The Kong Crew, par Éric Hérenguel

Les chroniques de l’Étagère essayent de vous surprendre, de vous faire découvrir des auteurs ou des ouvrages. Eh bien, je dois dire que ce mois-ci, je crois toucher le but avec un comic book… français publié… en anglais par un éditeur d’Art-books ! C’est par un post sur Facebook du dessinateur Éric Hérenguel que je suis tombé sur ce projet assez fou dont les images m’ont immédiatement parlé : un mélange de Mad-Max et de l’incontournable Frazetta avec pour titre Kong CrewKong ? Comme King Kong ? Oui chers lecteurs, cette série ambitionne ni plus ni moins de proposer une suite fantasmée à l’histoire de Kong.

Une BD franco-belge au format comics évidemment puisqu’il s’agit d’un hommage assumé a Milton Caniff et aux séries pulp d’aventure de l’Âge d’or. Au menu : des pilotes de chasse flambeurs au sourire brillant et à la répartie infinie, un Lone Wolf mystérieux, une jolie blonde au tempérament bien trempé, un journaliste et un scientifique enquêtant sur des mystères biologiques et bien sur l’armée américaine chargée de contenir le royaume de Kong…

Dès la première page un plan large en mode cinémascope nous présente le New York de 1947 : après que le gorille géant se soit échappé, Manhattan est devenue une jungle inextricable où plus personne ne peut pénétrer après l’exode décrété par le gouvernement. La cité des grattes-ciel est devenue une île sillonnée par des patrouilles aériennes, la Kong Crew, formée de têtes brûlées qui n’ont qu’un objectif, montrer aux planqués de l’Air Force qu’ils sont les héros qui abattront Kong.

En seulement 26 planches pour ce premier volume (le second sort pour Angoulême et un album au format franco-belge en couleur est prévu chez Ankama fin 2019) Éric Hérenguel parvient à nous accrocher sans perdre de temps. Sur un univers archétypal les personnages sont vite posés et ce n’est pas leur finesse qui prime mais le fonctionnement de mécanismes connus dans ce genre d’histoires. On retrouve un peu de l’esprit du Bloc 109, le succès uchronique de Brugeas et Toulhoat dans cette introduction, à la fois aérée et mystérieuse. Les thèmes proposés sont déjà nombreux et le lecteur n’attend plus que le passage à l’action suite à une césure (comme on est dans du comic on dira Cliffhanger, non ?) très efficace.

Le scénario suit en effet un groupe d’aviateurs à qui est décrit le contexte et les questions qui entourent Manhattan et que le lecteur va bien évidemment avoir très envie de découvrir et de percer à jour. Pourquoi la flore a-t’elle poussé autant en quelques années ? Qui sont ces mystérieux militaires armés de lance-flame qui sillonnent la zone interdite ? Quels dangers se cachent dans le métro où personne n’ose descendre ? Vous le saurez en lisant le prochain épisode de Kong Crew ! Le duo formé par le journaliste baroudeur et le scientifique va constater le retour à l’âge préhistorique dans Manhattan pendant que le héros tentera de survivre à des dangers qui ne sont pas que naturels: des humains auraient-ils subsisté après l’exode? Sachant alterner les séquences d’action tantôt plan large tantôt serrés et les scènes extérieures , l’auteur introduit en outre une touche d’humour via le teckel du héros qui sera amené à participer à l’aventure.

 

The Kong Crew, par Éric Hérenguel

Graphiquement Hérenguel se régale et présente une maîtrise technique remarquable, que ce soient sur les cases très encrées et contrastées ou sur les lavis. Je suis toujours très attentif aux arrières-plans qui illustrent pour moi l’implication et le sérieux d’un album et ici chaque détail est travaillé, avec notamment une propreté architecturale et de perspective qui force l’admiration chez cet autodidacte (tiens, comme Toulhoat, non ?…). Son style me rappelle celui de Maître Maëster, avec la même élégance sur un cadre très pro. Surtout, les planches fourmillent de détails à la fois graphiques (les scènes « natures » de Manhattan sont magnifiques) et très inspirées quand à l’imaginaire d’aventure qui en découle. Si le premier volume reste relativement sage en matière de fantasmagorie, le second propose un gros lâchage graphique totalement issu de l’imaginaire des années 40, entre survival préhistorique et steampunk militaire.

Ce qui impressionne c’est l’équilibre d’un projet personnel qui aurait pu pousser l’auteur à se faire plaisir sur les avions ou les monstres en oubliant le liant. Ici comme dans un bon Spielberg tout est simple, lisible, cohérent et d’une lisibilité sans faille qui ne donne qu’une envie, celle de continuer. La simplicité c’est quand il y a du boulot derrière. Kong Crew a tout du projet incongru qui percute avec des attentes imaginaires et les envies d’un auteur. Porté à bouts de bras par Hérenguel avec l’aide des éditions Caurette, cette série prévue au final en deux albums BD (et 4 comics donc) est déjà vendue dans cinq pays, ce qui illustre son potentiel.

Pour les plus pressés vous pourrez vous procurer les deux premiers volumes en début d’année en version anglophone dans le format comics original qui sied particulièrement à la série. Pour les autres vous aurez le choix entre la version BD couleur et une version collector N&B, toutes deux assorties de bonus. Car quand on aime on ne compte pas !

The Kong Crew, par Éric Hérenguel