe avec l’éditeur Berkley Publishing pour lancer une nouvelle série de Classics Illustrated. Dans cette nouvelle version de la collection, l’accent est mis sur la qualité graphique, avec un bel alignement d’artistes talentueux comme Gahan Wilson, Joe Staton, Kyle Baker, Tom Mandrake, Jill Thompson, P. Craig Russell, Mike Ploog, Ricardo Villagran, Gary Gianni ou encore Dean Motter. On y compte également Bill Sienkiewicz, connu à l’époque pour son passage mémorable sur la série New Mutants et son travail sur la mini-série Elektra Assassin. L’illustrateur,  qui a commencé comme un élève appliqué de Neal Adams, s’est très vite émancipé de son modèle pour trouver son style, très arty, fait de multiplicité de techniques (encre, aérographe, collages, et expérimentations en tout genre).

Sienkiewicz se charge donc de l’adaptation du roman de Melville, où le capitaine Achab et l’équipage du Pequod partent dans une chasse sans retour de Moby Dick, la terrible baleine blanche qui coûta sa jambe à Achab. Il est accompagné du scénariste Dan Chichester qui est en train à l’époque de relancer Nick Fury chez Marvel et qui va l’aider dans l’adaptation des textes.

Sienkiewicz fait le choix de l’illustration. Si les premières planches peuvent faire illusion, rapidement, nous ne sommes plus vraiment dans la BD, dans l’art séquentiel, la succession d’action en cases. Chaque page est comme un tableau qui illustre le texte de Melville. Dans un style très abstrait, Sienkiewicz nous donne plus à ressentir qu’à décrypter les actions. Les personnages sont à peine esquissés ou se fondent dans l’arrière-plan, comme les silhouettes fantomatiques qu’ils sont appelés à devenir.  Son Moby Dick s’apparente donc plus à un magnifique livre d’images plongées dans des camaïeux de marron (le bois du bateau), de bleu (la mer) et de rouge (la folie sanglante d’Achab).

L’illustrateur met toutes ses techniques et son audace au service du roman de Melville. Un joyau brut d’esthétisme qui vous permettra de replonger dans le célèbre récit qui oppose le  bien et mal, les classes sociales ou bien encore l’homme et l’animal.

Moby Dick (Moby Dick adapted by Bill Sienkiewicz), Delcourt, 48 pages, 14,95 €. Sortie le 13 janvier 2021. Traduction de Hélène Remaud-Dauniol, lettrage de Moscow Eye.

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